La neutralité carbone, c’est possible. Mais pas facile. © oxyggen, Adobe Stock
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Les quatre scénarios possibles pour atteindre la neutralité carbone en France

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[EN VIDÉO] Neutralité carbone : qu’est-ce que c’est vraiment ?  De nombreux pays et entreprises se sont engagés à atteindre la neutralité carbone. Mais attention : neutralité carbone ne signifie pas zéro émissions. 

La France s'est engagée à atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Un objectif qui reste toutefois abstrait pour la plupart d'entre nous. Pourtant, cela va impliquer des choix et des changements de vie draconiens. Entre décroissance et le tout-technologie, l'Ademe vient de publier un rapport montrant les pistes pour y parvenir.

Le 18 octobre dernier, RTE, le gestionnaire du réseau électrique français avait présenté six scénarios de mix énergétiques garantissant la sécurité d'approvisionnement, dans une optique de neutralité carbone. Le 30 novembre, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a publié à son tour un vaste rapport (680 pages !) nommé Transition(s) 2050 et détaillant quatre scénarios possibles pour parvenir à la neutralité carbone. Mobilisant des centaines d'experts durant deux ans, cette étude établit un premier constat : si les tendances annuelles se poursuivent, l'objectif ne sera pas atteint d'ici 2050. Deuxièmement, dans tous les cas, « il est impératif d'agir rapidement, car les transformations socio-techniques à mener sont d'une telle ampleur qu'elles mettront du temps à produire leurs effets », prévient l'Agence qui prédit une transition « douloureuse », impliquant une grosse prise de risque sur le plan technologique et humain.

Dans tous les scénarios, la consommation énergétique baisse et les énergies renouvelables représentent plus de 70 % du mix énergétique français. © Ademe

Scénario 1 : Génération frugale

C'est le modèle le plus extrême, basé sur une modification radicale de nos modes de vie. Ici, la nature est sanctuarisée : la ration alimentaire journalière est réduite de 22 %, celle de viande est divisée par trois. La nourriture est produite localement et bio à 70 %. Exit aussi la petite maison à la campagne : tous les logements vacants et les résidences secondaires sont réquisitionnés pour devenir des résidences principales ; le nombre de constructions neuves est drastiquement diminué et leur surface réduite de 30 %. Ce scénario est aussi celui d'une France qui se replie sur elle-même et ses territoires : le nombre de kilomètres parcourus est en baisse de 26 %, avec un fort retrait de la voiture. La production industrielle se recentre sur le Made in France, quitte à faire augmenter les prix. Ce scénario est le moins risqué au niveau technologique mais le plus risqué au niveau social, l'acceptabilité de telles mesures étant difficile à atteindre.

Scénario 2 : Coopérations territoriales

Ce scénario est basé sur « l'économie du partage », avec une meilleure concentration entre acteurs publics, société civile et secteur privé. L'habitat est densifié en hauteur, massivement rénové, et le partage de bâtiments se généralise. Les villes moyennes sont favorisées au détriment des grandes métropoles et petits villages. La consommation de viande est divisée par deux, avec 50 % de bio. Le gouvernement instaure une fiscalité écologique et redistributive, et prône une « croissance qualitative » basée sur une production en valeur plutôt qu'en volume. Les entreprises s'appuient en priorité sur les débouchés locaux, avec une réindustrialisation basée uniquement sur nos besoins nationaux.

Principaux indicateurs dans les différents scénarios. © Ademe

Scénario 3 : Technologies vertes

Ce scénario mise sur les changements technologiques plutôt que les changements de comportement, plus difficiles à mettre en œuvre. Ici, la baisse de consommation de viande n'est que de 30 % et les métropoles continuent à se développer. Les logements sont massivement détruits puis reconstruits avec une augmentation de leur efficacité énergétique. L'agriculture, de plus en plus intensive, nécessite toutefois de plus en plus d’intrants, et la forêt est exploitée au maximum avec peu de reboisements. Le nombre de kilomètres parcourus augmente de 13 %, mais s'appuie sur une mobilité « verte », avec une électrification des véhicules. L'industrie n'est pas freinée mais mise sur le recyclage et l'hydrogène. La France passe aussi au tout numérique : la consommation des data centers est 10 fois plus importante qu'aujourd'hui.

Scénario 4 : Le pari réparateur

Ce scénario est le plus risqué : il imagine que nous allons trouver toutes les solutions technologiques nous permettant de préserver notre mode de vie actuel tout en parvenant à la neutralité carbone. On circule plus (+28 % de kilomètres parcourus), mais avec des voitures connectées et électriques. La forêt est massivement exploitée, en vue d'une valorisation énergétique, et les sols continuent à être artificialisés au bénéfice du logement. Toutes les ressources naturelles sont exploitées au maximum avec un rôle important des importations. Pour compenser toutes ces émissions, on a recours au captage et au stockage géologique de CO2 et à la biomasse. Le problème, c'est que bon nombre de ces technologies ne sont pas encore matures et que même les puits de carbone « naturels » sont vulnérables au réchauffement climatique, souligne l'Ademe.

Au final, il est probable que l'on s'oriente vers un mix de tous ces scénarios. Une trop grande société risque de ne pas être soutenable au niveau social, tandis que continuer à consommer à tout-va en espérant compenser nos émissions par d'hypothétiques technologies n'est guère réaliste. Les futurs gouvernements sont donc condamnés à trouver un subtil équilibre qui ne fasse pas que des mécontents.

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