Côté taille de cerveau, l’otarie de Californie n’a pas été gâtée par la nature. Pourtant, l’animal des mers n’est… pas si bête ! © leonardogonzalez, Adobe Stock
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Bêtes de science : il n’y a pas que la taille qui compte

ActualitéClassé sous :animaux , Intelligence , cerveau

« Bêtes de science », c'est comme un recueil d'histoires. De belles histoires qui racontent le vivant dans toute sa fraîcheur. Mais aussi dans toute sa complexité. Une parenthèse pour s'émerveiller des trésors du monde. Pour ce nouvel épisode, prenons une direction un peu particulière. Et examinons les mammifères par le filtre de la taille de leur cerveau. Quelques surprises nous attendent peut-être.

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Ceux qui ont déjà un peu creusé la question le savent. En matière d'intelligence, il n'y a pas que la taille qui compte. La taille du cerveau. En tant que donnée brute, elle ne donne même que très peu d'indications. Mais il reste une croyance bien plus profondément ancrée encore : celle que la comparaison de la taille du cerveau -- du volume cérébral, plus précisément -- avec la taille du corps -- la masse corporelle, pour être exact -- peut être considérée comme une mesure correcte de l'intelligence d'un mammifère.

Regardez les humains, par exemple. Leur cerveau est environ sept fois plus gros que les scientifiques l'imaginent pour un animal de même taille. Si ce n'est pas une preuve... Les chiens sont un peu dans le même cas. Les dauphins et les éléphants aussi. Que des animaux qui ont, à maintes reprises, prouvé une certaine intelligence !

L'ennui, c'est que cette croyance repose sur une hypothèse qui n'avait jamais encore été vérifiée par des scientifiques. Celle que la taille du cerveau et la taille du corps d'un mammifère évoluent en parallèle. Parce qu'on imagine assez bien que les mammifères relativement grands évoluent dans des environnements où la sélection naturelle favorise une plus grande intelligence.

Plus que la taille, c’est la structure du cerveau qui compte

« N'avait » ! Parce que ça y est, des chercheurs se sont attelés à la question. Ils ont comparé volume cérébral et masse corporelle de plus de 1.400 espèces. Parmi lesquelles 107 espèces éteintes. Puis, ils ont construit un arbre évolutif pour ces espèces. Histoire de mieux percevoir comment taille du corps et taille du cerveau ont évolué au fil du temps.

Sur ce schéma, les animaux représentés dans un même ton de couleurs partagent un ratio taille du cerveau sur taille du corps similaire. © J.B. Smaers et al.

Des trajectoires évolutives très différentes apparaissent clairement. Les éléphants ont atteint de grandes tailles. En parallèle, ils ont aussi développé un grand cerveau. Et les éléphants sont plutôt intelligents. En revanche, les otaries de Californie présentent un cerveau étonnamment petit compte tenu de leur taille et de leur intelligence. Selon les chercheurs, lorsque leurs ancêtres ont commencé à vivre dans l'eau, l'évolution a favorisé une augmentation massive de taille. Pour préserver une certaine chaleur corporelle ? Pour éloigner les prédateurs ? Parce que la gravité constitue un moindre obstacle dans l'eau ? La question reste posée. Mais si les otaries de Californie sont malgré tout plus intelligentes que d'autres mammifères présentant le même rapport entre la taille de leur cerveau et celle de leur corps, c'est probablement parce que, dans le cerveau de taille modeste de ces animaux marins, un volume important reste dédié à des fonctions comme l'apprentissage. Voyez vous-même. Les cerveaux des humains et ceux des dauphins sont certes gros, mais ils présentent surtout un néocortex -- le centre de l'intelligence, chez les mammifères -- particulièrement développé.

Les chercheurs notent ainsi que la plupart du temps, ce ne sont pas les cerveaux qui grossissent sous l'effet de l'évolution. Mais les corps qui deviennent plus petits. Car la taille du corps semble plus cruciale lorsqu'il s'agit de survie que l'intelligence. D'autant qu'avoir un gros cerveau coûte cher en énergie. À l'origine de ces évolutions de taille, il y aurait ainsi notamment des événements cataclysmiques. La disparition des dinosaures, il y a 66 millions d'années, a ainsi poussé au développement des cerveaux. Et il y a 30 à 23 millions d'années, un refroidissement rapide de notre Terre a laissé des traces qui perdurent encore aujourd'hui. Parmi lesquelles, aussi bien les plus gros cerveaux de mammifères -- chez l'éléphant ou la baleine -- que les plus petits -- chez la chauve-souris ou la musaraigne. Vous voyez bien que la taille ne fait pas tout pour n'être... pas si bête !

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