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Les robots contrôlés par des bactéries, c'est possible...

ActualitéClassé sous :robotique , cerveau bactérien , biologie de synthèse

À l'aide de modèles mathématiques, des scientifiques du Virginia Tech (États-Unis) ont démontré que des bactéries pourraient induire le comportement d'un robot. Cette biologie de synthèse est susceptible de produire des retombées prometteuses dans les domaines de l'écologie, de l'agriculture et de la robotique.

En prenant compte l'activité biochimique de bactéries Escherichia coli, des chercheurs du Virginia Tech (États-Unis) ont pu démontrer qu’il serait possible de commander un robot par un cerveau bactérien. © Phoebus87, Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Une bactérie Escherichia coli (E. coli) modifiée pourrait un jour devenir le cerveau d'un robot et le commander. C'est ce qu'a démontré une équipe du Virginia Tech dans une étude qui vient de paraître dans la revue Scientific Reports. À partir de plusieurs modèles mathématiques, le professeur Warren Ruder et ses collaborateurs ont prouvé qu'il est possible d'implanter un microbiome dans un corps hôte non vivant et de s'en servir pour le contrôler. Ce projet s'appuie sur les travaux menés précédemment ayant démontré l'impact des bactéries sur le comportement d'accouplement de la mouche des fruits ainsi que sur des souris qui présentaient des signes de stress moins élevés après avoir reçu des probiotiques.

Pour élaborer leurs modèles mathématiques, les scientifiques du Virginia Tech ont mesuré les niveaux d'expression génétique afin de pouvoir simuler les comportements de la bactérie E. coli sous forme d'équations. Ces équations ont ensuite été associées à des modèles de comportements robotiques pour créer une simulation montrant comment un robot doté d'un cerveau bactérien pouvait se déplacer. L'expérience était basée sur une configuration virtuelle dans laquelle un robot équipé de capteurs et d'un microscope miniature peut lire l'expression génétique de la bactérie qui se manifeste par une modification de couleur. Le changement de teinte et d'intensité du pigment détermine la direction et la vitesse du robot.

Une expérience assez similaire a été menée il y a déjà plusieurs années de cela. À l'époque, une moisissure (Physarum polycephalum) avait été utilisée pour commander les mouvements d'un robot à six pattes. Mais l'équipe du Virginia Tech est allée plus loin encore... Les chercheurs se sont aperçus qu'en augmentant la complexité du programme biochimique du microbiome, le comportement du robot évoluait en conséquence vers des actions plus élaborées. Par exemple, en permettant au robot de communiquer avec la bactérie, les cellules se sont mises à réagir à l'approche d'une source d'alimentation en marquant une pause puis en accélérant. Un comportement prédateur typique de certains animaux.

Grâce à leurs modèles mathématiques, les chercheurs du Virginia Tech ont pu simuler le comportement d’un robot contrôlé par un « cerveau bactérien ». Ils ont notamment découvert qu’ils pouvaient jouer sur la programmation biochimique de la bactérie pour obtenir des réactions plus élaborées de la part du robot. © Virginia Tech

Prochaine étape : la fabrication d’un bioréacteur

La prochaine étape est de passer de la simulation à la pratique en concevant un bioréacteur puis de l'installer dans un robot équipé d'un microscope à fluorescence qui lira les niveaux d'expression génétique de ces bactéries et agira en conséquence. Le Virginia Tech envisage diverses applications concrètes qui toucheraient l'agriculture, la santé et la robotique. Par exemple, un robot doté d'un « cerveau bactérien » pourrait servir à étudier la relation entre le bétail et les bactéries du sol. « Dans le domaine de la santé, une meilleure compréhension du rôle des bactéries dans le contrôle de la physiologie des intestins pourrait conduire à des traitements à base de bactéries pour soigner des maladies mentales et physiques », peut-on lire dans le communiqué de presse de l'université.

Il est également question de drones qui pourraient lutter contre les pollutions par hydrocarbures en libérant des bactéries. Les chercheurs espèrent également que leur modèle mathématique puisse contribuer à démocratiser la biologie de synthèse pour les étudiants et les scientifiques. « À l'avenir, des robots rudimentaires et l'E. coli, qui sont déjà couramment utilisés séparément dans des classes, pourraient être associés grâce à ce modèle afin d'enseigner les relations des bactéries avec d'autres organismes aux étudiants du niveau élémentaire jusqu'au doctorat », conclut le professeur Ruder.

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