Expert Sciences

Marie-Lise Chanin

1934 -

Physicienne

Classé sous :physique , ozone , stratosphère
Choisissez ce qui vous amuse, vous le ferez mieux que si cela n’est pas le cas et de toute façon vous en tirerez plus de plaisir. En fait je trouve que l’on devrait suivre ce précepte de Boileau (si ma mémoire est bonne) : « Ne forcez pas votre talent, Vous ne feriez rien avec grâce » Mais si on a eu la chance d’avoir choisi une carrière que l’on aime, on a le devoir de le dire et de le crier sur les toits. Bravo à Futura-Sciences qui permet de transmettre ces messages aux jeunes qui doivent choisir leurs voies.
Marie-Lise Chanin, Physicienne

Biographie

Je suis née à Angers en 1934. J'ai mené mes études scientifiques un peu en dilettante avec l'idée de rentrer aux Beaux Arts et de faire de l'architecture. Sous la pression familiale, (en province, à cette époque, ce style d'études n'était pas bien vu) j'y renonce. A Nantes, Angers puis Paris, je poursuis mes études jusqu'à la licence de Mathématiques, mais je suis plus intéressée par la Physique et notamment par l'optique quantique grâce aux cours d'Alfred Kastler et de Jean Brossel. C'est ainsi que sur leurs conseils je rentre en Octobre 1958 dans un laboratoire en création à l'Ecole Normale Supérieure, le Service d'Aéronomie qui allait être le premier laboratoire de recherche spatiale en France. C'était, faut-il le rappeler, l'année du lancement du premier satellite SPOUTNIK! Et ce fut le début d'une aventure. Six mois plus tard, je suis sur le terrain au Sahara pour participer aux premières campagnes de tirs de fusées françaises. Cette vie de terrain s'est poursuivie pendant des années sur de nombreux champs de tirs partout dans le monde. Malgré cette vie assez agitée, je me suis mariée (à un physicien) et nous avons eu un fils qui nous a souvent accompagnés sur le terrain et dans les observatoires où nous étions en mission.

Mon premier objectif en 1958 a été de préparer une thèse qui a porté sur la mesure de température de la haute atmosphère sous la direction du Professeur Jacques Blamont et je deviens en 1965 docteur ès sciences physiques. Rentrée au CNRS comme stagiaire de recherche en 1959, j'y ai fait toute ma carrière en passant par tous les échelons jusqu'à devenir Directeur de recherche émérite à partir de 2000. Cette continuité dans le même établissement ne se traduit en rien par une monotonie dans les sujets que j'ai abordés au cours de ma carrière, ni sur les moyens que j'ai utilisés pour les mener à bien. De l'étude la très haute atmosphère (vers 500 km d'altitude) je descends progressivement en altitude jusqu'à m'intéresser à la stratosphère pendant les années critiques de la destruction de l'ozone stratosphérique par Concorde puis par les fameux CFC et plus récemment jusqu'au niveau du sol, puisque je m' intéresse maintenant aux problèmes de climat. Les moyens utilisés pour mes études expérimentales ont ceci en commun qu'ils ont tous utilisé des méthodes optiques, que ce soit en fusée, en ballon, en satellite ou à partir du sol. Une des grandes percées instrumentales à laquelle j'ai beaucoup contribué à été le développement de sondage de l'atmosphère par laser, technique appelée maintenant le LIDAR. Ma chance a été d'être parmi les pionniers, aussi bien pour participer au début de la recherche spatiale que plus tard pour développer cette nouvelle technologie LIDAR.

Evidemment en 50 ans de carrière, la façon de travailler évolue. Depuis déjà une vingtaine d'années je passe plus de temps en réunions de comités que dans le laboratoire et je suis plus jamais sur le terrain. Chaque époque a ses charmes. Un grand virage s'est produit quand je me suis engagée dans les grands programmes internationaux sur le changement climatique en 1986 et quand, quelques années plus tard, j'ai créé une nouvelle composante de ce programme sur le rôle de la stratosphère dans le climat. J'y ai consacré une quinzaine d'années dont 12 à le diriger, avec plaisir. Actuellement ce qui m'intéresse au premier plan c'est l'impact des changements climatiques  sur la société, ce qui se manifeste par mon intérêt pour le problème de l'énergie. Il me reste quand même un peu de temps pour me consacrer à ma passion non satisfaite pour l'art et je me suis enfin  mise à la sculpture et ceci avec un certain plaisir.

Travaux scientifiques

Les travaux de Marie-Lise Chanin peuvent être décrits sous les rubriques suivantes :

1) Étude de la structure de la haute atmosphère (100-500 km). C'est à la mesure de la température de la haute atmosphère que Marie-Lise Chanin a consacré son travail de thèse sous la direction de Jacques Blamont. Elle a utilisé la résonance optique d'atomes alcalins émis dans l'atmosphère par fusées et ses mesures effectuées à différentes latitudes ont fourni une description thermique de l'atmosphère jusqu'à 500 km, qui a permis d'améliorer les modèles empiriques utilisés jusqu'alors et de mettre en évidence l'influence de l'activité solaire et des précipitations de particules

2) Développement des méthodes de sondage de l'atmosphère par laser ou lidar. Marie-Lise Chanin a développé une méthode de mesure de la température dans la région de 10 à 100 km qui n'avait pu être sondée par fusées, en utilisant des lidars Rayleigh et Raman. Puis elle a imaginé une technique originale pour mesurer la composante horizontale du vent. Un brevet et des licences ont été déposés au CNRS. Ces méthodes, utilisées de façon opérationnelle à l'Observatoire de Haute Provence, ont été adoptées par le Réseau international de surveillance de l'atmosphère. Elle a été co-responsable du premier lidar embarqué sur un vol de longue durée à bord de la MIR, l'instrument ALISSA.

3) Étude de la variabilité spatio-temporelle de l'atmosphère par lidar et son interprétation

Le sondage de l'atmosphère par le lidar Rayleigh a mis en évidence une grande variabilité à différentes échelles de temps et d'espace qui a permis d'étudier les ondes planétaires, les échauffements stratosphériques, les ondes de gravité, les marées et, lorsque la base de données a été suffisante, la variation décennale de la température atmosphérique et l'influence de l'activité solaire.

4) Rôle de la stratosphère sur le climat et influence de la flotte aérienne sur l’environnement

Au milieu des années 1980, Marie-Lise Chanin s'est engagée dans les programmes internationaux. Elle a initié et co-dirigé un projet dédié à l'étude du rôle de la stratosphère sur le climat au sein du Programme mondial de recherche sur le climat. Son engagement dans la science du changement global se poursuit au sein de l'ICSU et dans le Programme de l'OMM-PNUE sur l'état de la couche d'ozone.

Distinctions :

  • Marie-Lise Chanin est Membre Correspondant de l'Académie des Sciences
  • Marie-Lise Chanin est Membre Fondateur de l'Academia Europaea (1988),
  • Membre de l'Académie Internationale d'Astronautique (1990), de l'Académie nationale de l'air et de l'espace (1998), de l'Académie des Technologies (2000).
  • Marie-Lise Chanin a reçu la Médaille d'argent du CNRS (1983)

Prix

1966 - Prix des Laboratoires de l'Académie des sciences
1974 - Prix Intercosmos de l'Académie des sciences de l'URSS
1988 - Prix  Deslandres de l'Académie des sciences
1991 - Prix Science et Défense
1999 -  Médaille de vermeil de l'Académie nationale de l'air et de l'espace
2000 - Prix de l'ICLAS "Lifetime Achievement Award" dans le domaine Lidar
2003 - Prix International Norbert Gerbier - MUMM de l'OMM
2006 - Prix de l'Académie Internationale d'Astronautique
2006 - NASA Group Achievement Award to UARS Team

Positions récentes et actuelles

- Présidente du Comité national français de géodésie et de géophysique (1986-1990),
- Membre du Comité scientifique de la recherche et de la technologie (CSRT) (1987-1991),
- Membre du Conseil scientifique de la défense (1986-1994),
- Membre du Comité Scientifique du Programme International Géosphère Biosphère (1987-1993),
- Présidente du Comité national français sur le changement global (1996-2002),
- Co-présidente du Programme international SPARC/WCRP (1992-2001),
- Directeur du Bureau international de SPARC (1992-2004).
- Membre (1994-1997), puis co-Présidente (1997-2004) du Comité scientifique Concordia.
- Membre de l'European Space Science Committee de l'ESF (1998-2002),
- Membre du Bureau exécutif de l'ICSU (2002-2005),
- Présidente du Comité du programme scientifique de COSPAR 2004 (2002-2004),
- Membre du Groupe de stratégie de l'environnement de l'EASAC (2003-2005)
Présidente du COFUSI (Comité Français des Unions Scientifiques Internationales) de l'Académie des Sciences depuis 2003),
- Membre du Conseil consultatif conjoint franco-japonais. (depuis 2004),
- Membre du Conseil supérieur de la météorologie (depuis 2005),
- Membre du Comité scientifique du programme OMM-PNUE sur l'état de l'ozone (2005-06),

- Membre de la Commission Française pour l'UNESCO (depuis 2002).
- Membre du Conseil d'Administration de l'Institut Océanographique de la Fondation Albert 1er de Monaco (depuis 2006).
- Représentant de la France à l'ICSU (depuis 2007)
- Membre du Premier Comité Editorial de SAPIENS (depuis 2007)

Métier

Impossible sur 50 ans de carrière de décrire une journée type. Quand jeune étudiante, je participais à mes premières missions sur le terrain à Colomb Béchar, les journées commençaient quelques heures avant l'aube et se prolongeaient jusqu'à des heures après le coucher du soleil et pendant ces longues journées torrides, je mettais au point mes instruments ou j'observais les phénomènes auxquels nos tirs de fusées donnaient naissance dans le ciel crépusculaire saharien. Pas question dans ces conditions de lire un article ou de penser à autre chose que d'être prêt pour le prochain tir avec l'appareil le plus performant. Il est vrai que le fait d'être sur le pied de guerre à l'heure du crépuscule ne m'a pas quitté pendant des années, car mes observations avaient la mauvaise habitude d'avoir lieu fréquemment à ces heures où la haute atmosphère est éclairée alors que la terre est déjà dans l'ombre. J'ai donc connu ces contraintes plus tard dans mes très fréquents séjours à l'Observatoire de Haute Provence.

Il faut savoir aussi que dans les premières années de ma carrière, les scientifiques devaient tout faire eux-mêmes. Le laboratoire  n'avaient pas encore le personnel technique qu'il pût s'offrir plus tard et donc il y avait toujours quelque chose à réparer, à améliorer, à imaginer, à dessiner, a réaliser soi-même...car les machines de l'atelier, les planches à dessin, le fer à souder...étaient plus utiles alors qu'un stylo. Les lectures et l'écriture se faisaient plutôt le soir et la nuit !  N'oublions pas non plus que les ordinateurs n'existaient pas ou si peu. A la fin des années 50, l'unique machine Marchand, l'ordinateur mécanique du laboratoire, faisait à grand bruit les opérations les plus sophistiquées, mais à chaque étape, il fallait transcrire les résultats sur un cahier pour pouvoir ensuite les reporter sur papier millimétrique et qu'apparaisse enfin la courbe recherchée. Un jeune chercheur d'aujourd'hui aura beaucoup de mal à imaginer qu'il n'y a pas 50 ans, c'était le lot de chacun d'entre nous !

Evidemment est venu le temps passé plus fréquemment derrière un bureau à lire les revues scientifiques et à écrire des articles, des rapports d'activité ... ou des demandes de budget, puis le temps passé en réunions de comités de toutes sortes, en congrès, en voyages à travers le monde. Il y en eut pour satisfaire tous mes goûts et c'est la somme de toutes ces activités qui fait une vie de chercheur.