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Le paysage lunaire d'Hergé face aux réalités physiques

Dossier - On a marché sur la Lune : les secrets de Tintin
DossierClassé sous :physique , Astronomie , BD

Roland Lehoucq, astrophysicien et passionné de science-fiction, propose de vulgariser la science sans renoncer à la rigueur scientifique. Il analyse la BD « On a marché sur la Lune » par la prisme des réalités physiques de notre monde.

  
DossiersOn a marché sur la Lune : les secrets de Tintin
 

Les représentations du paysage lunaire de la BD se trouvent faussées si l'on prend en compte les réalités de l'astronomie. Explications. 

 De gauche à droite, Neil A. Armstrong, Michael Collins, et Edwin E. Aldrin Jr de la mission Apollo 11. © Nasa, DP

L'alunissage de la fusée de Tintin intervient au début du jour lunaire. Le Soleil est bas sur l'horizon. Le paysage lunaire est donc éclairé par un Soleil en train de se lever, encore bas sur l'horizon est. La Terre est visible dans le ciel. Est-il normal de la trouver à cet endroit ?

La célèbre fusée rouge de « On a marché sur la Lune ». © Hergé/Casterman

Précisions d'astronomie

Pour répondre à cette question, revenons sur notre planète. La Lune nous y présente toujours la même face, dite « face visible ». La rotation de la Lune sur elle-même est en effet synchronisée avec sa révolution autour de la Terre, de sorte que le changement d'orientation de la Lune résultant de sa rotation autour de la Terre est à chaque instant compensé par sa rotation sur elle-même. Vue depuis la Lune, la Terre occupe par conséquent une position quasiment fixe dans le ciel. Cette position dépend bien sûr de la position de l'observateur lunaire. Quelle est donc la position de la Terre dans le ciel du cirque Hipparque ? Comme celui-ci est situé à proximité du centre de la face visible, la Terre se trouve au voisinage du zénith.

Elle ne devrait pas être visible sur l'image qui nous est montrée ! De plus, vue de la Lune, la Terre présente aussi des phases. Au premier quartier lunaire doit correspondre une demi-Terre, alors que l'image de la BD propose une Terre qui est représentée pleine.

Premier pas sur la Lune, grâce à la mission Apollo 11. © Nasa

Un spectacle de « désolation » pour Tintin et Aldrin

Une fois que la porte extérieure de la fusée a été ouverte, Tintin est saisi par le « spectacle hallucinant » qui s'offre à sa vue. Pour le décrire, il le compare à un « paysage mort, effrayant de désolation ». Il est étonnant de constater que Buzz Aldrin, le deuxième astronaute ayant marché sur la Lune, employa l'expression « magnificent desolation » (« désolation magnifique ») pour décrire le spectacle qui s'offrait à lui.

Tintin est aussi frappé par la noirceur du ciel, rempli de milliers d'étoiles qui ne scintillent pas. Hergé a raison. Sur Terre, le bleu du ciel et le scintillement des étoiles sont des conséquences de la présence d'une atmosphère. Celle-ci est constamment animée de mouvements turbulents dans lesquels se mélangent des masses d'air chaud et froid de densités différentes. La propagation de la lumière est affectée par ces variations de densité, produisant ainsi de petites déflexions qui l'écartent d'une trajectoire parfaitement rectiligne. Ce sont ces légers changements de direction, fluctuant au gré des mouvements de l'atmosphère, qui provoquent le scintillement. Si Tintin regrette ce scintillement des étoiles, qui « [...] de la Terre nous les fait paraître si vivantes ! », il faut bien avouer que celui-ci est le cauchemar des astronomes. En effet, le scintillement brouille les images et interdit d'accéder aux détails les plus fins des objets célestes.