Depuis plusieurs années maintenant, les télescopes, et notamment ceux installés dans l’espace, nous renvoient de folles images de notre Univers. Des images qui font rêver et avancer la science. Mais qui restent désespérément fixes. Aujourd’hui, grâce à une mission qui surveille notre ciel depuis 12 ans, les astronomes nous proposent enfin de donner vie à notre Univers.

Le télescope spatial de la Nasa baptisé Wise — pour Wide-field infrared survey explorer — a été lancé en 2009. Sa particularité, c’est que là où ses cousins visent des cibles assez précises, lui avait pour mission de photographier presque l’intégralité de notre ciel tous les six mois pour y trouver des astéroïdes ou des étoiles de faible luminosité ou cachées par des nuages de poussière ou encore, pour observer la structure de galaxies proches. Lorsque le liquide de refroidissement indispensable à ses observations dans le domaine de l’infrarouge s’est épuisé, sa mission a pris fin.

Mais la Nasa a décidé de le ressusciter. De l’utiliser un peu plus, pour suivre cette fois des astéroïdes et d’autres objets proches de la Terre tout en continuant à imager l'ensemble du ciel. La mission a alors pris le nom de « Neowise » et, à ce jour, 18 cartes de notre ciel ont ainsi déjà été produites, montrant l’emplacement et la luminosité de centaines de millions d’objets.

Chacune de ces cartes est précieuse pour les astronomes. Mais comparer l’ensemble de ces cartes peut apporter des informations nouvelles. Sur la manière dont les objets célestes évoluent. Dans le temps et dans l’espace. « Le ciel peut vous sembler immuable. Mais ce n’est pas le cas, raconte Amy Mainzer, chercheuse à l’Université de l’Arizona (États-Unis), dans un communiqué de la Nasa. Les étoiles brillent et explosent. Les astéroïdes passent à toute allure. Les trous noirs déchirent les étoiles. » Et l’on retrouve tout ça sur l’incroyable timelapse créé par les astronomes à partir des données de Wise.

Un timelapse qui regorge d’informations

L’exemple des naines brunes est peut-être le plus frappant. Rappelons que ces objets un peu particuliers se forment comme des étoiles. Sans toutefois parvenir à accumuler suffisamment de masse pour initier des réactions de fusion nucléaire et se mettre à briller. Dans les données initiales de Wise, les scientifiques avaient réussi à identifier 200 naines brunes à moins de 65 années-lumière de notre Terre. Grâce aux mouvements de ces objets perceptibles d’une carte à l’autre. Depuis, ils en ont même débusqué 60 de plus. Ils ont notamment doublé le nombre de naines brunes les plus froides connues. De quoi éclairer d’un jour nouveau la ménagerie des objets situés dans le voisinage de notre Système solaire.

Observer les changements dans notre ciel depuis plus d’une décennie a aussi permis aux astronomes de mieux comprendre comment les étoiles se forment. De suivre l’embrasement des protoétoiles au fur et à mesure qu’elles accumulent de la masse à partir des nuages de poussière qui les entourent. Quelque 1.000 de ces potentielles étoiles en devenir sont ainsi surveillées de près.

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Côté trous noirs, enfin, Wise avait déjà permis d’en découvrir des millions au cœur de galaxies lointaines. Des trous noirs supermassifs. C’est grâce aux données de Neowise et à une nouvelle méthode de cartographie que les astronomes ont pu mesurer la taille des disques de gaz chaud et incandescent qui les entourent. Trop petits et trop éloignés pour être résolus par un télescope classique.

« Nous n’avions pas prévu que la mission fonctionnerait aussi longtemps et je ne pense pas que nous aurions pu anticiper la science que nous serions capables de faire avec autant de données », conclut Peter Eisenhardt, astronome au Jet Propulsion Laboratory (Nasa).