Sciences

Millième sol sur Mars pour Spirit en images !

ActualitéClassé sous :Univers , Spirit , opportunity

Souvenez-vous, c'était le 4 janvier 2004. Le 25 octobre dernier, il y avait donc 1025 jours de cela. Mais sur Mars, dont les journées font 24h, 39 minutes et 35 secondes, cela faisait tout juste 1000 jours. Ou plutôt 1000 sols, terme désormais employé pour désigner les journées martiennes.

Spirit enfermé dans son bouclier protecteur, peu avant d'entamer la traversée atmosphérique martienne

Ce jour-là donc, à 04h14 TU, un étrange engin vient de se séparer de son étage de croisière, parti de la Terre le 10 juin de l'année précédente. Mais nous approchons maintenant de Mars, Mars la Rouge, Mars la maudite, sur laquelle les deux dernières missions américaines se sont écrasées en 1999. Et puis il y a eu aussi l'échec de la Britannique Beagle-2, disparue sans laisser la moindre trace le jour de Noël précédent...

Spirit, puisque c'est son nom, arrivera-t-elle à conjurer le sort qui semble s'acharner sur toutes les expéditions martiennes ? Au centre de contrôle de la Nasa on n'y pense pas, on est bien trop concentré pour cela. Et trop tendu.

En orbite martienne, c'est le branle-bas. Mars Global Surveyor et Mars Odyssey scrutent l'ether afin de capter les émissions de Spirit, et les relayer vers la Terre. Très faibles, émis par une série d'antennes omnidirectionnelles recouvrant le vaisseau, ces signaux ne consistent qu'un une simple sonorité parmi 36 possibles, indiquant chaque changement de statut et chaque manoeuvre. Mais actuellement la Terre les écoute en direct, ce n'est qu'une minute avant l'atterrissage que les deux sondes converties pour l'occasion en satellites de télécoms martiens commenceront à relayer.

Trois minutes plus tard, un faible signal radio confirme la séparation correcte de l'atterrisseur. Encore trois minutes, et un changement de fréquence indique que l'ordinateur de bord a commandé la rotation de l'engin sur lui-même à raison de 2 tours/minute. A 1000 kilomètres de la surface, l'optimisme est permis.

A 04h29, Spirit entre en contact avec les hautes couches atmosphériques à 128 km d'altitude. La force d'attraction de la planète n'a cessé de nous accélérer, et nous sommes maintenant à 19.440 km/h. Durant quatre minutes, Spirit, littéralement écrasé contre un bouclier thermique rapidement porté à une température de 1500 degrés, décélérera d'un facteur 10.

Enfin, le parachute extracteur s'ouvre. A 04h33 nouveau changement de tonalité: l'ouverture est confirmée. A présent les choses vont très vite, abandon du premier parachute, ouverture de la voile principale de 15 mètres de diamètre à 8500 mètres. Au même moment, le bouclier, désormais inutile, est largué et file vers le sol où il s'écrasera.

Encore 10 secondes et un câble en Zylon (un matériau similaire au Kevlar) de 20 mètres se déroule sous l'engin, qui se met à le descendre en rappel. Le but de l'opération est d'éloigner suffisamment rover et parachutes pour faciliter le gonflage des airbags, et d'éviter que l'atterrisseur soit recouvert au moment où il se posera.

Les 24 airbags entourant l'engin se gonflent à 8 secondes de l'impact, commandés par un radar altimétrique. A Cap Canaveral, à Houston, dans les salles de presse du monde entier, les mouches sont au comble de la joie: on n'entend plus qu'elles. 3 secondes plus tard le câble en Zylon est sectionné, il n'y a plus qu'à attendre. Il est 04h35.

Et cette attente durera ! Durant une minute, Spirit, emmitouflé dans sa protection, rebondira comme un ballon de volley sur près d'un kilomètre. Enfin à 04h36, un faible signal est reçu depuis la surface rouillée de Mars: Spirit est vivant !

Le reste des opérations s'accomplira comme dans un rêve: ouverture des pétales de l'étage d'atterrissage, déploiement des panneaux solaires du rover, de ses caméras. Puis réception de la première image. La malédiction martienne est conjurée.

Une semaine plus tard, le robot Spirit pourra enfin prendre sa totale autonomie et quitter l'étage de descente qui l'avait déposé sur le sol de la Planète rouge, à seulement 1800 mètres de l'endroit prévu. A ce moment, la durée de la mission est programmée pour durer trois mois. Mais personne, absolument personne parmi les centaines de techniciens qui assistent, émerveillés, aux premiers tours de roue de l'intrépide explorateur dans les déserts rouillés de Mars, ne se doute encore que près de trois années plus tard, un Spirit en parfaite santé continuerait d'explorer inlassablement l'intérieur du cratère Gusev, objectif de sa mission. Encore moins que son frère jumeau, Opportunity, qui arrivera à la fin du mois, se révèlera aussi résistant après un atterrissage des plus mouvementé. Mais cela, c'est une autre histoire...

Spirit en surface (vue d'artiste)

Au bout de 1000 sols, le bilan et l'apport scientifique des deux robots a été considérable. Considérable et inattendu. Spirit avait été envoyé dans une dépression que l'on supposait avoir été autrefois recouverte par les flots, à la recherche de traces d'eau: il n'a trouvé qu'un désert aride avec peu de traces d'humidité passée. Opportunity s'était posé en zone supposée sèche depuis la naissance de la planète: il ne cesse de mettre en évidence des traces d'écoulement d'eau dans un passé relativement récent. Bref, ce sont toutes les théories sur la formation et le passé de notre quasi-voisine planétaire qui sont à revoir.

Mais Spirit vient aussi de nous faire un cadeau. Une mosaïque d'images, un panorama à 360° du site McMurdo réalisé dans des couleurs aussi proches que possible de la réalité constitué de 1449 prises de vues acquises d'avril à octobre 2006, et que la Nasa vient de révéler.

Panorama à 360° du site McMurdo réalisé dans des couleurs aussi proches que possible de la réalité constitué de 1449 prises de vues acquises d'avril à octobre 2006

Depuis son atterrissage, Spirit a parcouru 6, 876 km et Opportunity, sur Meridiani Planum, plus de 9,4 km. Cette différence s'explique par un terrain plus lisse. Les deux engins sont actuellement à l'arrêt, la position de Mars derrière le Soleil ne permettant pas les communications durant une quinzaine de jours. Nul doute que nous les retrouverons bientôt en pleine santé.

Non, ce n'est pas une bouteille de Champagne fossile qu'a découvert Spirit le 8 juillet 2004. Mais il aurait pu l'utiliser pour célébrer son millième sol !
Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités chaque jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi