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Discovery : la suspension des vols de navettes, est-ce bien sérieux ?

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Nos partenaires Flashespace & Space News International proposent une analyse pertinente des récents évènements qui se sont déroulés à la NASA suite à l'interruption des vols de navettes décidée après l'incident rencontré sur Discovery au décollage.

Décollage de Discovery (crédit : NASA/KSC)

Nous ne reviendrons pas sur les circonstances qui ont conduit les responsables de la NASA à suspendre de façon temporaire les vols de navette dès le retour de Discovery, car largement commentée avec justesse par l'ensemble des médias.

Si cette décision s'inscrit toujours dans le traumatisme qui a suivi la perte de Columbia, un aspect surprenant en est néanmoins sa rapidité. Alors que l'inspection du bouclier thermique en vol au moyen de caméras à haute résolution était en cours, que celle-ci n'avait pas permis de découvrir la moindre brèche - on n'en découvrira d'ailleurs pas - , le communiqué tombait : l'agence spatiale suspend à nouveau, pour une période indéterminée, tous ses vols habités.

Un débris de mousse isolante se détachant du réservoir externe de la navette lors du décollage (crédit : NASA)

On pourrait se demander s'il n'y a pas tentative de 'duperie' du public. Il est bon ici de rappeler que dès le premier vol d'une navette en 1981, des débris de mousse isolante ou de glace se détachent du gros réservoir ventral à chaque lancement et pendant toute la phase d'ascension jusqu'à la mise en orbite. Ce fait, qui a soudain l'air de surprendre les techniciens et responsables, était pourtant parfaitement connu.

Les chiffres sont surprenants. Ainsi, aucune navette n'a subi moins de 36 impacts au cours d'un vol, c'était Challenger le 6 avril 1984. 8 d'entre eux présentaient un dégât à la protection thermique de plus de 25 mm. Le record est toujours détenu par Atlantis qui, le 2 décembre 1988, fut heurtée à 707 reprises, avec 298 "cicatrices" sur le bouclier présentant un cratère de plus de 25 mm. Mais à cette époque, aucune caméra ne montrait le revêtement durant l'ascension, et si des débris étaient régulièrement retrouvés tout le long de la trajectoire de survol, cela n'émouvait personne et le risque était considéré comme négligeable.

Il faut aussi préciser qu'une navette perd en moyenne quelque 30 tuiles de protection thermique durant un vol. Ce fait est aussi considéré comme normal, car toutes ne sont pas fixées de la même manière. Ainsi, si l'arrachement des tuiles ventrales (noires) protégeant une région critique où les plus hautes températures sont atteintes peut provoquer une catastrophe, la perte de celles recouvrant entre autres les portes de la soute ou les carénages moteur ne peut qu'aboutir à des déformations structurelles dues à la chaleur, mais non conséquentes pour l'équipage, et facilement réparables au sol. On se rappelle encore des premières images montrant en gros plan des tuiles manquantes sur la navette Columbia, diffusées en direct lors de son vol inaugural le 12 avril 1981.

Et l'ascension terminée, ce n'est pas fini, ce ne sont plus les débris du réservoir qui sont à craindre, mais bien tous les déchets placés accidentellement en orbite et les micrométéorites. Ainsi, plusieurs dizaines d'éléments de pare-brise de navettes ont dû être remplacés suite à des impacts... Bref, le risque existe et il n'a jamais été spécifié que la navette était un engin spatial fiable à 100 pourcent.

Michael Griffin, Administrateur de la NASA (crédit : NASA)

Pour comprendre ce qui va suivre, il faut se rappeler que le Congrès américain a décidé voici une dizaine de jours ne plus accorder de crédits que pour un maximum de 15 vols de navettes. Mais l'achèvement de la Station Spatiale Internationale réclamant encore près de 30 vols pour un achèvement conforme aux plans initiaux, cela impose un choix des missions amenant à supprimer de nombreux éléments. Or, la Nasa est liée contractuellement avec d'autres organisations et s'est engagée à lancer divers modules européens, japonais et russes. Si l'on considère le nombre de vols de navettes nécessaires, augmenté de ceux destinés à aménager la Station en vue de recevoir ces modules (installation de poutres, de panneaux solaires, etc.), on s'aperçoit que les 15 missions restantes serviront tout juste à desservir les projets "étrangers", au grand dam des Américains eux-mêmes, qui se sont déjà vus amputer de leur module d'habitation par restriction budgétaire.

Les Etats-Unis ne pouvant faillir à leurs engagements envers leurs partenaires sans provoquer leur courroux et perdre la face aux yeux du monde, l'arrêt du programme navettes pour une raison de sécurité ne vient-il pas à point nommé pour une Nasa qui, ainsi, se sauve la face ?

Il ne faut pas non plus perdre de vue que si le Président W. Bush a invité l'Agence américaine à se lancer dans un vaste programme d'exploration du Système Solaire, avec pour prélude un retour à la Lune, aucun financement conséquent n'a été prévu, ce qui avait amené certains observateurs à qualifier ce projet de "programme rideau de fumée". Mais si l'arrêt des vols de navettes se confirme, ce sont plus de 20 milliards de dollars économisés qui tombent dans l'escarcelle du nouveau programme. Et soudain, on comprend tout...

Bien sûr, avec cette décision, ce sont encore d'autres projets qui seraient abandonnées, dont la dernière mission de réparation du télescope spatial Hubble qui, après avoir un moment été envisagée, semble maintenant condamnée.

Note

Il s'agit bien entendu une hypothèse qui n'engage que nous. Toutefois, l'ESA est déjà montée au créneau, par l'intermédiaire du Directeur général pour rappeler à la NASA que la navette est le seul véhicule spatial capable de livrer le module européen Columbus à la Station. Pour l'instant la Russie et la JAXA (Agence spatiale du Japon) n'ont fait aucun commentaire, c'est d'autant plus surprenant que pour le cas du Japon, la JAXA a besoin d'au moins 3 vols de navette pour installer son laboratoire scientifique, sa palette extérieur et son propre bras manipulateur.

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