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Discovery : la NASA admet l'échec de son retour en vol "c'était une erreur"

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L'heure est grave pour l'agence spatiale américaine et son programme. Des évènements qui auraient pu avoir de lourdes conséquences sur la navette et son équipage ont eu lieu lors du lancement de la navette Discovery le 26 juillet dernier. Ce lancement devait marquer le retour des vols habités à la NASA après la tragédie de la navette Columbia en février 2003. De plus, ce retour en vol de la navette spatiale était la première étape d'un ambitieux programme d'exploration humaine de l'espace, proposé en janvier 2004 par le Président Georges Bush. Ce programme devra très sûrement être revu.

Décollage de Discovery (crédit : NASA/KSC)

Les faits : des morceaux de mousse se sont détachés du réservoir externe

En 2003, un bout de mousse isolante, ayant été détaché du réservoir externe de la navette Columbia lors du décollage, avait heurté une tuile thermique de l'aile gauche, causant la perte de la navette et de son équipage lors de la rentrée atmosphérique le 1er février. Mardi 26 juillet une scène similaire s'est produite à la différence que les morceaux de mousse ne semblent pas avoir percuté le corps de la navette selon les images prises par la caméra embarquée sur Discovery.

Cette caméra avait surpris un objet non identifié se détachant du réservoir externe, quelques secondes après la séparation des boosters latéraux. Après avoir analysé ces images, les ingénieurs de la NASA en ont déduit que le morceau détaché était un morceau de mousse mesurant 60 à 84 cm de long, pour 25 à 35 cm de large, soit des dimensions à peine plus petites que celles du morceau de mousse ayant causé la perte de Columbia.

La plus importante des recommandations qui avait été faite à la NASA par la commission d'enquête indépendante sur l'accident de Columbia (la CAIB) était de minimiser au maximum, voire de supprimer totalement, tout risque de détachement de mousse isolante. Le réservoir externe de Discovery avait été à cet égard changé avant le lancement par un autre modèle comportant moins de mousse isolante sur ses parois, donc moins de risques. C'était peine perdue... des images haute résolution du réservoir principal prises lors de sa retombée dans l'océan montrent de façon évidente qu'un bout de mousse isolante appartenant au Protuberance Air Load (PAL) est manquant (voir les images ci-dessous).

Le réservoir externe de Discovery a été photographié après son détachement de la navette, lors de sa retombée dans l'atmosphère. La tache claire visible au niveau d'une région appelée PAL du réservoir constitue la preuve d'un détachement de mousse isolante.
Le réservoir externe de Discovery a été photographié après son détachement de la navette, lors de sa retombée dans l'atmosphère. La tache claire visible au niveau d'une région appelée PAL du réservoir constitue la preuve d'un détachement de mousse isolante.

Deux autres morceaux de mousse de 15 cm environ se sont détachés du réservoir externe de la navette, ils proviendraient de la même région du réservoir que le bout de mousse détaché sur Columbia en janvier 2003. La NASA avait procédé à de nombreuses modifications sur cette région du réservoir, mais apparemment cela n'a pas suffi.

Aucun des trois morceaux de mousse ne semble avoir percuté la navette spatiale selon la NASA. Cependant, dans un cas de malchance cela aurait très bien pu se produire comme en janvier 2003...

D'autres morceaux du réservoir se sont également détachés lors du décollage.
Deux autres morceaux du réservoir se sont également détachés lors du décollage.

Outre le détachement de ces bouts de mousse, il apparaît maintenant que deux tuiles thermiques sont endommagées sur la navette. Une entaille de quelques centimètres sur une tuile triangulaire située au niveau du train d'atterrissage avant droit et une seconde entaille au bas de la navette sur une tuile thermique carrée. Des inspections seront effectuées par l'équipage sur ces régions critiques de la navette dès demain. Il n'est pas possible de savoir pour le moment si ces dommages constituent un réel danger pour l'équipage. La NASA reste confiante sur ce point : « Discovery semble en bon état » a déclaré Wayne Hale, directeur adjoint du programme des navettes.

« C'était une erreur » : la NASA suspend à nouveau tous les vols de navette

Deux ans et demi après la tragédie de Columbia, l'histoire semble malheureusement se répéter. L'agence spatiale américaine a décidé de suspendre tous les vols de navettes jusqu'à ce que le problème des débris de mousse détachés du réservoir externe de la navette lors du décollage ne soit résolu.

Bill Parsons, directeur du programme des navettes spatiales à la NASA a fait clairement savoir que les vols étaient suspendus jusqu'à ce que ce problème soit résolu. Selon lui, cela nécessitera « beaucoup de travail », peut-être plusieurs mois. « Tant que nous ne serons pas prêts, nous ne revolerons pas. Je ne peux pas fixer d'échéance » ajoute-t-il. Les ingénieurs de la NASA avaient hésité à enlever la bande de mousse de la Protuberance Air Load (PAL) au niveau du réservoir, ils avaient alors pensé que cela n'était pas nécessaire. Aujourd'hui, Bill Parsons a déclaré « nous avons eu tort ».

Quelles conséquences pour la NASA ?

Avec le vol des navettes de nouveau stoppé, c'est tout le programme d'exploration spatial habité de la NASA qui est touché. L'agence s'est montrée incapable de respecter les plus importantes recommandations qui lui avaient été faites. Les conséquences pour la NASA seront sans nul doute très graves. Malgré les paroles des ingénieurs qui prévoient une réparation de quelques mois, il est possible que nous n'assistions plus jamais à un vol de navette. Le Congrès ne sera sûrement pas prêt de donner son approbation pour un nouveau programme de retour en vol de la navette spatiale. L'ambitieux programme d'exploration lancé par le Président en janvier 2004 « Vision for space exploration » sera sans doute revu et corrigé car le retour en vol des navettes constituait le point de départ de ce programme.

Le nouvel élan dont la NASA avait tant besoin pour repartir dans l'espace a été de courte durée. Le décollage de Discovery a semblé se dérouler parfaitement, mais les débris observés par l'arsenal impressionnant de caméras qui surveillaient son envol en ont décidé autrement. Le vol des navettes comprend toujours un risque d'échec, même après deux ans et demi de travail acharné pour le rendre plus sûr. La crédibilité de l'agence est aujourd'hui fortement atteinte.

Peut-être que Discovery, construite en 1983, sera la dernière des navettes à avoir volé ? Peut-être que la construction de la Station Spatiale Internationale ne sera jamais finie si les navettes ne redécollent plus ? L'exploitation des navettes spatiales était prévue pour durer jusqu'en 2010, le pari sera-t-il tenu ? Malheureusement, à l'heure actuelle, rien n'est moins sûr.

Si cette analyse, pour l'instant provisoire, s'avère exacte, les conséquences ne seront pas ressenties seulement par la NASA, mais également par tous les partenaires de la Station Spatiale Internationale. Particulièrement l'Europe et le Japon qui ont construit deux modules, respectivement Columbus et Kibo, qui attendent toujours d'être lancés par une navette. L'arrêt du programme des navettes constituerait la perte des ces deux outils scientifiques très onéreux.

La Russie serait alors la seule puissance capable de continuer à envoyer des hommes dans l'espace régulièrement pour assurer les relèves de la Station Spatiale Internationale et son ravitaillement. Mais ses problèmes financiers ne lui permettraient pas de tenir ce rythme longtemps comme elle l'a fait jusqu'à présent.

L'administrateur principal de la NASA, Mike Griffin, tente de son côté de minimiser l'incident : « Nous avons dit à plusieurs reprises que les deux premiers lancements de notre retour en vol sont des vols d'essai ». Il assure que l'agence fera tout son possible et procèdera à « n'importe quelles modifications nécessaires à la navette avant que nous ne la lancions de nouveau ».

L'avenir nous dira quel sera le sors du parc de navettes spatiales restantes (Discovery, Atlantis et Endeavour) et de la NASA.

Discovery se rapprochant de l'ISS (crédit : NASA TV)

Discovery s'est arrimée à la Station Spatiale ISS !

La navette spatiale s'est arrimée avec succès à l'ISS à 13H18 (CEST) après une manoeuvre manuelle d'approche effectuée par l'astronaute Eileen Collins. Les occupants de la navette ont été accueillis par les deux résidents actuels de l'ISS, l'américain John Phillips et le russe Sergei Krikalev, peu avant 15H00 (CEST). C'est la première fois qu'une navette s'arrime à l'ISS depuis Endeavour en novembre 2002 ! Souhaitons bonne chance aux 9 membres d'équipage pour leur mission de 8 jours.

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