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Mieux vaut aider la recherche en Afrique, que lui fournir nos solutions

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En préliminaire au sommet du G8 qui se déroulera à Gleneagles, en Ecosse, en juillet, les académies des sciences des nations composant le G8 se sont alliées pour demander aux pays développés d'aider l'Afrique à renforcer ses capacités scientifiques.

Crédits : NASA

Selon une déclaration commune des académies du Royaume-Uni, des Etats-Unis, du Japon, de la Russie, du Canada, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie et d'un réseau d'académies des sciences africaines, les dirigeants mondiaux devraient intégrer spécifiquement le développement des sciences, des technologies et des capacités d'innovation aux programmes d'aide internationale.

Sans une telle démarche, les initiatives visant à résoudre certains des problèmes les plus pressants pour l'Afrique seront vouées à l'échec, peut-on lire dans la déclaration, dont les auteurs demandent également que ces initiatives soient menées par des Africains et prennent en compte la diversité sociale et culturelle.

"Un investissement isolé dans les sciences et les technologies est insuffisant - des initiatives de développement des capacités devraient être intégrées à des programmes dédiés à des secteurs spécifiques. Un programme de santé, par exemple, devrait également avoir pour objectif de développer le savoir-faire et les ressources au niveau local afin de permettre aux habitants de la région de continuer à gérer les problèmes longtemps après la fin des programmes spécifiques", préviennent les auteurs de la déclaration.

Ceci signifie que l'objectif d'un programme de vaccination devrait consister à permettre aux Africains d'effectuer des travaux de recherche et de fabriquer leurs propres médicaments à long terme au lieu de se contenter de leur fournir des médicaments en provenance des pays développés pour une période limitée.

"Une hausse de l'aide accordée à l'Afrique doit avoir pour objectif à long terme d'aider les Africains à s'aider eux-mêmes. L'une des méthodes les plus efficaces pour aider les nations africaines à s'aider elles-mêmes consiste à renforcer leurs capacités dans les domaines scientifiques, technologiques et de l'ingénierie. Nombre des enjeux graves auxquels l'Afrique doit aujourd'hui faire face, notamment en matière d'approvisionnement suffisant en denrées alimentaires et en eau potable et de lutte contre la propagation de maladies infectieuses comme le paludisme et le sida, exigent des solutions qui dépendent fondamentalement de la science. Les nations africaines ne peuvent s'attaquer aux problèmes graves d'aujourd'hui et de demain qu'à l'aide de nouvelles générations de scientifiques et d'ingénieurs africains qualifiés dotés des outils de la science moderne", a déclaré Lord May of Oxford, le président de la Royal Society britannique.

Les académies appellent par ailleurs les dirigeants des Etats du G8 à fournir une assistance de longue durée à la revitalisation des universités africaines, ainsi qu'à soutenir les centres d'excellence et l'enseignement des disciplines scientifiques et de l'ingénierie de l'école à l'université et au-delà.

Les auteurs de la déclaration commentent ensuite la politique du gouvernement américain sur le changement climatique. "Le gouvernement américain doit aussi réfléchir à l'impact qu'ont sur l'Afrique ses politiques en matière de changement climatique. Nombre des individus qui sont le plus directement et le plus gravement affectés par la hausse des émissions de gaz à effet de serre sont des Africains pauvres et vulnérables. L'administration Bush pourrait immédiatement améliorer les perspectives à long terme d'une grande partie de la population africaine en réduisant les émissions américaines de gaz à effet de serre".

Par ailleurs, le G8 Recherche a approuvé deux projets présentés par la ministre italienne de l'Education, des Universités et de la Recherche, Letizia Moratti, à savoir la création d'un centre de recherche destiné à la lutte contre les maladies infectieuses en Afrique et la constitution d'un réseau de centres de recherche dédiés à la "chimie verte".

Le sommet informel des huit ministres se tient deux fois par an pour permettre aux pays les plus industrialisés de débattre de questions relatives à la recherche et à l'innovation technologique.

Le premier projet a été présenté dans le contexte d'initiatives en faveur de l'Afrique et de la stratégie du G8 consistant à y soutenir un développement durable. Il implique la participation du Centre international pour le génie génétique et la biotechnologie (CIGGB) de Trieste, une organisation internationale active dans le domaine de la recherche sur le génie génétique et la biotechnologie, qui travaille plus précisément sur les besoins spécifiques des pays en développement. La proposition de Mme Moratti consiste à mettre en place un troisième centre au Cap, en Afrique du Sud - sur le modèle du deuxième centre du CIGGB de New Delhi, en Inde. Le nouveau centre dédierait ses activités de recherche scientifique à la prévention et au traitement des maladies infectieuses telles que le paludisme, le VIH/sida, l'hépatite, différentes fièvres, ainsi qu'à la formation de chercheurs spécialisés dans ce secteur.

La seconde proposition concerne la création d'un réseau impliquant la participation de gouvernements, d'universités, de centres de recherche et d'entreprises du monde entier à l'élaboration de projets multidisciplinaires en faveur d'une "chimie durable" ou "chimie verte", à travers la mise en place d'une plate-forme de centres de recherche. L'objectif consiste à instaurer une plate-forme capable d'accroître la sûreté et l'écocompatibilité de la chimie, à faciliter les échanges scientifiques et le développement d'une nouvelle génération de chercheurs, surtout dans les pays en développement, et, en même temps, de revitaliser le secteur.

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