Lors de l'élection présidentielle organisée les 10 et 24 avril, une petite minorité d'électeurs pourrait se déterminer en fonction du programme numérique des candidats. © Fox_Dsign, Adobe Stock
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Présidentielle : quelles sont les positions des candidats sur le numérique et les cryptomonnaies ?

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[EN VIDÉO] Les cryptomonnaies, comment ça fonctionne ?  Comme le Bitcoin, il existe aujourd’hui plus de 6.000 cryptomonnaies dans le monde. Ces monnaies sont basées sur la technologie blockchain. 

À l'heure du vote, chaque voix peut sembler précieuse. Or, pour une partie de l'électorat, les mesures envisagées pour le secteur des crypto pourraient peser dans la balance. Comment se positionnent les principaux candidats en la matière ? La surprise est au rendez-vous...

Si l'on en croit une étude réalisée par le cabinet KPMG, 8 % des Français ont déjà investi dans des actifs numériques, alors qu'ils ne sont que 6,7 % à détenir des actions. Un chiffre plus étonnant ressort : pour 18 % des sondés, la position des candidats à la présidentielle sur les cryptomonnaies pourrait influencer leur vote. Ce serait même un point décisif pour 4 % d'entre eux.

Alors, quelle est la position des principaux candidats relativement à ce qui relève du numérique et des cryptomonnaies ? Avant tout, quatre candidats se distinguent par l'intérêt qu'ils semblent manifester pour la chose. Leurs noms ? Emmanuel Macron, Anne Hidalgo, Éric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon...

Emmanuel Macron et son métaverse européen

Emmanuel Macron, président de la République française au World Economic Forum de Davos, le 24 janvier 2018. © World Economic Forum, Sikarin Thanachaiary

En 2017, mais aussi lors de divers épisodes de son quinquennat, Emmanuel Macron a pu apparaître comme un personnage en phase avec son époque et avec la réalité des technologies numériques ainsi que leurs grands acteurs. Pourtant, le quinquennat qui s'achève n'a pas forcément été rose pour les partisans des cryptomonnaies, au regard de pays comme l'Allemagne, le Portugal, l'Espagne, et plus récemment le Royaume-Uni qui ont clairement pris des mesures, notamment fiscales, en faveur des usagers de ces nouveaux outils. En France, en dépit des efforts appuyés d'un député LREM, Pierre Pierson, le régime des propriétaires de crypto-actifs a pu sembler peu favorable et inutilement complexe. Sur la ligne droite, à la fin 2021, quelques amendements ont été adoptés, laissant augurer d'un nouveau régime un peu plus attractif pour la possession de crypto-actifs comme de NFTs.

Le président Emmanuel Macron s'est toutefois distingué par quelques mesures phares, dans le programme qu'il a dévoilé le jeudi 17 mars. Parmi celles-ci, figure l'élaboration d'un « métavers européen » qui aurait notamment pour ambition de ne pas laisser Facebook-Meta monopoliser ce loisir futuriste.

En parallèle, Emmanuel Macron a fait savoir qu'il souhaitait placer « l'apprentissage des savoirs numériques au cœur de l'école » et donc permettre l'apprentissage de la programmation informatique dès  la 5e. « Dès le collège, on veut pouvoir systématiser l'équivalent de la deuxième langue étrangère dès la cinquième où des jeunes pourront choisir le code ». Le code se voit considéré comme une langue vivante. Le jeune président a par ailleurs exprimé son souci relativement au harcèlement sur les réseaux sociaux et donc souhaité qu'un travail d'éducation civique soit au programme des écoliers.

Anne Hidalgo et son Manifeste du Numérique

Anne Hidalgo se distingue par le Manifeste du Numérique qu'elle a mis en ligne. Elle y annonce une intention claire :  « Accompagner stratégiquement le développement de la crypto-monnaie » notamment à travers l'apparition de « guichets de financement » à destination « des investisseurs publics ». Elle souhaite par ailleurs que puisse arriver une « harmonisation des législations nationales et l'adoption d'un cadre réglementaire européen quant à la gestion des crypto-monnaies ». L'ambition ? Pouvoir  « peser face aux marchés extra-européens ».

Par ailleurs, la candidate du Parti Socialiste place la « révolution numérique » parmi les grandes mutations (dont le changement climatique) pour lesquelles elle souhaite accentuer la formation continue. Plus spécifiquement, la maire de Paris entend former le plus de monde possible à des nouvelles compétences comme la programmation et la cybersécurité.

Comme il se doit, la candidate socialiste exprime son souci vis-à-vis des droits des employés des plateformes du numérique. « Je mettrai fin à la situation faite aux travailleurs des plateformes numériques, comme par exemple les livreurs, d'être des travailleurs indépendants alors qu'ils n'ont aucune maîtrise de leurs conditions de travail et de rémunération ». Elle se montre en faveur d'un statut de salarié assorti de protections sociales. Par ailleurs, elle souhaite que  « la transparence des algorithmes devienne la règle ». Plus facile à dire qu'à faire. Enfin, Anne Hidalgo propose d'investir dans la recherche publique pour ce qui est du numérique.

Le Manifeste du Numérique mis en ligne par la candidate Anne Hidalgo, détaille les mesures envisagées par la Maire de Paris dans le contexte de l'élection présidentielle. © Manifeste-numérique-Anne-Hidalgo

Éric Zemmour, rallié de la dernière heure

Lorsque l'on en vient à l'ancien journaliste Éric Zemmour, la surprise est de taille tant sa position avant-gardiste semble trancher avec une tendance à la nostalgie que l'on a pu sentir dans ses aspirations.

Le 14 février 2022, Zemmour s'est fait remarquer par la visite qu'il a menée chez Ledger, l'un des fleurons de la technologie française en matière de crypto. Et de déclarer sur son compte Twitter : « Il faut soutenir l'écosystème des cryptomonnaies, secteur d'avenir ».

À l'issue de cette visite, le candidat du parti Reconquête a présenté ses diverses ambitions pour le secteur du numérique. Il propose ni plus ni moins d'exonérer d'impôts toute plus-value réalisée sur la cession de crypto-actifs à une condition près : « Dès lors qu'au moins 50 % de cette plus-value est réinvestie dans le capital d'une entreprise de l'économie réelle ». Zemmour entend également simplifier les démarches administratives relatives aux déclarations fiscales et suggère un régime spécial pour les NFT qui se verraient simplement assimilées à l'actif physique correspondant - par exemple, les NFT artistiques seraient considérés comme des œuvres d'art classiques. Zemmour veut également favoriser l'émergence d'un stablecoin européen.

Plus récemment, Zemmour a donné sa vision du secteur sous cette formule : « Je comprends cela comme un mélange de philosophie libertarienne et de discours de Gaulle sur l'étalon or. Il s'agit de se protéger des monnaies des banques centrales ». 

Tout comme Emmanuel Macron, Éric Zemmour envisage un plan pour favoriser la programmation à l'école, « pour pourvoir à la demande croissante d'emplois dans le numérique ».

Plus globalement, Éric Zemmour se montre en faveur de l'émergence, à l'instar de Ledger, de champions locaux du numérique dans des domaines tels que le Cloud, la cybersécurité ou l'Intelligence artificielle. Il souhaite par ailleurs que les données sensibles soient localisées en France.

Jean-Luc Mélechon, l’hologramme

Les récents meetings de Jean-Luc Mélenchon avec retransmission dans plusieurs villes par hologrammes ont contribué à donner à l'image de ce tribun un parfum high tech. Qu'en est-il de ses ambitions en la matière ? 

L'un des points saillants de son programme serait de favoriser la création d'une fonderie française pour des microprocesseurs, afin d'éviter les situations de dépendance mais aussi de propulser un secteur d'avenir. Dans un même ordre d'idée, il souhaite « créer une agence publique des logiciels libres» et généraliser leur usage « dans les administrations publiques et l'Éducation nationale ». Il est également en faveur d'un Cloud français.

Jean-Luc Mélenchon souhaite augmenter les effectifs de police spécialisés dans la lutte contre la cyberpédopornographie, et renforcer les moyens du portail de signalement Pharos. Il est aussi en faveur de « sanctions dissuasives » pour les sites ne respectant pas leurs obligations en termes d'accessibilité.

Mélenchon ambitionne aussi, à l'instar des autres candidats situés sur la gauche de l'échiquier politique, de requalifier les contrats des travailleurs des plateformes numériques afin qu'ils soient reconnus comme des salariés. Il entend par ailleurs accentuer la lutte contre la cybercriminalité.

Quid des crypto-monnaies ? Si l'on en croit Mélodie Ambroise de l'Association pour le Développement des Actifs Numériques (Adan) qui a écrit aux divers candidats, les Insoumis n'ont pas exprimé de position sur la question. De plus, Mélenchon a répondu ceci à une question de ZoneBourse : « Nous ne considérons pas la blockchain comme une technologie porteuse de solutions pour les grands défis actuels ». Et d'ajouter qu'il voit là avant tout des outils de spéculation financière appelés à être encadrés et régulés comme tels.

Jean-Luc, Emmanuel, Éric, Anne et les autres…

Quid des autres candidats ? Valérie Pécresse, candidate du parti Les Républicains souhaite développer la filière crypto mais via une législation issue « d'un cadre européen sur les crypto-actifs ». Elle propose aussi de créer un « cyber-parquet », chargé de combattre « la criminalité sur Internet », et souhaite accélérer le « virage numérique » dans le secteur de la santé. Valérie Pécresse voudrait soumettre les Gafam à un « Haut conseil de la souveraineté économique et numérique ». Enfin, elle propose de réserver 50 % des appels d'offres d'hébergement Cloud dans le secteur public à des acteurs européens.

La candidate du RN, Marine Le Pen propose une régulation du marché des cryptomonnaies, lesquelles seraient considérées des devises habituelles, soumises aux mêmes règles que celles-ci. Le secteur est  jugé « propice aux tromperies, aux erreurs et aux coups de bourse » et il importe de lutter efficacement contre « les manipulations des cours, les délits d'initiés ou les informations trompeuses ». Elle voudrait par ailleurs imposer aux Gafam d'ouvrir le capital de leurs filiales à des entreprises françaises.

Yannick Jadot envisage des mesures de lutte contre la cybercriminalité et souhaiterait la mise en place de tarifs sociaux pour les équipements numériques. Il veut imposer l'usage de logiciels libres au gouvernement comme dans les collectivités locales. L'écologiste a par ailleurs exprimé son inquiétude quant à la consommation énergétique de monnaies telles que Bitcoin et son intention de limiter l’investissement des acteurs financiers dans les crypto-actifs.

Nicolas Dupont Aignan veut faire de la France, « la championne des logiciels libres ». Et il se surprend à rêver d'un Google et de réseaux sociaux nés en France.

Deux candidats au moins font l'impasse de la techno dans leur programme : les figures de la gauche extrême que sont Nathalie Arthaud et Philippe Poutou. Ce dernier s'est tout de même autorisé cette curieuse déclaration au média ZoneBourse : « Les cryptomonnaies ne sont en rien un progrès du point de vue de la grande masse de la population. Toute disposition visant à favoriser leur usage doit être supprimée ». Voilà qui est dit !

 

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