L'année 2021 a été marquée par l'essor des NFT ou œuvres d'art numériques protégées par un identifiant unique. Ici, la représentation de la Joconde en NFT. © ArtemisDiana, Adobe Stock
Tech

NFT : quel est le type d'arnaque le plus répandu et comment l'éviter ?

Question/RéponseClassé sous :NFT , oeuvre numérique , arnaque
 

[EN VIDÉO] NFT : c’est quoi exactement ?  Les NFT ont révolutionné le marché de l’art, car ils permettent d'authentifier une oeuvre unique. 

Avant d'acheter un NFT, il est préférable de s'assurer que son prix de vente n'a pas été gonflé artificiellement. Nous vous expliquons ici comment fonctionne ce type d'arnaque et comment la dépister.

Le domaine des NFT a dominé l'année 2021 et cette frénésie s'est poursuivie depuis. Pour rappel, les NFT, ou non fongible tokens, désignent des œuvres numériques rendues uniques par l'association de fichiers avec un identifiant précis stocké dans une blockchain.

Cryptokitties, Cryptopunks et singes blasés

L'histoire des NFT a démarré avec la famille des Cryptokitties, des chats disposant chacun de caractéristiques uniques, et capables d'être « accouplés » pour donner naissance à d'autres Cryptokitties tout aussi uniques. Cette application a eu un succès tel qu'en décembre 2017, le réseau Ethereum s'est retrouvé saturé durant plusieurs jours.

Un singe blasé arborant le style des Bored Apes de Yuga Labs, une collection de NFT ultra populaires depuis avril 2021. © Paits Media, Adobe Stock

D'autres NFT ont connu un énorme succès, notamment les CryptoPunks, les Bored Apes (une collection de singes blasés) ou encore les œuvres de l'artiste Beeple - dont l'œuvre Everydays a battu un record en mars 2021, à la suite d'une vente aux enchères chez Christie's avec un achat à 22.410,6 ETH, soit l'équivalent de 69,3 millions de dollars.

Ce graphique de Chainalysis affiche en bleu marine la valeur totale des ventes de NFT durant l’année 2021 et, en orange, la valeur moyenne par transaction. © Chainalysis

Au total, le cabinet Chainalysis a estimé qu'il s'était vendu pour 44,2 milliards de NFT durant l'année 2021. Une progression impressionnante, par rapport à un total de 106 millions de dollars en 2020.

Arnaques aux NFT

Toutefois, comme on pouvait s'y attendre, certains individus n'ont pas tardé à repérer dans un tel marché une source de fraude potentielle. Certains ont utilisé des NFT pour du blanchiment d'argent. Ils achètent une œuvre à partir d'actifs récupérés illégalement, la revendent et disposent alors d'un « argent propre » qui n'a plus de relation avec l'activité illicite d'origine. Cette activité de blanchiment est pourtant demeurée minoritaire.

Le « wash trading » ou transactions fictives

En fait, selon ce que rapporte là encore Chainalysis, l'essentiel des arnaques aux NFT a concerné une activité appelée « wash trading ». En quoi consiste cette opération ? À faire en sorte que la valeur d'un NFT apparaisse plus forte qu'elle ne l'est en réalité, son propriétaire la vendant à un autre wallet contrôlé par lui-même.

Le logo de MetaMask au-dessus d'un coin (pièce) à l'effigie du bitcoin. MetaMask est le portefeuille le plus utilisé pour les échanges de cryptomonnaies dans les applications de DeFi. © JorgeEduardo, Adobe Stock

Explication : lorsque l'on s'inscrit sur un wallet de la DeFi (finance décentralisée) tel que MetaMask ou Trust Wallet, il n'est pas nécessaire de décliner son identité. Et donc, il est aisé de simuler des ventes qui, dans le réel, ne se sont pas produites puisqu'elles ont eu lieu entre des wallets d'une seule et même personne. Certains vendeurs de NFT ont ainsi mené plusieurs centaines de ventes artificielles. Chainalysis cite le cas d'un vendeur qui a ainsi pratiqué 830 ventes entre des adresses de wallets lui appartenant. Et 262 utilisateurs qui ont pratiqué au moins 25 ventes artificielles.

Un exemple de « wash trading »

Est-il possible de repérer de telles arnaques ? Oui, parce que, habituellement, un tel vendeur ne dispose que d'un nombre limité de wallets et, par la force des choses, il en vient tôt ou tard à revendre le NFT artificiellement gonflé à un wallet précédemment utilisé.

Voici un exemple de ce que cela pourrait donner. Supposons qu'un vendeur dispose de trois wallets : l'un sur Metamask, un autre sur Trust Wallet, un autre sur Coinbase Wallet.

  1. Envoi de 0,45 ETH depuis un wallet Trust Wallet vers le wallet Metamask ;
  2. Achat du NFT à 0,45 ETH depuis Metamask ;
  3. Envoi de 0,5 ETH à un wallet Coinbase Wallet depuis Metamask ;
  4. Achat du NFT à 0,5 ETH depuis le Coinbase Wallet ;
  5. Envoi de 0,6 ETH depuis Coinbase Wallet vers le Trust Wallet ;
  6. Achat du NFT à 0,6 ETH depuis Trust Wallet ;
  7. Envoi de 0,65 ETH depuis Trust Wallet vers Metamask comme en 1. Et ainsi de suite. La boucle peut ainsi être répétée plusieurs fois.

Tôt ou tard, un acheteur, attiré par cette forte activité d'enchères autour du NFT pourrait l'acquérir à un prix artificiellement gonflé. Si son intention était de la revendre, il va se retrouver avec une œuvre qui, en réalité, n'a pas de réelle valeur marchande.

Notons que, dans cet exemple, nous n'avons pas inclus les gas fees (frais de validation d'une transaction) et par conséquent, les chiffres indiqués ici sont simplifiés pour les besoins de la démonstration.

Bien évidemment, le wash trading ne fonctionne pas toujours. Un vendeur de NFT qui se livre à de telles manipulations pourrait fort bien ne jamais vendre son œuvre au final. Dans ce cas, ledit vendeur accusera une perte, due aux frais prélevés par les mineurs à chaque vente. Chainalysis estime ainsi que le wash trading a tout de même occasionné la perte de 416.984 dollars pour de tels vendeurs ayant tenté de truquer le système. Les arnaques utilisant le wash trading ont toutefois rapporté plus de 8,9 millions de dollars aux vendeurs plus « chanceux ».

Comment détecter les arnaques au « wash trading »

Il reste qu'il est possible de détecter une telle opération. Ainsi donc, si vous souhaitez acheter un NFT qui a fait l'objet d'une vingtaine d'achats ou plus, voici comment faire.

La collection des NFT Girlies est l’œuvre de Valeria, une adolescende de 14 ans. Lancées en janvier 2022, les Girlies ont immédiatement fait sensation avec 3.115 ventes en une semaine. © Girlies.art

Prenons un exemple avec la collection de NFT Girlies, une collection de 10.000 NFT représentant des visages de filles. L'un des boutons indique : Buy on OpenSea. En cliquant dessus, vous arrivez sur la page des Girlies sur OpenSea.

La page qui rassemble les Girlies sur la plateforme de vente de NFT OpenSea. © OpenSea.

Sur la page des Girlies, sur OpenSea, cliquez sur l'une des images affichées plus bas, chacune correspondant à un NFT différent. Faites défiler la fenêtre vers le bas.

L’historique des ventes du Girlie n° 6189. Le nom des acheteurs et vendeurs est clairement exposé dans les colonnes From et To. Nous pouvons voir dans cet exemple qu’il n’y pas eu de tentative de wash trading. © OpenSea

Vous allez voir apparaître toutes les transactions effectuées sur ce NFT. Analysez les colonnes From et To, en remontant de bas en haut. Dans l'exemple ci-dessus (correspondant à Girlie #6189), nous pouvons voir que :

  • ce NFT a été d'abord vendu par un dénommé Chikin à Qzoubi ;
  • par la suite, Qzoubi a revendu ce NFT à kitsterKSNS ;
  • puis, kitsterKSNS a lui-même vendu ce NFT à Valentino15.

Dans cet exemple, il est donc aisé de voir qu'il n'y a pas eu de wash trading.

Imaginons, en revanche, que Valentino15 ait ensuite revendu ce NFT à Chikin, que Chikin ait à nouveau vendu à Qzoubi, etc. Dans un tel cas de figure, vous pourriez aisément voir qu'il y aurait eu du wash trading et donc, il vaut mieux... passer votre chemin.

Abonnez-vous à la lettre d'information La question de la semaine : notre réponse à une question que vous vous posez, forcément. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !