Les pictogrammes de Vilacaurani sont situées dans le nord du Chili. © Marcela Sepulveda
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À la découverte de l'art rupestre des Andes avec la spécialiste Marcela Sepulveda

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Nos ancêtres, il y a plusieurs dizaines de milliers d'années, pratiquaient déjà l'art. Plongeons dans leurs mystères avec Marcela Sepulveda, archéologue spécialiste de l'art rupestre.

Le genre humain laisse libre cours à son âme d'artiste depuis des millénaires. Notamment par le biais de peintures pariétales. Marcela Sepulveda, archéologue spécialisée dans l'étude de l'art rupestre, et plus précisément dans les matériaux liés aux couleurs chez les sociétés andines, a accepté d'égayer nos connaissances sur le sujet.

Durant la préhistoire, qu’est-ce qu’utilisaient les sociétés andines pour leur art ? 

Marcela Sepulveda : Elles se servaient d'argiles contenant des matières naturellement colorantes, ainsi que les pigments minéraux disponibles autour d'elles. Tels des oxydes de fer (hématite, goethite), des oxydes de manganèse (pyrolusite, cryptomelane), des minerais de cuivre (atacamite), des sulfures de fer (jarosite). 

On retrouve ces mêmes pigments dans d'autres régions du monde à d'autres époques. Mais dans les Andes, il s'agit de connaissances développées indépendamment, après la découverte des matériaux disponibles dans leur environnement.

Parallèlement, les sociétés andines ont utilisé des teintures d'origines végétales ou animales pour leurs textiles et leurs tissus, par exemple. Ces teintures organiques ont parfois été mélangées avec des pigments minéraux, afin de changer la tonalité des couleurs. Ou de modifier les propriétés des peintures obtenues.

Photographie d'une peinture pariétale sur ladite Pampa El Muerto 3, dans la région d'Arica Parinacota, au nord du Chili. © Marcela Sepulveda

À cette époque, est-ce qu’il s’agissait d’une spécificité de cette région ?

Marcela Sepulveda : Non, l'art est présent dans de nombreuses sociétés dans le monde, et ce depuis au moins le paléolithique supérieur. Par exemple, aujourd'hui on retrouve en Océanie des peintures datant de 40.000 ans. Les expressions symboliques peintes existent depuis plusieurs millénaires. Chaque société a ensuite utilisé les matières premières disponibles dans son paysage environnant.

Les formes, compositions ou scènes représentées présentent un rapport avec ce que chaque population a connu. On adapte ainsi ce que l'on représente à ce que l'on connaît, quant aux espèces animales et végétales, quant aux scènes dans lesquelles interagissent divers individus et animaux. Des scènes de chasse ou de danse, entre autres. Certaines formes d'art expriment également des rêves, ou sont liées à des pratiques chamaniques ou à des rites de passage.

Est-ce qu’il a des éléments, principalement représentés ? Dans cette région ou dans le monde ?

Marcela Sepulveda : On représente des figures anthropomorphes, animales ou des êtres mi-humains, mi-animaux. On peint aussi des mains et des éléments présents dans la nature (végétation ou cours d'eau). Chaque société adopte d'une certaine façon ses images, ses moyens de représentation, son récit, ses narrations... Chaque artiste ajoute aussi ses goûts personnels, ses connaissances et son degré d'habileté.

Photographie de peintures pariétales sur le site de Santa Barbara, dans la région d'Antofagasta, au nord du Chili. © Marcela Sepulveda

Quelle est la découverte qui vous a le plus marquée dans votre domaine ?

Marcela Sepulveda : Récemment, des peintures pariétales paléolithiques ont été attribuées à des groupes néandertaliens. Et les derniers résultats publiés suscitent de nombreux débats ! Notamment sur l'apparition des comportements symboliques, car qui dit art, dit pratique symbolique, dit communication, dit langage.

Or, si certains proposent aujourd'hui que ces peintures puissent être l'œuvre de groupes néandertaliens, d'autres refusent cette idée. Ils considèrent que les pratiques artistiques sont liées à notre espèce, Homo sapiens

Une autre découverte tout aussi intéressante, en Indonésie, a permis de dater des scènes peintes aux alentours de 44.000 ans. Or, jusqu'à présent, on considérait que la réalisation de peintures pariétales n'avait eu lieu qu'en Europe, pour ce qui concerne la période paléolithique. Et ces scènes en Indonésie démontrent que cette forme d'art symbolique existait également, durant le paléolithique, dans d'autres régions du monde. En Amérique, nous n'avons pas encore trouvé de peintures aussi anciennes.

En fait, il y a plusieurs paradigmes qui sont bien ancrés dans la recherche, mais aussi parmi les chercheurs, et qui demandent à être discutés et analysés avec davantage de données.

Autre photographie de peintures pariétales sur le site de Santa Barbara. © Marcela Sepulveda

Comment faites-vous pour dater une peinture pariétale ?

Marcela Sepulveda : C'est l'un des plus grands défis dans l'étude de l'art. Il existe différentes techniques. Si la peinture a été faite avec du charbon, par exemple, il suffit de la dater grâce à la technique carbone 14 (C14-AMS). 

À défaut de l'identification d'éléments organiques, d'autres techniques peuvent dater les couches de carbonate de calcium qui recouvrent les parois. Et parfois, donc, les peintures, au moyen de la technique Uranium-Thorium. Il existe encore d'autres techniques pour tenter de dater l'art pariétal et rupestre, utilisées dans différentes régions du monde.

L'art rupestre existe d'ailleurs toujours dans certaines régions, en Australie et en Afrique du Sud, par exemple.

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