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ASAM : un procédé non toxique de traitement du bois

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Termites, capricornes et champignons sont des prédateurs du bois de construction. Pour l'instant, les moyens de lutte font appel à des produits toxiques qui seront prochainement interdits. Pour les remplacer, l'unité de chimie agro-industrielle de l'INRA - INPT - ENSIACET a développé un nouveau produit de traitement du bois : l'ASAM. Les chercheurs assurent toutes les phases du développement de l'innovation, de la mise au point au transfert vers les industriels du bois.

Bois protégé par l'ASAM © Inra

Le bois a l'avantage d'être peu coûteux, renouvelable et facile à transformer, mais il est sensible aux attaques biologiques, d'insectes (termites, capricornes) ou de champignons (penicillumaspergillus, ulocladium). Les moyens de lutte utilisés aujourd'hui sont des insecticides et antifongiques tels que des créosotes (jus de pyrolyse du bois) ou des cocktails de chrome, cuivre et arsenic (appelés CCA). Ces produits toxiques seront interdits par la communauté européenne à l'horizon 2008. Cette échéance souligne l'urgence de développer des produits nouveaux respectueux de la santé et de l'environnement.

L'ASAM, molécule non toxique d'origine végétale

L'ASAM (Anhydride succinite d'alkénoate de méthyle) est un dérivé de l'huile de colza, obtenu après réaction chimique avec un anhydride. Au cours du traitement du bois, l'ASAM transforme la cellulose en ester de cellulose, que les insectes xylophages ne peuvent consommer car ils ne possèdent pas les enzymes digestives adaptées. L'ASAM n'est donc pas un insecticide, il agit en privant les insectes de leur nourriture, la cellulose.

Le second effet bénéfique de l'ASAM sur le bois est de réduire le risque de moisissure. Pendant le traitement, la solution huileuse d'ASAM remplit les alvéoles du bois et l'empêche de gonfler grâce à ses propriétés hydrophobes. Le traitement à l'ASAM permettrait ainsi de valoriser des essences européennes en leur conférant des qualités d'imputrescibilité, qualités aujourd'hui recherchées dans les bois exotiques (teck, iroko, ipé).

Ces propriétés des dérivés d'huiles de végétaux sur le gonflement du bois avaient déjà été décrites par un brevet suédois, mais c'est à l'unité de chimie agro-industrielle que revient la mise en évidence des propriétés de l'ASAM dans la protection contre les parasites du bois.

L'ASAM est le fruit d'une recherche de plusieurs années cofinancée par l'ONIDOL (Organisation nationale interprofessionnelle des oléagineux), la société Novance et Bois du Rouergue.

L'accompagnement de l'innovation jusqu'à son utilisation industrielle

Actuellement, l'ASAM apporte une protection de classe 3 convenant au bois d'extérieur qui n'est pas en contact avec le sol. Ce produit fait déjà l'objet de demandes de la part des industriels, en prévision de l'échéance 2008.

L'unité de chimie agro-industrielle développe des recherches pour atteindre la classe 4, qui protége le bois en contact avec le sol : poteaux, traverses de chemins de fer, jeux d'enfants dans les jardins publics. Une des voies testées est de modifier partiellement la structure de l'ASAM.

Les recherches portent aussi sur la méthode de traitement à utiliser pour obtenir une efficacité pendant 10 ans. Il faut faire pénétrer ce produit visqueux au cœur du bois, par divers procédés de chauffage, de vide, ou de pression. Pour l'utilisation du produit par les particuliers ou pour le bois déjà en place, un système d'injection est à l'étude.La dernière préoccupation de l'unité de chimie agro-industrielle est le transfert technologique : pour que cette découverte soit utilisée, il est important de réussir la phase de diffusion des résultats auprès des dirigeants et du personnel technique des PME/PMI de la filière bois européenne. Il faut en effet former le personnel des centres de traitement du bois, habitué à travailler avec des solutions aqueuses, à l'utilisation d'une solution plus visqueuse. Ce plan de formation, également coordonné par l'unité de chimie agro-industrielle, est la dernière étape du projet.

Ces développements récents sont financés par la communauté européenne dans le cadre du programme " SURFASAM " (2005-2008). Ce programme, de type " recherche collective ", associe des représentants de 1 000 PME/PMI de l'industrie du bois, originaires de plusieurs pays (France, Espagne, Grande-Bretagne, Suède, Roumanie, Estonie, Lituanie). Ces entreprises mettront à la disposition des chercheurs de l'unité de chimie agro-industrielle des équipements pour réaliser les essais à grande échelle. En échange, les scientifiques formeront les responsables des associations de PME qui formeront à leur tour le personnel des entreprises.

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