Les travaux de construction au sommet de la montagne de Saishiteng. © NAOC
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Les Chinois affirment avoir trouvé un emplacement idéal pour un futur télescope de classe mondiale

ActualitéClassé sous :observation du ciel , télescope géant , site d'observation

[EN VIDÉO] Télescopes : comment collectent-ils la lumière de l’univers ?  Les 66 antennes d'Alma, dans le désert d'Atacama, regardent un ciel que nous ne pouvons voir, en écoutant les ondes radio. Elles peuvent fonctionner ensemble, selon la méthode de l'interférométrie. L'analogie des seaux d'eau, montrée dans cette vidéo, est parlante mais elle cache la complexité de la réalisation, qui exige de lourds moyens mécaniques et informatiques. Une fois ces questions résolues, Alma, aussi bien placé et aussi bien équipé, est un des plus efficaces instruments d'astronomie actuels. 

Il n'existe qu'une poignée de sites dans le monde qui réunissent les conditions idéales pour l'observation astronomique du ciel. Une équipe de scientifiques chinois affirme avoir trouvé un endroit qui pourrait rivaliser avec les observatoires de Mauna Kea à Hawaï et du Cerro Paranal au Chili.

Un site idéal d'implantation pour un télescope doit réunir quatre conditions : un ciel clair éloigné de toute pollution lumineuse et avec le moins de nuages possible ; des conditions météorologiques et atmosphériques stables (l'humidité de l'air pouvant notamment interférer avec les observations) ; un accès relativement simple et une bonne connexion aux infrastructures (comme l'alimentation électrique), et un ciel nocturne exempt d'activité humaine (qui pourrait amener de la poussière et des vibrations).

Les plus grands télescopes du monde se situent ainsi en altitude - pour avoir une atmosphère la plus fine possible - et dans des endroits relativement isolés. On peut citer le grand télescope des îles Canaries, à l'observatoire du Roque de los Muchachos à 2.400 mètres d'altitude, le Very Large Telescope ou VLT, au sommet du Cerro Paranal (2.635 mètres) au Chili, ou les télescopes Keck I et Keck II, installés au sommet du Mauna Kea (4.145 mètres), à Hawaï, au milieu de l'océan Pacifique.

La ville de Lenghu est située sur le plateau tibétain dans la province du Qinghai en Chine. © Apple Plans

Mais toute une partie de l'Asie est encore dépourvue de sites d'observation de classe mondiale. Le 19 août dernier, une équipe de scientifiques chinois a annoncé dans le magazine Nature avoir identifié un site idéal pour l'implantation d'un télescope géant au sommet de la montagne Saishiteng, dans la province du Qinghai au Tibet. « Le plateau tibétain est le plus haut plateau de la Terre, avec une altitude moyenne de plus de 4.000 mètres, et présente donc des conditions optimales d'observation pour l'astronomie et l'astrophysique des particules », explique Licai Deng, membre des observatoires astronomiques nationaux de Chine (NAOC) et principal auteur de l'étude.

Une région aride et un ciel exceptionnellement clair

Les emplacements potentiels se situent entre 4.200 et 4.500 mètres d'altitude dans une zone de 100.000 kilomètres carrés autour de la ville de Lenghu. « Lenghu est réputée pour avoir un ciel exceptionnellement clair de jour comme de nuit », assure Licai Deng. La région, très aride « présente un paysage spectaculaire similaire à celui de Mars », décrit le chercheur.

Les chercheurs ont passé trois ans à scruter les conditions d'obscurité du ciel, la météo et les conditions atmosphériques dans la région. Et d'après leurs conclusions, Lenghu offre des conditions d'observation similaires à celles des observatoires les plus renommés du monde au Chili et à Hawaï. « 70 % des nuits ont des conditions photométriques claires [intensité lumineuse des étoiles], avec une vue médiane de 0,75 seconde d'arc, détaille l'article de NatureLa variation médiane de la température nocturne n'est que de 2,4 °C, ce qui indique un air de surface local très stable. La vapeur d'eau précipitable est inférieure à deux millimètres pendant 55 % de la nuit. »

Vapeur d’eau précipitable à Lenghu, La Palma, Mauna Kea et Cerro Paranal (sites des plus grands observatoires mondiaux). © Licai Deng et al., Nature, 2021

De plus, le site de Lenghu est mieux protégé contre les effets de l'activité humaine qu'Hawaï ou le Chili : la ville a adopté en 2017 une réglementation contre la pollution lumineuse, de sorte que le ciel devrait rester bien sombre dans les années à venir. « Il n'existe qu'une poignée de sites astronomiques répondant aux exigences des très grandes installations de prochaine génération », souligne Licai Deng dans le Global Times.

Deux grands télescopes déjà prévus

L'université Tsinghua et l'université de l'Arizona travaillent d'ores et déjà à la construction d'un télescope de 6,5 mètres destiné à être implanté au sommet de la montagne Saishiteng. Les Chinois prévoient également d'y installer un autre télescope de 12 mètres. Pas encore de quoi rivaliser avec les télescopes géants actuellement en construction dans le monde, comme le télescope Magellan et ses 24,5 mètres de diamètre qui devrait entrer en service en 2023 au Chili, ou le futur Thirty Meter Telescope (TMT), qui sera doté d'un miroir de 30 mètres de diamètre. Mais grâce à ses conditions exceptionnelles, Lenghu compte bien constituer la tête de pont des nouvelles ambitions chinoises en matière d'astronomie et attirer des équipes de recherche internationale. « À terme, il y aura beaucoup de monde au sommet de la montagne Saishiteng », assure Licai Deng.


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