Se basant sur plus de 400 articles scientifiques publiés, des chercheurs de l’université de Tel-Aviv (Israël) affirment que les humains ont été, pendant deux millions d’années, des prédateurs alpha. © Gorodenkoff, Adobe Stock
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Nos ancêtres étaient des superprédateurs durant 2 millions d'années, jusqu'à un changement de régime

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Le crocodile, l'aigle ou encore le lion et l'ours polaire sont ce que les scientifiques appellent des prédateurs alpha. Et des chercheurs estiment aujourd'hui que pendant environ deux millions d'années, jusqu'à la fin de l'âge de pierre, les Hommes ont fait partie de cette classe. Celle des superprédateurs dévoreurs de viande.

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Au sommet de la chaîne alimentaire, il y a ceux que les scientifiques appellent les superprédateurs. Et selon des chercheurs de l’université de Tel-Aviv (Israël), les Hommes ont fait partie de cette classe de prédateurs alpha pendant quelque deux millions d'années. Jusqu'à ce que l'extinction de la mégafaune et le déclin des sources de nourriture animale vers la fin de l'âge de pierre conduisent nos ancêtres à se tourner de plus en plus vers des aliments végétaux. Pour finir par domestiquer plantes et animaux.

L’évolution est lente et notre corps s’en souvient

Cette conclusion, les chercheurs la tirent d'une reconstruction originale du régime alimentaire des humains de l'âge de pierre. Une reconstruction qui ne s'appuie pas sur une comparaison avec les préférences des chasseurs-cueilleurs du XXe siècle. Mais plutôt sur la mémoire de notre corps, sur notre métabolisme, notre génétique, notre physiologie et notre morphologie. Car selon le docteur en anthropologie Miki Ben-Dor, « nos comportements changent rapidement, mais l'évolution est lente et notre corps s'en souvient ».

Parmi les 25 preuves recueillies par les chercheurs de l'université de Tel-Aviv que les humains étaient, par le passé, des prédateurs alpha : l'acidité de notre estomac. Elle est plus élevée que celle des omnivores. Et même que celle d'autres prédateurs. Pour la maintenir, une grande quantité d'énergie est nécessaire. Un indice donc de la consommation de produits d'origine animale, riches en énergie, justement. Mais cette acidité offre aussi une protection contre les bactéries nocives présentes dans la viande. D'autant plus que les Hommes préhistoriques devaient consommer de la viande d'animaux parfois morts depuis plusieurs jours. Voire depuis plusieurs semaines.

Toujours côté système digestif, les humains présentent un colon 77 % plus court que celui des chimpanzés et un intestin grêle 64 % plus long. Lorsque l'on sait que le colon aide à extraire l'énergie des plantes et que l'intestin grêle se concentre plus sur les sucres, les protéines et les graisses, on imagine aisément qu'après leur séparation d'avec la branche des singes, les Hommes se sont peu à peu adaptés à manger de la viande et ont perdu leurs capacités à profiter des plantes.

Données biologiques, génétiques, archéologiques et même moléculaires. Les chercheurs de l’université de Tel-Aviv (Israël) ont croisé des informations recueillies dans plus de 400 articles scientifiques pour en arriver à la conclusion que pendant deux millions d’années, les humains ont été des « hypercarnivores spécialisés ». Nos ancêtres n’auraient ainsi diversifié leur alimentation qu’à la toute fin de leur évolution. Contraints et forcés par la raréfaction de leurs sources de nourriture. © Oleksii Astanin, Adobe Stock

La récente introduction de végétaux dans le régime alimentaire des humains

Autre indice qui plaide en faveur d'humains superprédateurs : le fait que notre graisse soit stockée dans un grand nombre de petites cellules. Et les généticiens confirment que le génome humain a été façonné par l'évolution pour permettre un régime riche en graisses. Des preuves archéologiques - de nombreux restes d'animaux sur les sites de cette époque et des outils destinés à traiter les végétaux qui n'apparaissent que plus tard - s'y ajoutent. Les humains étaient spécialisés dans la chasse aux animaux de grande taille. Nos ancêtres étaient ce que l'on peut qualifier de supercarnivores.

L'image qui se dégage de ces travaux diffère de celle communément admise. Elle est celle d'une humanité principalement prédatrice. Non plus celle d'une humanité qui aurait compté à la fois sur les animaux et les végétaux pour son évolution et sa survie.

Ce n'est qu'à partir d'il y a environ 40.000 ans en Europe et en Asie - 85.000 ans en Afrique - que la génétique et les changements d'outils indiquent une introduction progressive d'aliments végétaux. Et d'une certaine diversité alimentaire. « Pour de nombreuses personnes aujourd'hui, le régime paléolithique est une question cruciale, non seulement en ce qui concerne le passé, mais aussi concernant le présent et l'avenir. Il est difficile de convaincre un végétarien dévot que ses ancêtres n'étaient pas végétariens et les gens ont tendance à confondre croyances personnelles et réalité scientifique, souligne Ran Barkai, professeur à l'université de Tel-Aviv. Comme l'a découvert Darwin, l'adaptation des espèces à l'obtention et à la digestion de leur nourriture est la principale source de changements évolutifs et donc l'affirmation selon laquelle les humains étaient des prédateurs majeurs pendant la majeure partie de leur développement peut fournir une base large pour des informations fondamentales sur notre évolution biologique et culturelle. »

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