Les Néandertaliens avaient vécu en Europe et dans l’ouest de l’Asie pendant 200.000 ans avant l’arrivée des humains modernes. Ils étaient probablement bien adaptés au climat, à l’alimentation et aux pathogènes et en s’accouplant avec eux, nous humains modernes avons hérité de ces adaptations avantageuses . © Erich Ferdinand, Flickr, CC BY 2.0

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Disparition de Néandertal : la piste des maladies tropicales

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Vivant probablement en petits groupes de quelques dizaines de personnes tout au plus, les néandertaliens n'étaient pourtant pas protégés par la propagation lente d'épidémies. Ils auraient été affaiblis par les maladies tropicales contractées au contact d'Homo sapiens ce qui expliquerait partiellement leur disparition.

Interview 4/5 : pourquoi l'homme de Néandertal a-t-il disparu ?  L’homme de Néandertal est un représentant aujourd'hui bien connu du genre Homo. La paléoanthropologue Silvana Condemi évoque pour nous la disparition mystérieuse de cette espèce. 

Ce n'est pas l'un des moindres charmes de la Science qu'un progrès dans un domaine et une discipline donnés se trouve brutalement et de façon inattendue fournir la clé d'un problème dans une autre branche de l'activité scientifique. On en a une nouvelle preuve avec une publication dans American Journal of Physical Anthropology des résultats de travaux menés par des chercheurs des universités de Cambridge et d'Oxford. Elle ouvre de nouvelles perspectives sur les causes de la disparition des néandertaliens.

Il s'agit d'une question épineuse qui a donné lieu à de multiples spéculations. On constate en effet que ces hominines déclinent puis disparaissent relativement rapidement après l'arrivée en Europe d'Homo sapiens, il y a environ 35.000 ans. En 5.000 ans, il remplace Néandertal sur l'ensemble de l'Europe et il y a 24.000 ans, il quitte la scène en laissant ses dernières traces dans la grotte de Gorham à Gibraltar.

Que s'était-il donc passé ? Les chercheurs ont d'abord pensé à une supériorité intellectuelle et technologique de Sapiens mais cette hypothèse a été écartée au fur et à mesure que furent découverts par exemple que Néandertal pratiquait des rites funéraires et qu'il disposait d'outils comparables à ceux de l'Homme de Cro-Magnon. On a avancé la particulière agressivité d'Homo sapiens dont il a malheureusement laissé bien trop d'exemples dans l'Histoire. Cro-Magnon se serait tout simplement fait la main question génocide avec Néandertal.

L'Homme de Néandertal, dont on voit ici une reconstitution réussie (à gauche, bien sûr) a légué des gènes à Homo sapiens (à droite, évidemment). Notre espèce a aussi en elle les gènes d'une autre lignée, celle de Denisova, et les a conservés ou non, selon les régions. La génétique éclaire ainsi l'histoire de la famille humaine, faite de migrations, de métissages et d'adaptations à des environnements multiples. © Neanderthal Museum, Mettmann, Allemagne, CC by 4.0

Des maladies chroniques d’origine tropicale amenées par Homo sapiens

Mais il n'existe aucune trace d'extermination systématique sur les squelettes retrouvés, pas même de guerres. Certains ont donc plutôt proposé une hypothèse « à la Woodstock ». Néandertal n'aurait pas vraiment disparu, il se serait métissé avec Homo sapiens qui l'aurait absorbé.

De fait, les progrès des techniques de la PCR et du séquençage du génome ont montré ces dernières années qu'il y avait eu des flux génétiques entre les deux hominines qui n'étaient donc pas des espèces rigoureusement séparées.

C'est là qu'intervient l'hypothèse des chercheurs britanniques. Qui dit hybridation dit contact physique proche, ce qui favorise la transmission de maladie. Si Neandertal était initialement, naturellement résistant à des maladies de son environnement comme la septicémie d'origine bactérienne et l'encéphalite amenée par des tiques qui peuplaient les forêts de Sibérie, il ne devait pas l'être par rapport à certaines maladies d'origines tropicales amenées par Homo sapiens avec lui. Il devait bien évidemment en être de même dans l'autre sens pour Cro-Magnon mais le métissage aurait conduit à une asymétrie de telle sorte que les résistances, ou les fragilités, acquises par les transferts de gènes auraient défavorisé les néandertaliens.

En combinant les études génétiques sur le génome de pathogènes et l'ADN d'hominidés anciens, les chercheurs sont finalement arrivés à soupçonner que certaines maladies chroniques comme le ténia, la tuberculose, les ulcères d'estomac et quelques types d'herpès ont, à défaut d'être vraiment mortelles, contribué à affaiblir les néandertaliens.

Il est probable que les causes de leurs disparitions sont en réalité multifactorielles.