Illustration de fragments d’une comète se déplaçant en essaim. © Peter Jurik, Fotolia

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La pluie d’étoiles filantes des Bêta Taurides pourrait cacher de grosses météorites

ActualitéClassé sous :comète , Astronomie , météorites

La Terre passera dans quelques jours au plus près, depuis plus de 40 ans, du centre de l'essaim des Bêta Taurides. Pour des astronomes, ce sera l'occasion de vérifier s'il n'y a pas de gros morceaux qui se cachent en son sein, par exemple des fragments d'une comète qui pourraient entrer en collision avec la Terre, comme l'avance une théorie.

Bientôt, du 5 juin jusqu'aux alentours du 18 juillet, la Terre coupera la route d'un courant de débris laissés par les passages de la comète 2P/Encke. La pluie d'étoiles filantes associée, nommée Bêta Taurides, n'est certes pas aussi célèbre et spectaculaire que les Perséides (dont le pic d'activité est le 12-13 août) mais elle intéresse tout particulièrement des astronomes soucieux de vérifier si une branche de cet essaim météoritique ne cacherait pas en son sein un ou plusieurs gros morceaux de comètes, comme cela est suspecté depuis plusieurs décennies.

C'est notamment l'évènement de Tungunska du 30 juin 1908 qui leur a mis la puce à l'oreille. En effet, l'objet qui a explosé dans le ciel de Sibérie a libéré une énergie équivalente à 1.000 fois celle de la bombe d'Hiroshima -- l'onde de choc avait couché tous les arbres de cette région dans un rayon de 100 kilomètres. Son analyse a montré une trajectoire qui correspondait à celle du flux de poussière des Bêta Taurides.

Aussi, des chercheurs, qui s'interrogent sur la véritable identité de cet intrus, avaient spéculé qu'il pouvait être un fragment de la comète Encke, la même qui alimente et la pluie d'étoiles filantes des Bêta Taurides en été, et celle des Taurides en automne. D'ailleurs, à ce propos, 2P/Encke -- qui sera de retour dans un an : périhélie le 26 juin 2020 -- ne serait elle-même qu'un (petit) morceau d'une comète géante -- environ 100 kilomètres de diamètre -- qui se serait brisée dans le Système solaire interne il y a entre 10 et 20.000 ans.

Le 30 juin 1908, la région de Tungunska en Russie fut dévastée par l'onde de choc d'une explosion survenue dans l'atmosphère. Était-ce une météorite ? Un débris de comète ? © DP

Un essaim météoritique sous l’influence gravitationnelle de Jupiter

Autres faits intrigants qui pourraient aussi être liés à ce courant des Bêta Taurides et corroborer son existence : une augmentation significative des impacts de météorites sur la Lune enregistrés en 1975 par les sismomètres des missions Apollo, comme le prévoit l'hypothèse baptisée « Taurid Resonant Swarm » -- que l'on pourrait traduire par « nuée de Taurides en résonance ». Celle-ci considère que les débris (la plupart ne sont pas plus gros qu'un grain de sable) continuent de rester groupés sous l'influence de Jupiter, au lieu de se disperser.

Ainsi, lorsque la Terre passe au plus près du centre de ce complexe, comme cette année d'ailleurs (au plus près depuis 1975), les collisions avec ces poussières seraient plus fréquentes avec un risque plus élevé que des morceaux de quelques centimètres -- cela offre de beaux bolides à voir ! --, voire de plusieurs mètres s'embrasent (ou explosent) dans l'atmosphère. Comme cela a été observé en 2015, ce qui renforce cette théorie.

Alors, faut-il s'inquiéter ? Y a-t-il d'autres gros débris qui pourraient traîner dans le sillage de Encke et menacer la Terre ? On ne peut évidemment pas l'exclure. Le temps est venu donc pour les astronomes de confirmer ou d'infirmer cette conjecture en scrutant l'essaim cet été. Effectivement, d'après des modélisations, le moment le plus opportun pour le surveiller, et donc repérer un éventuel (gros) morceau, serait entre le 5 et le 11 juillet puis, entre le 21 juillet et le 10 août, cette dernière fenêtre étant la plus favorable pour les observateurs de l'hémisphère nord.

Mais la tâche ne sera pas facile car même si ces fragments sont de grande taille, ce ne seront que des points lumineux très faibles pour les plus grands télescopes. En outre, vu de la Terre, la proximité de l'essaim avec le Soleil sera gênante. Nous en saurons plus à la fin de l'été.

  • Une étude de 144 bolides appartenant à l'essaim météoritique des Taurides montre qu’il existe un courant riche en fragments de taille métrique, voire plus.
  • Les chercheurs sont quasiment certains que l’astéroïde 2015 TX24 en fait partie.
Pour en savoir plus

Astéroïdes : un risque accru de collision avec la Terre ?

article de Xavier Demeersman publié le 9 juin 2017

Les astéroïdes potentiellement dangereux croisant l'orbite de la Terre sont pris très au sérieux et surveillés de près. Mais nous sommes encore loin d'avoir identifié tous ces géocroiseurs. Un groupe de chercheurs tchèques, qui a examiné 144 corps de l'essaim météoritique des Taurides, y a découvert une nouvelle branche, avec des objets jusque-là inconnus, dont la taille va de quelques millimètres à plusieurs centaines de mètres.

Un bolide de l’essaim météoritique des Taurides photographié en 2015. En arrière plan, en haut à gauche, la nébuleuse d’Orion. © Ivo Scheggia, APOD

Selon une équipe d'astronomes tchèques, il existerait dans notre Système solaire un courant météoritique supplémentaire dans l'essaim, déjà connu, des Taurides. Parmi les innombrables corpuscules qui le composent, certains seraient des blocs mesurant plusieurs dizaines à centaines de mètres, ce qui n'est pas sans inquiéter. En effet, puisque leurs orbites croisent régulièrement celle de la Terre, ils pourraient éventuellement causer des dégâts à l'échelle régionale si l'un d'eux se trouve être sur une trajectoire de collision.

Les auteurs de cette étude, à paraître dans la revue Astronomy & Astrophysics, soutiennent d'ailleurs que certains astéroïdes, découverts ces dernières années appartiennent à ce filon météoritique. Selon ces chercheurs, ces objets seraient en réalité des morceaux d'un seul et même corps parent, qui se serait brisé voici plusieurs siècles.

L'essaim des Taurides se manifeste durant quelques semaines plusieurs fois dans l'année. Il y a notamment les Taurides du nord (elles doivent leur nom au fait que leur radient se situe dans la partie nord de la constellation du Taureau), actives surtout entre le 20 octobre et le 10 décembre, et les Taurides du sud (dans la partie sud du Taureau), entre le 10 septembre et le 20 novembre. Dans les deux cas, les observateurs ne relèvent guère plus de cinq météores par heure lors de leur maximum (respectivement le 12 novembre et le 10 octobre). Toutefois, il arrive que certaines années, comme en 2015, soient plus riches que d'autres. Ces sursauts sont provoqués par la gravité de Jupiter, laquelle repousse en partie vers notre planète le flux des particules que la comète 2P/Encke a laissé dans son sillage. Car oui, ces essaims météoritiques sont associés à cette comète. Il est probable d'ailleurs, comme le supposent les chercheurs et d'autres avant eux, que Encke ne soit en fait qu'un fragment d'un corps qui fut beaucoup plus gros.

Les astéroïdes 2015 TX24 et 2005 UR ont des orbites très similaires à celles des bolides de 2015 associés au courant des Taurides que les chercheurs ont analysé. Toutes les orbites se croisent à 540 millions de kilomètres du Soleil. Est-ce là que le corps parent s’est brisé ? © Pavel Spurný et al.

Plusieurs astéroïdes partagent une orbite similaire à celles de plusieurs bolides

Le professeur Pavel Spurný et ses collègues se sont intéressés de près à quelque 144 bolides du cru 2015, particulièrement actif. Ces boules de feu (en anglais, fireball), des météores plus brillants que d'ordinaire, ont été observées depuis 15 stations de l'European Fireball Network réparties en Autriche, en République tchèque et en Slovaquie.

Ils ont pu inférer que 113 d'entre eux partagent des orbites aux « caractéristiques communes et forment ensemble une structure orbitale bien définie ». À environ 3,6 unités astronomiques du Soleil (approximativement 540 millions de kilomètres), ils ont relevé que leurs trajectoires se rapprochent toutes, ce qui suggère qu'ils pourraient être des éclats d'un corps qui s'est brisé à cet endroit. En outre, ils ont évalué dans leurs travaux que la masse de ces météoroïdes varie de 0,1 gramme à 1 tonne. « Nous avons constaté que [ceux] de plus de 300 grammes étaient très fragiles, alors que ceux de moins de 30 grammes étaient beaucoup plus compacts » écrivent-ils dans le communiqué de presse.

Tout indique d'après les données qu'ils ont compilées que des corps de taille métrique se baladent dans cette nouvelle « branche des Taurides », telle qu'ils l'appellent. Et d'autres encore qui sont plus gros, de l'ordre de plusieurs centaines de mètres. Pour eux, c'est quasiment une certitude, l'astéroïde 2015 TX24 appartient à cette famille, au regard de son orbite similaire. Et, ajoutent-ils, « c'est très probable pour 2005 UR et possible 2005 TF50 ». Il est donc envisageable qu'il existe d'autres objets de cette taille, du genre que l'on n'aimerait pas voir s’écraser sur la Terre... Mais, comme toujours, ces corps sont sombres et froids, ce qui les rend difficiles à détecter.

Combien sont-ils exactement à être passés entre les mailles de nos filets ? Une poignée ou plusieurs dizaines ? Pour le savoir, les auteurs appellent à poursuivre les recherches sur ce courant des Taurides.


Révision des risques de collision d'astéroïdes avec la Terre

Article de CIRS publié le 14/08/2003

Les grandes météorites se désagrègeraient plus facilement dans l'atmosphère terrestre que ce qui était admis jusqu'à présent. La fréquence d'impacts potentiels catastrophiques de grandes météorites se trouve révisée à la baisse.

Cette baisse serait d'un facteur 50, selon les calculs de Philip Bland, de l'Imperial College (Londres), et Natalia Artemieva, de l'Institute for Dynamics of Geospheres (Moscou) : la fréquence de collision avec la Terre d'un objet de diamètre supérieur à 220 mètres serait d'une tous les 170 000 ans, contre une tous les 3000 à 4000 ans dans les précédentes estimations. Une pluie de fragments pourrait cependant être aussi dévastatrice que l'impact d'une grande météorite.

Le processus de désintégration est fonction de la composition de l'astéroïde. Environ 93 % des astéroïdes sont pierreuses. Le reste est essentiellement à base de fer. Ces derniers sont plus lourds, se désagrègent moins facilement et sont susceptibles de causer plus de dégâts en cas de collision. Les météorites pierreuses se désagrègent complètement dans l'atmosphère plus facilement que ce que pensaient les scientifiques, suggérant que même les grands corps peuvent se désagréger avant de heurter la Terre.

Les météorites de fer, se décomposant moins facilement en fragments, sont causes de nombre de cratères d'impact à la surface terrestre. Les chercheurs concluent qu'un cratère de 100 mètres serait creusé à la surface terrestre tous les 200 à 400 ans par des objets d'un diamètre de 3 à 5 mètres.

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