Aujourd’hui, s’ouvre le 53e Salon international de l’aéronautique et de l’espace de Paris-Le Bourget à un moment où le transport aérien est plus que jamais critiqué. En attendant des ruptures technologiques qui permettront de réduire l’impact de l’aviation sur l’environnement, constructeurs et compagnies aériennes s’organisent. C'est le cas d'ATR Aircraft et Braathens Regional Airlines (BRA) qui viennent de démontrer la faisabilité d’une réduction significative des émissions de CO2. Nos explications et celles de Solène Flahault, responsable relations publiques et environnement chez ATR.

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Comme toute autre activité économique, le transport aérien génère une pollution atmosphérique à l'échelle locale, régionale et planétaire et contribue au réchauffement climatique par l'émission de gazgaz carbonique (CO2). S'il est pointé du doigt plus que d'autres secteurs, c'est que le rejet de ses émissionsémissions nocives à l'environnement se fait non pas à la surface terrestre, mais directement dans la région de la tropopausetropopause où leur potentiel d'impact sur l'atmosphèreatmosphère se trouve démultiplié.

En 2016, l'aviation était responsable de 3,6 % des émissions totales de gaz à effet de serre de l'Union européenne et de 13,4 % des émissions du secteur des transports, souligne le deuxième rapport environnemental européen sur l'aviation, rédigé par l'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESAAESA), l'Agence européenne pour l'environnement (AEE) et Eurocontrol. Les différentes études reconnues au niveau international montrent que l'aviation est à l'origine de 2 % des émissions de gaz carbonique tous secteurs confondus et de 13 % de celles liées aux activités de transport dans le monde.

Dans un contexte de défiance du transport aérien, en raison de cet impact négatif sur l'environnement, auquel s'ajoute le phénomène dit de « honte de prendre l'avion », pour l'instant cantonné à l'Europe du Nord mais qui tend à se développer chez un nombre croissant de consommateurs, les compagnies aériennes, soucieuses de réduire leur empreinte écologiqueempreinte écologique, s'adaptent. Elles changent leurs anciens modèles d'avions par des modèles plus économes en carburant et mettent en place des programmes de réduction de massemasse de leurs avions en service. Elles se tournent aussi davantage vers les biocarburants.

On peut aussi noter l'initiative de la compagnie suédoise Braathens Regional Airlines (BRA) et le constructeur ATR qui ont « effectué récemment le premier vol régional pensé de bout en bout pour réduire au maximum les émissions de carbonecarbone, et ainsi baptisé "The Perfect Flight" (le vol parfait) », nous explique Solène Flahault, responsable relations publiques et environnement d'ATR. Ce vol commercial, avec 72 personnes à bord, a décollé de l'aéroport de Halmstad au sud-ouest de la Suède et atterri à Stockholm-Bromma, une heure dix minutes plus tard.

Les ATR sont des avions propulsés par des hélices. Ils volent certes moins vite que des avions à moteur à réaction mais, ils sont plus économes en carburant sur les distances courtes. © ATR
Les ATR sont des avions propulsés par des hélices. Ils volent certes moins vite que des avions à moteur à réaction mais, ils sont plus économes en carburant sur les distances courtes. © ATR

L'idée de ce vol d'un ATR 72-600, a été de démontrer qu'en « faisant travailler ensemble tous les acteurs du transport aérien (compagnies aériennes, aéroports, filière carburant) » et en utilisant des technologies existantes, il « est possible de diminuer les émissions de CO2 dans le transport aérien ».

Pour cela, plusieurs facteurs ont été pris en compte dont, en premier lieu, l'utilisation d'un avion turbopropulseur ATR. Il faut savoir qu'un ATR consomme déjà de base 40 % de carburant de moins et donc émet 40 % de CO2 de moins qu'un turboréacteurturboréacteur régional. « C'est l'appareil le moins polluant sur ce type de route régionale (de l'ordre de 300 milles nautiques - 550 km). ». Ensuite, le carburant n'était pas uniquement du kérosènekérosène mais un « biocarburant produit par la firme Neste et fourni par AirAir BP ». Il s'agissait d'un mélange de 50 % de carburant classique et de 50 % de carburant alternatifcarburant alternatif. Dans ce cas précis, d'après Neste, le producteur, il « s'agissait d'huile de friture usagée et de résidus de graisse animale ». Pas d'huile de palme, rien de comestible, uniquement des résidus renouvelables. Ce carburant alternatif a été produit et mélangé sur le site de Neste en Finlande et peut « produire jusqu'à 80 % d'émissions en moins tout au long de son cycle de vie (pour un carburant qui serait composé de 100 % de ce carburant alternatif) par rapport aux carburants classiques ».

Des biocarburants pour réduire l'impact négatif de l'aviation sur l'environnement 

Selon Air BP, les biocarburantsbiocarburants purs ont une valeur calorifique par masse plus élevée que les carburants fossilesfossiles. Techniquement, on dit qu'ils contiennent plus de mégajoules d'énergieénergie par kilogrammekilogramme, ce qui en théorie signifie un poids au décollage moins élevé et une quantité inférieure de carburant consommée pendant le vol. Qui plus est, les biocarburants purs ne contiennent presque pas de soufresoufre, ce qui permet de réduire les émissions et d'améliorer la qualité de l'air.

Ensuite, le « Perfect flight » a fait l'objet de la part de pilotes de Braathens Regional d'une « étude très fine pour que le pilotage puisse encore réduire les émissions de carbone ». Le « vol a été effectué selon la route la plus directe possible », explique Johan Molarin, commandant de bord de ce « vol parfait ». Il a « aussi été effectué à plus haute altitude, avec une descente à vitessevitesse réduite et le centre de gravitégravité de l'appareil a été optimisé pour réduire l'effet de traîne », poursuit-il (dont l'impact sur le changement climatique est un sujet de débat). « Cette optimisation de la trajectoire a été rendue possible par le contrôle aérien qui a organisé le trafic aérien pour faciliter le vol de l'ATR de BRA. »

Pari gagné donc puisque le « Perfect flight » a « été en mesure de réduire de 46 % les émissions de carbone par rapport à un vol classique ».

Le saviez-vous ?

Selon la compagnie aérienne BRA, la différence de prix entre un carburant jet classique et le biocarburant utilisé lors de ce « vol parfait » est de l’ordre de 2 € supplémentaires par litre. Pour limiter l’impact financier de ce coût supplémentaire, BRA a mis en place une classe environnementale où le passager peut, via un surcoût de son billet, contribuer à l'achat de biocarburant. Un marché qui concerne pour l’heure 10 % des passagers.

Pour le constructeur ATR, le bilan de cette expérience inédite est qu'à court terme « nous sommes persuadés que pour limiter l'impact des avions sur l'environnement », une des solutions passe par « l'utilisation de biocarburant plutôt que du kérosène ». Mais, actuellement, l'utilisation de biocarburant se fait a minima et devrait rester un marché de niche à court terme « en raison de l'absence de filière locale ». En Europe, on compte seulement six filières de production.

Enfin, ce n'est pas un hasard si c'est une compagnie suédoise, qui a réalisé ce « vol parfait ». Ce pays a pour objectif de s'affranchir des énergies fossiles pour tous ses vols domestiques à l'horizon 2030 et pour tous les vols décollant sur le sol suédois à partir de 2045. Des projets ambitieux mais qui seront difficiles à atteindre. À court terme, les professionnels du secteur ne voient pas de solution miracle pour les avions de plus de 50 places.