Le Green Bank Telescope (GBT) est le plus grand radiotélescope orientable du monde. Ses équipements font partie du réseau du National Radio Astronomy Observatory (NRAO) et se situent à Green Bank en Virginie-Occidentale, aux États-Unis. © Green Bank, NRAO

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Les exoplanètes repérées par Kepler et écoutées par Seti sont muettes

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Voilà deux ans, le célèbre télescope de Green Bank a été utilisé pour tenter d'écouter des émissions radio provenant de civilisations extraterrestres. Les cibles : 86 étoiles possédant au moins une superterre. Le bilan de ces tentatives est négatif. Une borne sur certaines civilisations de type II sur l'échelle de Kardashev a tout de même été obtenue : moins d'une pour un million d'étoiles dans la Voie lactée.

Le bilan d'une chasse aux civilisations extraterrestres lancée en février 2011 à l'aide des instruments du télescope de Green Bank (États-Unis) vient d'être publié sur arxiv. Rappelons que c'est précisément avec ce radiotélescope qu'avait été réalisé il y a exactement un demi-siècle la première tentative d'écoute d'un éventuel message extraterrestre : le projet Ozma.

La nouveauté, dans le cas présent, est que les observations ont été conduites avec 86 étoiles autour desquelles le télescope Kepler a découvert au moins cinq exoplanètes, dont l'une est une superterre probablement dans la zone d'habitabilité.


Les ondes télé et radio émises depuis plus de 50 ans par la civilisation terrestre ont possiblement atteint environ 15.000 étoiles situées dans notre voisinage. Quelqu'un nous aurait-il entendus ? Le projet multiplateforme francophone sur la cosmologie contemporaine, Du Big Bang au vivant, parle de Seti. © Groupe ECP, www.dubigbangauvivant.com, YouTube

Une bande de fréquences pour détecter des extraterrestres

De février à avril 2011, ces 86 étoiles ont été écoutées pendant cinq minutes chacune dans une bande de fréquences comprises entre 1,1 et 1,9 GHz. Ce choix n'est pas un hasard, à plus d'un titre. Tout d'abord, elle se situe dans la « fenêtre micro-onde terrestre » comprise entre 500 MHz et 10 GHz.

Dans cette bande de fréquence, les ondes radio peuvent traverser le milieu interstellaire sans trop de problèmes, notamment sans être trop bruitées par l'émission synchrotron galactique, et surtout par les émissions et absorptions des molécules d'H2O et d'O2 atmosphériques. Enfin, elle se trouve entre les bandes utilisées pour les émissions de télévision et pour la téléphonie mobile.

Sur ces images, si l'on rapporte la taille de la Voie lactée à celle des États-Unis, on peut prendre la mesure des estimations récemment annoncées concernant la proximité d'une exoterre habitable autour du Soleil. Selon les observations réalisées avec Kepler, elle serait aussi proche de nous que deux personnes séparées par Central Park. © Courtney Dressing, CfA

Après deux années consacrées à l'analyse et à l'interprétation des données collectées, les résultats sont négatifs. Ils ne vont probablement pas décourager les membres de Seti, pas plus qu'ils ne l'auraient fait avec Carl Sagan.

Les auteurs de l'article font remarquer à juste titre que l'on est encore au tout début de la recherche des civilisations intelligentes dans la Voie lactée. D'autant plus qu'étant donné la sensibilité de l'expérience pour des étoiles situées à plus de 1.000 années-lumière du Soleil pour la plupart, seules des émissions intentionnellement dirigées dans notre direction, ou presque, étaient vraiment détectables facilement.

Silence radio pour certaines civilisations de Kardashev 

On pouvait toutefois espérer détecter une fraction des émissions issue des activités d'une civilisation ayant atteint le type I, et s'approchant du type II sur la fameuse échelle de Kardashev. Cette échelle a été proposée en 1964 par le grand astrophysicien et exobiologiste russe Nikolaï Kardashev, celui-là même qui est aujourd'hui impliqué dans le projet RadioAstron.

Une telle civilisation serait en train de coloniser son système planétaire pour utiliser l'énergie de son étoile plus complètement que le permet la surface de sa planète mère. Elle se dirigerait vers la construction d'une sphère de Dyson, l'étape qui ferait d'elle une civilisation de type II. L'humanité n'a quant à elle pas encore atteint le statut de civilisation de type I, n'exploitant pas encore toute l'énergie disponible sur Terre.

Nikolaï Kardachev ou Kardashev, né le 25 avril 1932, est un radioastronome russe, célèbre pour son échelle de Kardashev, qui classe les civilisations de l'univers en fonction de leur consommation d'énergie. © Russian Academy of Sciences

Pour les auteurs de l'article, le silence des étoiles de Kepler nous permet de poser des bornes sur le nombre de civilisations sur le point d'atteindre le type II (ou même l'ayant atteint) et émettant dans la bande 1,1-1,9 GHz, ce qui n'est pas tout à fait la même chose que pour des civilisations de type I ou II tout court. Il y en aurait moins d'une sur un million d'étoiles dans la Voie lactée.

Seti encore dans l'enfance

Il faut bien prendre conscience que ces résultats sont à prendre avec des pincettes. S'il existe des civilisations technologiquement avancées, on ne peut pour le moment que poser des contraintes sur des sous-ensembles de celles-ci. Pendant combien de temps utilisent-elles des ondes radio pour se développer ? Doivent-elles fatalement atteindre le stade I et exploser démographiquement au point de vouloir atteindre le stade II et au-delà ?

Rien n'est moins sûr. Peut-être ressemblons-nous à des tribus dans la jungle cherchant à estimer le nombre de tribus existant sur Terre en cherchant à intercepter des bruits de tambours. Ce qui semble sûr, c'est que les exoterres sont nombreuses dans notre Galaxie, et d'ici la fin du siècle, il y a gros à parier que l'on aura au moins découvert des biosignatures pas très loin du Soleil, peut-être avec une Pandora ou une Arrakis.

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