Le télescope spatial James Webb qui doit succéder à Hubble, avec à la clé de formidables avancées scientifiques, pourrait faire les frais de la volonté du Congrès américain de réduire le budget de la Nasa. © Esa

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Le futur télescope spatial James Webb pourrait être abandonné

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La cure d'austérité que veut imposer le parti républicain aux États-Unis pourrait faire une victime scientifique : le télescope spatial infrarouge James Webb, présenté comme le successeur de Hubble et pourtant réalisé aux trois quarts.

Aux États-Unis la préparation des budgets est toujours l'occasion de passe d'armes oniriques. À la sortie difficile d'une crise économique et financière sans précédent, les Républicains (majoritaires à la Chambre des représentants mais pas au Sénat) veulent réduire la dette et ne pas augmenter les impôts. Concernant le budget de la Nasa, la proposition de coupes est sévère. Le plan de réduction des dépenses fédérales impose à la Nasa un budget équivalent à celui de 2008 (16,8 milliards de dollars) en baisse de 1,9 milliard par rapport à la proposition de l'administration Obama. En résumé, ce budget augmente les fonds pour le système de transport gouvernemental et baisse ceux alloués aux transport spatial privé et dans de nombreux domaines liés à la science.

Principal point d'achoppement, les deux partis n'ont pas du tout la même vision de l'avenir de l'accès à l'espace. Les Républicains veulent un système de transport spatial gouvernemental qui s'appuie sur le Multi-Purpose Crew Vehicle (MPCV) et le SLS (Space Launch System), que certains appellent Senate Launch System, tandis que l'administration Obama parie sur la privatisation de l’accès à l’espace grâce aux partenariats public-privé Cots (transport de fret) et CCDev (transport de personnes). Concernant la science, c'est le télescope spatial James Webb (James Webb Space Telescope, JWST) qui fait les frais de cette politique de réduction des dépenses voulue par les Républicains.

Le télescope James Webb devrait (devait ?) être lancé par une fusée Ariane 5 ECA. On voit ici l'instrument dans la coiffe du lanceur. © Arianespace/Esa/Nasa

Dérapage budgétaire

Ce télescope spatial infrarouge doit succéder à Hubble dont la fin est proche. Réalisé dans le cadre d'une coopération internationale avec les Agences spatiales canadienne et européenne, il a déjà subi un report de lancement jusqu'à 2018 alors qu'il était initialement prévu au début des années 2010.

Outre ces retards dans son développement, ce projet doit faire face à l'explosion de son coût passé d'un petit milliard à plus de six aujourd'hui. Pour expliquer leur décisions, les membres du sous-comité du Congrès en charge du budget de la Nasa expliquent que malgré l'état d'avancement de ce programme (achevé à plus de 75 %), les responsables réclament une nouvelle rallonge de 1,5 milliard de dollars.

Quant à ses partisans, ils arguent que ce télescope fera beaucoup mieux que Hubble, pas seulement parce qu'il est technologiquement plus avancé. Sa position sur le point de Lagrange numéro 2 et son aptitude à observer dans l'infrarouge conduiront à ce que sa contribution à la science spatiale sera sans commune mesure à tout autre projet spatial actuel ou en préparation.

Aujourd'hui, seule une intense activité de lobbying pourrait sauver l'instrument. Seule note optimiste, si ce télescope est annulé, une partie du budget qui aurait dû lui être consacré sera redistribué sur d'autres projets plus petits, comme le souhaitent certains membres de la Commission du Congrès en charge de la Nasa. C'est d'ailleurs un des principaux reproches faits à ce projet qui, selon certains, cannibaliserait d'autres budget à son profit.

L'abandon de ce télescope pourrait causer des dégâts collatéraux, affectant sur d'autres programmes appuyés sur la complémentarité avec le JWST. Quelques scientifiques s'inquiètent déjà ouvertement sur les dates de mises en service de certains programmes phares, comme l'E-ELT ou Alma.

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