La cathédrale de Notre-Dame de Paris quelques jours après l'incendie de son toit et de la flèche. © UlyssePixel, Adobe Stock
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Notre-Dame de Paris : des découvertes exceptionnelles lors des fouilles du transept de la cathédrale

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Dès le lendemain de l'incendie du 15 avril 2019, les archéologues ont été appelés au chevet de la cathédrale Notre-Dame de Paris. En amont de ce chantier de restauration hors norme, l'Inrap a procédé à des fouilles préventives et réalisé d'importantes découvertes. Présentation en images et ce qu'elles nous apprennent sur le passé du monument édifié à partir de 1163.

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Sur prescription de l'État (Drac Île-de-France, service régional de l'archéologie) en lien étroit avec l'établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, maître d'ouvrage du chantier, les équipes de l'Inrap œuvrent depuis maintenant 3 ans, à un programme de diagnostics, de prospections et fouilles archéologiques, pour accompagner le projet de restauration de la cathédrale.

S'agissant de la croisée du transept, une opération de fouille a été prescrite par la Drac en amont du montage de l'échafaudage nécessaire aux travaux de reconstruction de la flèche, en cohérence avec la planification des travaux de restauration. Financée par le maître d'ouvrage, l'établissement public chargé de la conservation et de la restauration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, elle a été menée par l'Inrap du 2 février au 8 avril 2022 et a livré d'importantes données sur la construction et l'évolution de la cathédrale, des sépultures ainsi que de très nombreux éléments du jubé médiéval (détruit sous le règne de Louis XIV) dans un exceptionnel état de conservation.

Vue générale de la fouille depuis les échafaudages. © Denis Gliksman, Inrap

Notre-Dame de Paris, une urgence archéologique

Face à l'urgence de la mise en sécurité du site dès le lendemain de l'incendie du 15 avril 2019, les archéologues sont immédiatement intervenus à l'intérieur de Notre-Dame pour repérer, trier et sauvegarder, au sol et sur les voûtes, l'ensemble des matériaux effondrés (bois, pierres, métal), à l'aide d'engins robotisés au sol, de cordistes sur les voûtes, et de relevés photogrammétriques. Afin de préserver ces vestiges fondamentaux pour la recherche, les études et la restauration de l'édifice, les modalités de prélèvement ont été mises en œuvre dans le cadre d'un protocole scientifique élaboré conjointement par le service régional de l'archéologie de la Drac et le Laboratoire de recherche des monuments historiques.

Les archéologues de l'Inrap sont également intervenus dès 2019 à l'extérieur de l'édifice, au sud-est du chevet de la cathédrale, avant l'implantation de la grande grue à tour destinée au retrait de l'échafaudage calciné de la flèche.

Des interventions archéologiques non invasives ont parallèlement été privilégiées dans la cathédrale afin de détecter cavités et maçonneries inconnues. Une campagne de prospection géophysique a ainsi révélé des anomalies structurelles dans le chœur, l'abside et les bas-côtés.

Dégagement des premiers éléments sculptés du jubé du XIIIe siècle détruit au début du XVIIIe siècle. © Denis Gliksman, Inrap

La croisée du transept

L'édification de la cathédrale débute en 1163. La construction du transept, cette partie coupant perpendiculairement la nef avec laquelle il forme une croix, suit celle de l'abside et du chœur. Le cahier des charges scientifique annexé à la prescription de fouille de la croisée prévoyait un terrassement sur environ 35 cm sous le niveau de dallage actuel. La fouille a révélé dès ce niveau de décapage un radier daté entre le XIVe et le XVIIe siècle, reposant sur une stratigraphie constituée de plusieurs niveaux de sol construits en un mortier de sable et de chaux et dont certains présentent des traces de rubéfaction pouvant témoigner d'un incendie (celui de 1218 ?).

Détail des blocs sculptés du jubé du XIIIe siècle détruit au début du XVIIIe siècle. © Denis Gliksman, Inrap

Le jubé perdu de Notre-Dame de Paris

Construite vers 1230, la clôture monumentale qui séparait le chœur (réservé au clergé) de la nef (espace ouvert aux fidèles), est détruite au début du XVIIIe siècle pour répondre aux nouveaux usages liturgiques. Sous le règne de Louis XIV, la section de jubé séparant le transept et le chœur est démolie. Seules subsistent aujourd'hui les sections du jubé le long des parois latérales du chœur, au nord (daté du XIIIe siècle) et au sud (daté du XIVe siècle), dénommée aujourd'hui « clôture du chœur ».

De ce mur décoré et sculpté ne subsistent que quelques éléments mis au jour lors des travaux de Viollet-le-Duc (conservés au Louvre) et quelques blocs dans les réserves lapidaires de la cathédrale. Grâce à la fouille, plusieurs centaines d'éléments lapidaires allant de plusieurs centaines de grammes à près de 400 kg ont été retrouvés, enfouis dans la zone est du transept.

Jubé : tête. © Denis Gliksman, Inrap

Ils se présentent sous la forme de fragments sculptés et polychromes, de personnages et d'éléments architecturaux religieux. Une première analyse stylistique des décors végétaux, de la façon de représenter les visages, les cheveux, les drapés... permet d'envisager une datation au XIIIe siècle. Contrairement à ceux conservés au Louvre, ces fragments frappent par leur polychromie, les couleurs se superposant parfois avec des rajouts, des réparations, l'application de feuilles d'or...

Leur disposition dans la fosse intéresse les archéologues, car s'ils ont sans doute été laissés dans la cathédrale pour des raisons pratiques, ils y ont néanmoins été « inhumés » avec soin : les couches sont très bien organisées et agglomérées par un liant.

Découverte de nombreuses sépultures

Les inhumations dans les églises et cathédrales se pratiquent pendant toute la période médiévale et moderne, les places les plus près du chœur étant les plus recherchées. La reine Isabelle, épouse de Philippe-Auguste, a ainsi été enterrée dans le chœur de la cathédrale et, lors des travaux de Viollet-le-Duc, les cercueils de plomb découverts dans la nef et dans le chœur appartenaient majoritairement à des archevêques.

Lors de la fouille de la croisée, les archéologues ont identifié et exhumé plusieurs sépultures. Elles sont organisées et ne se recoupent pas, ce qui est rare dans un espace aussi prisé. Si leur étude reste à mener, leur datation est pour l'instant estimée entre le XIVe et le XVIIIe siècle. À ce jour les archéologues ont identifié une dizaine de sarcophages en plâtre, la plupart très perturbés par les carneaux. Dans l'un d'entre eux ont toutefois été retrouvés des restes de tissus brodés au fil d'or et quelques ossements en place. Au moins quatre tombes en pleine terre ont par ailleurs été identifiées.

Sarcophage en plomb dans une cuve maçonnée. © Denis Gliksman, Inrap

Un sarcophage anthropomorphe en plomb a été également mis au jour dans la partie ouest de l'emprise. Il a été déplacé (selon une chronologie qui reste à déterminer) dans un caveau en plâtre. En bon état de conservation malgré quelques percements, il mesure 1,95 centimètre et 48 centimètres de large. Une caméra endoscopique a permis d'identifier la présence de restes végétaux sous la tête du défunt, peut-être des cheveux, du textile, ainsi que de la matière organique sèche. Sa datation et son identification restent à mener, mais il s'agit probablement d'un personnage important, figurant peut-être au registre des inhumations du diocèse.

La fouille a également livré du mobilier céramique très uniformément daté du XIVe siècle. Les remblais des tranchées des carneaux du XIXe siècle contiennent, eux, du mobilier antique qui témoigne des percements de couches archéologiques plus anciennes par les calorifères (céramique sigillée et marbre). Enfin, les archéologues s'interrogent sur un mur plus ancien qui ne correspondrait pas avec l'édifice gothique.

La fouille qui vient de s'achever laisse place à une longue période d'analyse et d'étude du mobilier, des vestiges organiques, de l'ADN, des matériaux, de la stylistique, de la polychromie, du répertoire iconographique...

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