L'augmentation de gaz carbonique dans l'atmosphère a une conséquence moins connue que le réchauffement : l'acidification de l'eau de l'océan. Une équipe franco-hollandaise vient de repérer deux futures victimes : les moules et les huîtres.

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    La vitesse d'incorporation de carbonate de calcium (en ordonnée) se réduit avec l'augmentation de gaz carbonique (pCO2, ou pression partielle, en abscisse). L'effet sur la moule est nettement plus sensible.Crédit  : Gazeau et al., 2007.

    La vitesse d'incorporation de carbonate de calcium (en ordonnée) se réduit avec l'augmentation de gaz carbonique (pCO2, ou pression partielle, en abscisse). L'effet sur la moule est nettement plus sensible.Crédit : Gazeau et al., 2007.

    La surface océanique absorbe en permanence une partie du dioxyde de carbonedioxyde de carbone (le CO2)) contenu dans l'atmosphèreatmosphère. Dans l'eau, la moléculemolécule se transforme en acide carboniqueacide carbonique, c'est-à-dire un ionion carbonate (CO3 2-) et un ion H+. Bref, l'acidité de l'eau augmente. On estime que chaque jour, l'océan mondial incorpore ainsi 25 millions de tonnes de gazgaz carbonique.

    Cet effet acidifiant peut donc devenir préoccupant si la teneur en CO2 continue sa tendance à la hausse. Un groupe d'animaux pourrait en souffrir avant les autres : les mollusquesmollusques à coquilles, gastéropodesgastéropodes (bigorneaux, patelles, ormeaux...) et bivalvesbivalves (moules, huîtres, coquilles Saint-Jacques...). Essentiellement constituée de carbonate de calciumcarbonate de calcium, cette coquille se construit plus difficilement, c'est-à-dire plus lentement, quand l'acidité est forte. Les variations naturelles ont toujours existé et les animaux ont su s'y adapter mais les projections sur les décennies montrent que l'augmentation pourrait être d'ici à 2100 cent fois plus rapide que toute variation naturelle connue depuis 600 000 ans (source Insu, Institut national des sciences de l'universunivers).

    Un plongeur récolte des moules dans le bassin d'Arcachon. Elles serviront d'indicateurs de pollution. Dans les décennies à venir, leurs coquilles montreront sans doute les signes d'une acidité accrue de l'eau de mer.<br />Crédit  : CNRS Photothèque  /  Garrigues Philippe

    Un plongeur récolte des moules dans le bassin d'Arcachon. Elles serviront d'indicateurs de pollution. Dans les décennies à venir, leurs coquilles montreront sans doute les signes d'une acidité accrue de l'eau de mer.
    Crédit : CNRS Photothèque / Garrigues Philippe

    La moule à la peine

    Des chercheurs hollandais (Center for Estuarine and Marine Ecology, Yerseke) et français (Laboratoire océanographique de Paris 6, Villefranche-sur-mer) ont quantifié l'effet de l'acidité sur la pousse de la coquille chez la moule ordinaire (Mytilus edulis) et l'huître creuse (Crassostrea gigas). Résultat probant : avec une valeur de dioxyde de carbone vraisemblable pour 2100 (740 parties par million contre 360 aujourd'hui), la vitessevitesse de formation de la coquille de l'huître creuse se réduit de 10 % et celle de la moule de 25 %.

    D'un point de vue économique, ces nouvelles intéressent les aquaculteursaquaculteurs du monde entier car ces deux espècesespèces sont abondamment cultivées. Avec plus de quatre millions de tonnes par an, essentiellement en Asie, l'huître creuse représente le tiers des mollusques d'élevage de la planète.

    A l'incidence économique pourrait bien sûr s'ajouter un impact écologique majeur, les colonies de mollusques bivalves constituant un élément clé pour de nombreux écosystèmesécosystèmes, côtiers notamment.