Santé

Une bactérie s'attaque aux agrumes du Brésil

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Agrumes © Inra

En 2004, les premiers symptômes de la maladie du Dragon jaune (ou Huanglongbing en chinois) étaient observés dans des vergers d'agrumes au Brésil. Cette maladie bactérienne qui détruit rapidement les fruitiers existait déjà sous deux formes, l'une en Afrique, l'autre en Asie, mais n'avait encore jamais été recensée sur le continent américain. Les chercheurs de l'INRA de Bordeaux ont caractérisé l'agent responsable de la maladie au Brésil, et ont mis en évidence une nouvelle espèce de la bactérie pathogène. Ces travaux apparaissent essentiels pour lutter contre la maladie qui menace la production d'agrumes dans le monde.

L'agent pathogène responsable de la maladie du Huanglongbing (HLB) a été vu pour la première fois par les chercheurs de l'INRA en 1970. Il s'agit d'une bactérie nichée à l'intérieur même des tissus de la plante et qui n'a jamais pu être obtenue en culture. Seul l'avènement des techniques moléculaires a permis sa caractérisation. Dès 1994, les chercheurs de l'INRA de Bordeaux avaient identifié les deux espèces bactériennes responsables de la maladie en Asie et en Afrique : Candidatus Liberibacter asiaticus et Candidatus Liberibacter africanus.

Ces bactéries se propagent grâce à deux insectes piqueurs-suceurs proches des pucerons et inféodés aux agrumes : le psylle africain et le psylle asiatique, Diaphorina citri. Ce dernier est également présent au Brésil depuis plusieurs décennies où il est désormais vecteur du HLB.

Identification de la nouvelle bactérie

Les symptômes foliaires observés en 2004 dans les vergers de l'Etat de São Paulo au Brésil ont fait soupçonner la maladie du HLB. Pour identifier formellement l'agent pathogène, les chercheurs de l'UMR "Génomique, Développement et Pouvoir Pathogène" et leurs collègues de Fundecitrus au Brésil ont procédé à des analyses de microbiologie moléculaire sur des feuilles d'orangers affectés et des feuilles d'orangers sains. Des tests spécifiques ont été réalisés par PCR (Réaction de polymérisation en chaîne), une méthode d'analyse génétique permettant de multiplier les séquences d'ADN pour mieux les étudier, notamment ici d'amplifier un fragment d'ADN cible particulier, le gène ADNr 16S. Ces tests ont révélé la présence, dans les feuilles symptomatiques, d'une bactérie dont l'ADNr 16S avait un fort pourcentage d'identité avec les séquences des deux bactéries déjà connues (Candidatus Liberibacter asiaticus et Candidatus Liberibacter africanus).

Une deuxième séquence spécifique d'ADN a été étudiée et amplifiée par PCR. Cette séquence particulière est très conservée pour les diverses souches d'une même espèce (100% d'identité), mais est plus variable entre les souches de deux espèces différentes (70% d'identité) : c'est précisément le cas pour la nouvelle bactérie du Brésil comparée à Ca. L. africanus ou à Ca. L. asiaticus. Les chercheurs ont donc conclu formellement que la nouvelle bactérie identifiée au Brésil est du genre Liberibacter et s'avère suffisamment différente des espèces connues pour former une troisième et nouvelle espèce, appelée Candidatus Liberibacter americanus.

Une maladie fatale pour les agrumes

La maladie du dragon jaune provoque la chute prématurée des feuilles et une croissance anormale des fruits, qui prennent une forme asymétrique et une coloration anormale.

Un arbre infecté par l'insecte vecteur met plusieurs mois avant de manifester les symptômes. Mais une fois développée, la maladie s'avère fatale, un verger pouvant être décimé en quelques années seulement s'il ne bénéficie pas des traitements appropriés. Les seuls moyens de lutte connus jusqu'à présent consistent à arracher les arbres contaminés et à traiter les vergers par un insecticide contre le psylle vecteur. Face à ces dangers et aux dégâts potentiels de la bactérie, la maladie doit impérativement être contrôlée pour éviter des ravages en agrumiculture.

Les agrumes atteints du HLB (au centre) présentent une croissance anormale par rapport aux fruits sains (aux extrémités). Ils ont une forme asymétrique, une chair verte et des pépins avortés.

Les travaux d'analyse génétique sur la nouvelle espèce bactérienne se poursuivent pour faciliter les tests de détection de la bactérie et les rendre plus sensibles. La lutte contre cette maladie nécessite en effet de bien connaître les zones infestées. Or la maladie progresse rapidement puisque le psylle vecteur a déjà été détecté en Floride et dans les Caraïbes.

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