La zoanthropie consiste à se prendre pour un animal. © Milan, Adobe Stock
Santé

Patient bizarre : elle se prend pour un poulet

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La zoanthropie, où les patients se prennent pour des animaux, est un délire psychotique très rare. Une revue psychiatrique rapporte le cas étrange d'une patiente persuadée d'être un poulet suite à une dépression.

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Certains malades mentaux se prennent pour Napoléon ou pour Jésus. Mais il existe une autre pathologie appelée zoanthropie où les patients se prennent pour des animaux. La revue néerlandaise Tijdschrift voor Psychiatrie rapporte ainsi le cas d'une patiente de 54 ans, sans antécédent psychiatrique, qui s'est présentée aux urgences en raison de crises aiguës de délire où elle se prenait pour un poulet.

Elle chante et glousse comme un coq

Lorsqu'elle est amenée à l'hôpital par son frère, Madame A transpire abondamment, est soumise à des tremblements, gonfle ses joues et « semble imiter un poulet, en grattant, gloussant et chantant comme un coq », décrivent les médecins dans leur étude. Malgré son délire, elle parvient à tenir un discours à peu près cohérent. Elle raconte qu'elle n'a pas dormi depuis cinq jours et a erré dans les rues pieds nus et vêtue d'une robe de chambre la nuit précédente. Elle ressent un malaise général depuis plusieurs jours, ainsi « qu'une sensation étrange dans les membres, comme s'ils n'étaient plus adaptés à son corps et qu'ils s'agitaient de manière incontrôlée ». La patiente exprime l'idée d'être un poulet et explique « qu'on a oublié de la mettre sur une broche ». En raison de son agitation, Mme A se voit administrer une injection de lorazépam (un tranquillisant de la famille des benzodiazépines) par intraveineuse qui la fait dormir pendant plusieurs heures. À son réveil, elle a retrouvé une attitude normale et ne garde aucun souvenir de son épisode délirant.

Au Moyen Âge, le phénomène des loups-garous était attribué à une possession démoniaque. © rudall30, Adobe Stock

Chien, tigre, rhinocéros, grenouille, requin et abeille

La zoanthropie a d'abord été décrite sous le terme de lycanthropie, dérivé du mythe du roi Lycaon, transformé en loup par Zeus. En psychiatrie, le terme est apparu au XVIIe siècle pour les patients exprimant la croyance d'être transformé en animal ou de pouvoir se transformer (la définition a depuis été élargie aux patients présentant un comportement de type animal). Ce délire mental semble très rare : à peine 56 cas ont été rapportés dans la littérature scientifique entre 1850 et 2012. Ils comprennent des animaux très variés : chien, lion, tigre, hyène, requin, crocodile, grenouille, bœuf, chat, oie, rhinocéros, lapin, cheval, serpent, oiseau, sanglier, campagnol et même abeille.

De quelques heures à plusieurs dizaines d’années

Les symptômes sont divers (hurlements, grognements, sifflements, discours délirants...) et leur durée varie entre deux extrêmes : de quelques heures à plusieurs dizaines d'années. Dans la majorité des cas, le délire est cependant assez bref (de l'ordre d'une semaine). Il peut être lié à un trouble psychiatrique sous-jacent (schizophrénie, dépression, trouble bipolaire), mais aussi être secondaire à des anomalies structurelles ou fonctionnelles du cerveau. Certains cas sont également attribués à des crises d’épilepsie. La lycanthropie (croyance d'être un loup) a parfois fait suite à une augmentation anormale de la pilosité du patient.

Un délire faisant suite à une dépression

Chez Madame A, la zoanthropie semble liée à un épisode de dépression. Depuis deux mois, la patiente se plaint d'« une perte de plaisir et d'intérêts, d'importants troubles du sommeil, de fatigue et d'un appétit sérieusement diminué avec une perte de poids de huit kilos ». Elle indique également avoir évité les contacts sociaux pendant cette période.

Après sa crise aux urgences, la quinquagénaire s'est vu prescrire de l'acide valproïque (un antiépileptique) qui a un effet stabilisateur de l'humeur. Quelques semaines plus tard, son état dépressif s'est dissipé et elle est sortie de l'hôpital après neuf semaines pour être suivie en soins ambulatoires. Après environ un an d'invalidité, elle a pu reprendre progressivement le travail. « Son humeur est restée stable et il n'y a plus eu d'épisode psychotique », concluent les médecins.

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