Un biomarqueur de la schizophrénie détectable dans les cheveux. © ra2 studio, Adobe Stock

Santé

La schizophrénie détectable dans une simple mèche de cheveux ?

ActualitéClassé sous :médecine , schizophrénie , cerveau

Des chercheurs japonais ont montré que les personnes schizophrènes présentaient un taux anormalement élevé d'une enzyme produisant du sulfure d'hydrogène dans leurs follicules pileux. Au-delà d'établir un diagnostic fiable, cette découverte constitue une toute nouvelle piste pour le développement de nouveaux médicaments.

La schizophrénie, une maladie psychiatrique qui se manifeste par des délires, des hallucinations, un isolement social et une désorganisation de la pensée, concernerait 0,7 % de la population, soit environ 600.000 personnes en France. Du fait de symptômes variables et parfois difficilement identifiables, sa prise en charge reste souvent tardive, ce qui retarde le traitement. Une équipe de chercheurs japonais vient d'identifier un marqueur biologique de la maladie détectable dans une simple mèche de cheveux, qui pourrait permettre un diagnostic de la maladie.

Une mauvaise inhibition de la réaction de surprise

Masayuki Ide et ses collègues se sont intéressés à un test diagnostic connu de la schizophrénie. Le cerveau des personnes « normales » est protégé par un mécanisme appelé « inhibition liée à une pré-impulsion » (IPP). Cette pré-impulsion vient précéder le véritable choc et atténue la réaction de surprise. Chez les personnes atteintes de schizophrénie, l'IPP est très affaiblie, ce qui signifie que la réaction de surprise n'est pas atténuée.

La schizophrénie se caractérise par des hallucinations et une désorganisation de la pensée. © 3dsculptor, Adobe Stock

Les scientifiques ont ensuite recherché les différences d'expression des protéines chez des souris avec une faible IPP et des souris avec une IPP élevée. Ils ont découvert que les souris à IPP faible avaient un niveau élevé de MPST, une enzyme produisant du sulfure d'hydrogène (H2S), ce qui entraîne des dépôts de sulfure plus importants dans leur cerveau. Afin de vérifier le lien de cause à effet, les chercheurs ont inhibé l'enzyme MPST chez des souris, et constaté que ces dernières présentaient un niveau d'IPP supérieur et un comportement « normal ». Les chercheurs ont également examiné le cerveau de patients schizophrènes décédés et constaté que le taux de MPST était corrélé à la gravité des symptômes de schizophrénie. Ils ont aussi analysé les follicules pileux de plus de 150 patients schizophrènes, ce qui a permis de confirmer que l'expression du gène de MPST est beaucoup plus élevée que chez des personnes non atteintes. Le taux de MPST dans les cheveux pourrait donc constituer un bon biomarqueur de la maladie, concluent les chercheurs, même si le test n'est pas 100 % spécifique.

Une réaction à un stress inflammatoire avant la naissance

Restait à élucider le rôle du sulfure d'hydrogène dans la survenue de la schizophrénie. De précédentes études ont montré que ce dernier aidait à réduire le stress oxydatif et la neuro-inflammation dans le corps. Il a également été constaté qu'un stress inflammatoire juste avant la naissance pouvait jouer un rôle dans la schizophrénie. « Un stress inflammatoire dans le développement précoce du cerveau entraîne une production accrue de sulfure d'hydrogène comme réponse antioxydante, ce qui entraîne à son tour un ralentissement du métabolisme énergétique », suggèrent les chercheurs. En d'autres termes, le cerveau chercherait à se « défendre » en activant le gène régulant la production de H2S. Le facteur génétique n'est toutefois pas seul en cause. « La prochaine étape consistera à trouver quel facteur environnemental pourrait faire augmenter la production de MPST », indique l'étude, publiée dans la revue EMBO Molecular Medicine.

Une nouvelle piste pour des médicaments contre la schizophrénie

En attendant, la découverte de ce marqueur pourrait ouvrir de nouvelles pistes pour le traitement de la schizophrénie. La plupart des médicaments actuels se concentrent sur le système de dopamine et de sérotonine dans le cerveau, avec la prescription d'antipsychotiques comme la clozapine, le rispéridone, l'olanzapine, ou l'aripiprazole. Mais ces médicaments ne sont pas toujours efficaces et induisent des effets secondaires. Les chercheurs japonais ont déjà effectué des premiers tests montrant que l'inhibition de la synthèse du sulfure d'hydrogène soulage les symptômes chez des souris atteintes schizophrénie. Des médicaments réduisant la production de sulfure d'hydrogène pourraient également être développés.

  • Les souris schizophrènes présentent un taux élevé de MPST, une enzyme produisant du sulfure d'hydrogène (H2S).
  • Ce marqueur est également corrélé à la gravité des symptômes de schizophrénie chez l’humain.
  • La surproduction de sulfure d’hydrogène serait liée à des facteurs à la fois génétiques et environnementaux.
Pour en savoir plus

Schizophrénie : les plis du cerveau pourraient-ils être des marqueurs ?

Article de Destination Santé publié le 14/08/2012

De nombreux facteurs sont en cause dans l'apparition de la schizophrénie. Des chercheurs français sont sur la piste d'un possible marqueur de cette maladie neurologique. En observant les plis du cortex (qui se forment à des étapes clés du développement cérébral), il serait possible de la détecter.

La forme du cerveau - et plus précisément celle de ses plis corticaux - constitue-t-elle un marqueur de schizophrénie ? C'est la question que posent des chercheurs français de l'Inserm. Ils révèlent en effet « un développement cérébral perturbé chez certains patients schizophrènes ».

Ce travail a été conduit par Arnaud Cachia et ses collègues de l'unité Inserm 894/Université Paris-Descartes, centre de psychiatrie et neurosciences à l'hôpital Sainte-Anne (Paris). Ils ont étudié le cerveau de 44 personnes prises en charge au sein de cet établissement à l'occasion d'un premier épisode psychotique. « Ils n'avaient donc quasiment jamais suivi de traitement », précisent les auteurs.

L'objectif des scientifiques était alors de vérifier si « l'on retrouvait des similarités anatomiques du cerveau» entre les patients présentant des signes neurologiques et ceux qui n'en avaient pas. Ils ont pour cela utilisé une technologie innovante : l'IRM anatomique, obtenant une morphologie 3D des plissements du cortex.

En France, la schizophrénie serait présente chez 1 % de la population. © Djuliet, Flickr CC by nc-nd 2.0

Schizophrénie : un développement cérébral parfois perturbé 

« Chez les patients avec des signes neurologiques mineurs, nous avons observé des perturbations subtiles du plissement du cortex », explique Arnaud Cachia. Ils possèdent en moyenne des plis légèrement moins marqués que les autres. « Nous en déduisons qu'il y aurait eu des perturbations lors des étapes clés du développement du cerveau»

Les différences apparaissent peu marquées. Mais à terme, les scientifiques espèrent que cette découverte « permettra de mieux adapter les stratégies thérapeutiques en prenant en compte les particularités individuelles des patients. Une des prochaines étapes sera l'identification des gènes du neurodéveloppement qui sont impliqués », concluent-ils.

Rappelons que la schizophrénie est une maladie cérébrale sévère et invalidante. Elle frappe environ 1 % de la population française. Cette pathologie complexe impliquant de nombreux facteurs génétiques et environnementaux, débute généralement à l'adolescence ou chez le jeune adulte.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi