L'épidémie due au virus Ebola a démarré en 2013 en Guinée. © DR

Santé

Virus Ebola : la désactivation d'une seule protéine pourrait le rendre inoffensif

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Une seule protéine serait à l'origine de la virulence de la fièvre hémorragique à virus Ebola. Et les scientifiques savent comment éteindre son expression génétique. Voici son histoire.

Découvert en 1976, le virus Ebola doit sa funeste notoriété à l'épidémie de 2013-2016 en Afrique de l’Ouest. Durant cette période, il a tué des milliers de personnes, principalement dans trois pays : la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria. Et il continue de sévir, notamment parce qu'il empêche l'hôte infecté de développer une réaction immunitaire normale.

Le virus perturbe le réseau de communication du système immunitaire, retardant suffisamment sa réponse pour pouvoir faire d'énormes dégâts. En moyenne, le taux de létalité d’Ebola est d'environ 50 %. Cette efficacité est due à une protéine : VP35 qui fait partie des protéines de la nucléocapside du virus ; sachant qu'une nucléocapside est l'ensemble formé de la capside du virus (structure qui entoure le génome) et du génome viral.

La première campagne vaccinale contre Ebola a eu lieu en 2017. © David Mark, Pixabay

Désarmer le virus

Chris Basler, virologiste à l'université de l'État de Géorgie, et son équipe ont créé des virus mutants qui n'avaient pas la protéine VP35. Puis, ils ont exposé des macaques à cette version d'Ebola et les singes ne sont pas tombés malades. Leur corps a eu le temps de produire une réponse immunitaire normale avant que le virus ne prolifère. Il a fabriqué assez d'anticorps pour contrôler l'infection -- c'est le principe de la vaccination : être exposé à une version inoffensive d'un virus afin de produire les anticorps nécessaires pour provoquer une réaction rapide lors d'une véritable infection.

En effet, les singes ont ensuite été mis en contact avec le virus original et mortel d'Ebola. Et ils ont pu se défendre. D'ailleurs, plus ils ont été exposés au virus muté, plus ils se sont immunisés contre le virus léthal. Néanmoins, Basler avoue ne pas encore promouvoir les mutants VP35 comme potentiels vaccins. D'une part car d'autres vaccins prometteurs sont déjà à l'étude, d'autre part parce que la procédure pour autoriser un vaccin avec le virus Ebola vivant à l'intérieur serait très longue. Le virologiste pense plutôt que le virus muté peut servir pour la recherche : étudier une version inoffensive d'Ebola est bien moins risquée, et permettrait de comprendre plus vite comment le virus fonctionne.

Pour en savoir plus

Ebola : un vaccin expérimental testé en Ouganda

Article de Futura avec l'AFP-Relaxnews publié le 6 août 2019.

Un vaccin fabriqué par l'entreprise Johnson&Johnson est actuellement en test en Ouganda. Il pourrait être utilisé dans la République Démocratique du Congo (RDC) voisine, où une épidémie d'Ebola a fait plus de 1.800 morts en un an.

L'essai du vaccin MVA-BN fabriqué par la société américaine Johnson&Johnson devrait durer deux ans, a indiqué le Conseil de recherche médicale (MRC) de l'Ouganda dans un communiqué. Le vaccin concernera jusqu'à 800 professionnels de la santé et personnels se trouvant en première ligne comme les agents de nettoyage, les équipes d'ambulanciers, des morgues ou celles chargées des enterrements, dans le district de Mbarara (ouest), a précisé le MRC.

« Nous menons actuellement un exercice de vaccination à Mbarara », a déclaré à l'AFP la porte-parole du MRC, Pamela Nabukenya Wairagala. Dans un communiqué sur son site internet, le MRC a souligné que l'expérimentation du vaccin sera menée par des chercheurs ougandais, avec le soutien de l'École d'hygiène et de médecine tropicale de Londres.

Il n'existe pas actuellement de médicament permettant de prévenir ou guérir Ebola mais une série de médicaments expérimentaux sont en cours de développement. Pour la première fois, un vaccin a été utilisé contre le virus durant l'épidémie qui frappe la RDC depuis août 2018.

Plusieurs vaccins pour contrer l’épidémie d’Ebola

Les autorités sanitaires congolaises utilisent le vaccin rVSV-Zebov, fabriqué par le groupe pharmaceutique américain Merck, qui s'est révélé sûr et efficace. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a préconisé une extension de son utilisation et recommandé l'introduction d'un vaccin supplémentaire, celui produit par Johnson&Johnson, pour faire face aux besoins.

Le virus Ebola est un filovirus qui comprend plusieurs espèces différentes : Bundibugyo, Zaïre, Reston, Soudan et Forêt de Taï. © nanomanpro, Fotolia

Mais des voix se sont élevées contre l'introduction d'un nouveau produit dans des communautés où la méfiance à l'égard du traitement actuel est déjà importante. L'ancien ministre congolais de la Santé, le Dr Oly Ilunga, qui a démissionné en juillet, figurait parmi les opposants.

Selon le MRC, le vaccin de Johnson&Johnson « est sûr » et a été testé sur plus de 6.000 personnes en Europe, aux États-Unis et en Ouganda. Son efficacité est cependant incertaine car il n'a jamais été évalué dans un scénario d'épidémie.

L'Ouganda a connu des épidémies d'Ebola dans le passé mais d'une ampleur bien moindre que celle frappant la RDC depuis août 2018. L'Ouganda a été déclaré libre du virus Ebola bien qu'en juin trois membres d'une même famille y soient morts de la fièvre hémorragique à leur retour de la RDC. L'actuelle épidémie dans l'est de la RDC est la deuxième plus importante dans l'histoire de la maladie après celle qui a tué près de 11.000 personnes en Afrique de l'Ouest (Guinée, Liberia, Sierra Leone) en 2013-2014.


Ebola : enfin un vaccin efficace ?

Article de Jean-Luc Goudet paru le 31 décembre 2016

En test en Guinée, injecté à 5.800 personnes, le vaccin rVSV-Zebov a démontré sa pleine efficacité contre la souche dite Zaïre. Peu d'effets secondaires ont été notés dans cet essai clinique et le vaccin pourrait être bientôt utilisé.

Les résultats qui viennent d'être publiés dans la revue The Lancet sont nets : le vaccin rVSV-Zebov (recombinant Vesicular stomatitis virus-Zaire ebolavirus) s'est montré efficace à 100 % lors de l'essai clinique phase III démarré en mars 2015 en Guinée et baptisé Ébola ça suffit!. La molécule, développée par MSD (Merck Sharpe & Dohme), a été injectée en tout à 5.837 personnes ayant eu un contact avec une personne infectée. Aucune n'a contracté la maladie, contre 23 cas qui n'ont pas reçu ce vaccin, comme l'indique un communiqué de l'OMS (Organisation mondiale de la santé).

Les personnes vaccinées ont été suivies durant douze semaines pour repérer d'éventuels effets secondaires. Environ la moitié ont signalé des céphalées, fatigue et douleurs musculaires. Trois cas plus graves ont été rapportés : une réaction fébrile, une réaction anaphylactique et un syndrome grippal. Ces trois personnes « se sont rétablies à long terme » témoigne l'OMS.

Ce vaccin a donc bien démontré son efficacité contre la souche dite Zaïre. Il reste à l'adapter à la souche Soudan et à en vérifier l'innocuité pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes plus vulnérables, « comme celles vivant avec le VIH ». Cependant, ajoute l'OMS, « dans le cas où la flambée d'Ébola repartirait avant son approbation, ce vaccin serait rendu accessible par une procédure appelée "usage compassionnel", permettant de l'utiliser après l'obtention d'un consentement éclairé ».


Les premiers tests du vaccin rVSV-Zebov sont très prometteurs

Article de Destination Santé publié le 31/07/2015

Testé sur plus de 4.000 personnes en Guinée, le vaccin expérimental rVSV-Zebov s'est révélé efficace chez tous les sujets. Ces résultats restent à confirmer, estime l'OMS qui conclut tout de même qu'« un vaccin est à portée de main ».

La revue britannique The Lancet rapporte les résultats d'un essai clinique concernant l'efficacité d'un vaccin contre Ébola testé en Guinée. Le docteur Margaret Chan, directeur général de l'OMS, parle déjà d'une « avancée prometteuse »... bien que préliminaire. L'essai du vaccin rVSV-ZEBOV (Merck, Sharp & Dohme) en Guinée a commencé le 23 mars 2015 dans les communautés touchées pour évaluer l'efficacité et l'innocuité d'une dose unique.

À ce jour, plus de 4.000 contacts proches de près de 100 patients atteints de la maladie à virus Ébola, ont volontairement participé à l'essai et la randomisation s'est arrêtée le 26 juillet « pour permettre à toutes les personnes à risque de recevoir le vaccin immédiatement, et pour raccourcir autant que possible le délai nécessaire pour recueillir des données plus concluantes en vue d'homologuer, à terme, le produit » , explique l'OMS.

La campagne de vaccination dite en ceintures consiste à vacciner les personnes qui ont été en contact avec un patient contaminé et ce le plus rapidement possible. D'après l'OMS, lors de cette campagne, la moitié des vaccinations ont été réalisées 3 semaines après la détection d'un malade. © Destination Santé

L'immunité collective fournie par le vaccin est à confirmer

« Notre hypothèse de base est qu'en vaccinant toutes les personnes qui ont été en contact avec un sujet infecté, on crée une "ceinture" de protection qui permet d'enrayer la propagation du virus », lance John-Arne Røttingen, directeur de la Division de la lutte contre les maladies infectieuses à l'Institut norvégien de santé publique et président du Groupe de pilotage de l'étude.

Jusqu'à présent, le vaccin semble être efficace chez tous les sujets. Il faudra néanmoins disposer « de données plus concluantes pour savoir s'il peut conférer une immunité collective à des populations entières », souligne l'OMS. À noter qu'en parallèle de cette stratégie « en ceintures », un essai du même vaccin est conduit sur les intervenants de première ligne.

Devant ces résultats préliminaires, le Conseil de surveillance et de sécurité des données - organe indépendant qui a procédé à cette étude -, recommande de poursuivre l'essai.

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