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Pourquoi les Hommes sont doués pour la musique, et pas les singes ?

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Un médecin suédois expose sa théorie pour expliquer le goût de la musique chez l'Homme et l'absence de comportements rythmiques chez nos cousins simiens. En cause : notre socialité associée à notre bipédie. Des explications pour le moins originales...

La musique nous envoûte et nous plonge tous dans le même rythme. Mais si c'était de la synchronie qu'était née la musique ? © Flavio, Flickr, cc by 2.0

La musique occupe une place importante dans l'histoire de l'humanité. Quelle civilisation n'a pas mis en avant ce quatrième art ? Dans la mythologie et la littérature, la musique fascine, de la lyre envoûtante d'Orphée au joueur de flûte de Hamelin. Mais aussi dans la réalité, comme en témoignent l'influence de Jean-Baptiste Lully, surintendant de la Musique de Louis XIV, et le succès des stars actuelles qui galvanisent les foules. Mais depuis quand jouons-nous de la musique ?

Les traces archéologiques les plus anciennes révèlent des instruments vieux de 42.500 ans. Mais il y a fort à parier que nos ancêtres frappaient en rythme et chantaient d'une seule voix bien avant. Si l'origine exacte reste difficile à déterminer, il semble que l'intérêt pour la musique ne remonte pas à notre dernier ancêtre commun avec les chimpanzés et bonobos, puisque nos cousins grands singes n'ont jamais démontré d'aptitudes particulières pour la discipline. Pourquoi ?

Le médecin suédois Matz Larsson, de l'hôpital universitaire d’Örebro, s'intéresse à la question depuis plusieurs années. Il vient d'émettre une hypothèse originale dans la revue Animal Cognition, qui pourrait répondre à cette question.

Les chimpanzés : si humains et pourtant... il ne leur manque que la musique ! © Convex Creative, Flickr, cc by 2.0

Des déplacements en rythme pour expliquer la musique

Tout partirait, selon lui, des mouvements collectifs. Nos ancêtres nomades et bipèdes passaient de longues heures à marcher ensemble, à la recherche de nourriture ou d'un abri. Les individus qui se déplacent à la même vitesse ont tendance, inconsciemment, à synchroniser leurs pas. En résulte la capacité à discriminer les sons produits par chaque foulée, tandis que les bruits de l'environnement extérieur peuvent être plus distinctement perçus durant le moment de silence qui accompagne chaque mouvement. Le vent dans les branches ? Une rivière qui coule ? Un prédateur en approche ?

Pour des questions de survie, la traversée d'un espace dangereux demande encore une plus grande concordance des foulées, afin de mieux évaluer l'origine des sons. En découle un groupe d'humains qui, sans s'en rendre compte, marche au pas. Cette régularité, rassurante, donne le rythme. Cet avantage évolutif s'accompagne d'un renforcement cérébral : en résulte une sécrétion de dopamine, souvent considérée comme l'hormone de la récompense.

Ainsi, le soir, au coin du feu, les Hommes se retrouvent et tapent des mains et des pieds en communion, pour se soulager de leurs craintes. Leur cerveau largue cette dopamine qui soulage, comme nous le ferions aujourd'hui à l'écoute d'une chanson. Le langage se perfectionnant au même moment, la voix finit par créer des mélodies par-dessus des « boum boum » réguliers : c'est la musique. Alors, si elle a la réputation d'adoucir les mœurs, ce pourrait être en abaissant la tension alentour.

Des singes qui ne défilent pas au pas

Les singes, quant à eux, vivent plus facilement dans les arbres, ou dans d'autres environnements qui ne sont pas forcément dégagés et uniformes. Leurs déplacements s'en trouvent donc plus irréguliers. Un groupe en mouvement n'a donc rien du défilé militaire. Ils ne développent pas le sens du rythme, la base de toute musique.

Cette hypothèse étonne par son originalité. Elle n'explique pas cependant l'aptitude au chant chez de nombreux oiseaux. D'où viendrait, par exemple l'étonnante capacité d'imitation et d'innovation de la bien nommée grive musicienne ? Chez l'Homme, la musique semble irrémédiablement liée à la parole et constitue une sorte de langage universellement compris, au-delà des mots. L'est-elle tout autant à notre mobilité ?

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