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Alzheimer : des bébés à risque présentent déjà un cerveau différent

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Dès les premiers mois de la vie, les bébés porteurs d'un gène qui prédispose à la maladie d'Alzheimer connaissent un développement cérébral différent. Il ne s'agit pas de déceler d'éventuels troubles cognitifs à l'avenir, mais d'essayer de mieux comprendre le rôle de la génétique dans le développement de la neurodégénérescence.

Par IRM, certaines des régions touchées par la maladie d'Alzheimer sont moins développées chez les bébés prédisposés à la démence. Mais il est bien trop tôt pour établir un éventuel lien de cause à effet et même prédire qui sera affecté. © Mark Lythgoe, Chloe Hutton, Wellcome Images, Flickr, cc by nc nd 2.0

Elle pourrait devenir l'un des maux du XXIe siècle. La maladie d’Alzheimer constitue la principale cause de démence dans le monde, et les estimations considèrent que d'ici les prochaines décennies, son incidence pourrait tripler, du fait notamment du vieillissement constant de la population. Pourquoi ne parvient-on pas à la contrôler ? Parce que la neurodégénérescence demeure un mystère, qu'il reste de nombreuses inconnues et qu'aucun traitement ne peut l'enrayer, et encore moins la soigner.

Pour comprendre comment le cerveau régresse tant chez les seniors atteints, des scientifiques de l'université Brown (Providence, États-Unis), dirigés par Sean Deoni, ont voulu remonter plus loin dans le temps. Ils sont allés observer les différences cérébrales chez les bébés à risques de déclarer la maladie après 65 ans, par rapport à ceux qui l'étaient moins. Et ces différences existent.

ApoE ε4 modifie le développement cérébral des bébés

Ainsi, 162 bébés de 2 mois à 25 mois en pleine santé ont été recrutés. Aucun d'eux n'avait d'antécédents familiaux concernant une quelconque démence ou d'éventuels troubles psychologiques. Au préalable, un test génétique servait à définir quelle version du gène de l'apolipoprotéine E ils détenaient. Car les porteurs de l'allèle appelé ApoE ε4 sont connus pour être plus exposés à la maladie d'Alzheimer. En effet, ils composent 60 % des patients, alors qu'ils ne représentent que 25 % de la population états-unienne. Le risque est d'autant plus élevé chez les personnes homozygotes (qui présentent deux fois l'allèle). Dans l'échantillon, 60 nourrissons disposaient de cette version du gène.

Durant leur sommeil, les enfants ont été placés sous une machine à IRM spéciale. Tout d'abord, elle est silencieuse et évite de réveiller et de stresser les enfants. D'autre part, elle permet d'observer distinctement la matière grise (corps cellulaires des neurones) et la substance blanche (axones et gaines de myéline), toutes deux concernées par la démence.

L'apolipoprotéine E, représentée ici, est synthétisée par le gène ApoE. Il en existe plusieurs versions, et l'une d'elles favorise le développement de la maladie d'Alzheimer, bien qu'on ne sache pas vraiment pourquoi... © B. Rupp, C. Peters-Libeu, Protein Data Bank, Wikipédia, DP

Dans la revue Jama Neurology, les auteurs expliquent avoir noté des différences dans le développement du cerveau des petits, en fonction du gène dont ils disposent. Ceux équipés d'un génome avec ApoE ε4 présentaient une croissance cérébrale moins importante dans certaines zones situées au milieu et à l'arrière de l'encéphale (précunéus, régions latérales temporales ou médiales occipitales) que les autres. Point intéressant : ces structures sont concernées par la maladie d'Alzheimer. En revanche, leur cortex frontal était plus développé.

Mieux connaître la génétique pour mieux contrer la maladie

Qu'on se rassure, cette étude ne permet pas de définir quels enfants sont voués à présenter la pathologie ou des problèmes cognitifs à un moment de leur vie. Il s'agit seulement de mettre en lumière l'effet du gène ApoE ε4 sur le développement du cerveau, afin de déterminer son implication exacte dans la maladie d'Alzheimer. Étant donné le mode opératoire, cette recherche ne permet que d'imaginer des hypothèses, et nullement d'établir une relation de causalité.

Alors quelles théories formuler ? Les scientifiques pensent que la maladie ne dépend pas que de l'allèle seul, mais de son interaction avec d'autres gènes et avec l'environnement. On sait également que l'apoliprotéine E intervient au niveau du sang, en officiant comme transporteur du cholestérol qui, à son tour, intervient dans le développement de la matière grise et de la substance blanche. D'autre part, le gène pourrait réguler les bêta-amyloïdes, des protéines qui s'accumulent dans le cerveau et caractéristiques de la maladie, provoquant peut-être la mort des neurones.

Ce travail est un premier pas vers des recherches plus approfondies visant à élaborer le rôle d'ApoE ε4, ce qui laisserait l'opportunité aux scientifiques de mieux prévenir, voire de guérir, au moins certaines formes de la maladie d'Alzheimer. Et plus tôt on s'y prend, mieux c'est.

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