Grâce aux travaux de chercheurs de l’université de Washington (États-Unis), le rêve d’un test sanguin permettant de dépister la maladie d’Alzheimer jusqu’à 20 ans avant que les premiers symptômes se déclarent pourrait bientôt devenir réalité. © angellodeco, Fotolia

Santé

Alzheimer : un test sanguin pour détecter la maladie jusqu’à 20 ans en avance

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Des chercheurs américains annoncent avoir amélioré l'efficacité d'un test sanguin mis au point il y a quelques années. Un test destiné au diagnostic ultra-précoce de la maladie d'Alzheimer. Une avancée majeure pour la recherche dans un premier temps. Et un véritable espoir pour les patients d'ici quelques années.

Vingt ans avant que les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer apparaissent, les amas de protéines responsables de la maladie, les fameuses plaques amyloïdes, commencent à s'accumuler anormalement dans le cerveau. Aujourd'hui, des chercheurs de l'université de Washington (États-Unis) pourraient avoir mis au point un test sanguin susceptible de détecter ces changements cérébraux à ce stade aussi précoce de la maladie. Et ce avec une incroyable fiabilité.

Une première version de ce test avait été envisagée il y a deux ans. Ce test utilise la spectrométrie de masse pour mesurer avec précision les quantités de deux formes de bêta-amyloïde dans le sang, ces petites protéines, justement, qui constituent les plaques amyloïdes : la bêta-amyloïde 42 et la bêta-amyloïde 40. Car le rapport entre ces deux bêta-amyloïde trahit la quantité de dépôts bêta-amyloïde dans le cerveau.

Mais cette fois, pour améliorer la fiabilité de leur test, les chercheurs lui ont adjoint plusieurs facteurs de risque majeurs pour la maladie. En premier lieu : l'âge. Puisqu'à partir de 65 ans, le risque de développer la maladie double tous les cinq ans. Et ensuite, une variante génétique appelée APOE4, connue pour multiplier le risque au moins par trois.

Quelques centaines d’euros pour un test sanguin contre plusieurs milliers pour un scanner. Des moyens techniques beaucoup plus largement disponibles. Les avancées des chercheurs de l’université de Washington (États-Unis) pourraient bientôt avoir d’importantes répercussions sur le traitement de la maladie d’Alzheimer. © Chinnapong, Fotolia

Plus efficace que les scanners cérébraux

Bien que deux patients sur trois soient des femmes, le sexe ne semble pas affecter significativement le résultat de l'analyse. Mais la prise en compte des deux autres facteurs a permis de porter la précision du test sanguin à 94 %. Des résultats considérés comme de faux positifs - car non concordants avec les scanners cérébraux des patients - se sont même finalement avérés exacts. Le test sanguin a tout simplement détecté avec quelques années d'avance ce que des scanners cérébraux n'avaient pas remarqué.

Ce test pourrait, dans un premier temps, aider les chercheurs à identifier des participants à leurs essais. Des patients atteints de la maladie, mais ne développant pas encore de symptômes cognitifs. Objectif, mettre au point des traitements plus efficaces qui permettraient de prévenir la démence liée à la maladie d'Alzheimer. Des développements pour lesquels la disponibilité de patients sur le point de déclarer la maladie s'avère capitale.

Dépister des milliers de personnes par mois

Car les neurologues sont unanimes. Pour garder un espoir de guérison, cette maladie doit être traitée le plus tôt possible. Or à l'apparition des premiers symptômes, le cerveau du patient est déjà trop gravement endommagé pour qu'un traitement puisse être complètement efficace. « Avec notre test sanguin, nous pourrions potentiellement dépister des milliers de personnes chaque mois », imagine Randall Bateman, neurologue.

  • Lorsque la maladie d’Alzheimer se déclare, des protéines s’agglutinent de manière anormale dans le cerveau.
  • Le rapport entre deux formes de bêta-amyloïde dans le sang trahit le phénomène.
  • En combinant ce résultat avec deux facteurs de risque – que sont l’âge et une variante particulière d’un gène –, des chercheurs ont mis au point un test sanguin efficace à 94 %. Et capable de détecter de premiers signes de la maladie jusqu’à 20 ans avant que les premiers symptômes se déclarent.
Pour en savoir plus

Maladie d'Alzheimer : un dépistage sanguin bientôt à portée de main ?

Par une simple prise de sang, des scientifiques espagnols pensent n'être plus très loin de dépister la maladie d'Alzheimer à des phases précoces. Leur cible : les protéines bêta-amyloïdes, caractéristiques de la démence. Une découverte qui, si elle se confirme, pourrait changer la prise en charge des patients.

Article de Janlou Chaput paru le 08/06/2013

La maladie d'Alzheimer semble modifier les taux en bêta-amyloïdes circulant dans le sang, du moins certains ratios. En les analysant, les scientifiques pensent pouvoir détecter la démence avant que le diagnostic ne soit habituellement posé. © J. Gathany, CDC, DP

Faut-il encore présenter la maladie d'Alzheimer ? Principale maladie neurodégénérative dans le monde et première cause de démence, elle entraîne des troubles cognitifs importants et une perte progressive de la mémoire, le patient devenant à la fin complètement dépendant de son entourage et du personnel soignant.

Pour l'heure, les seuls traitements qui existent tentent tant bien que mal de ralentir la progression de la maladie, mais la neurodégénérescence reste incurable. Actuellement, le diagnostic est posé tardivement, quand la perte neuronale est déjà avancée et que les premiers signes d'une perte de mémoire anormalement conséquente se révèlent. Les scientifiques souhaiteraient pourtant agir plus tôt, de manière à prendre les meilleures dispositions pour freiner la maladie dès le départ.

La piste d'un dépistage sanguin de la maladie est suivie de près, et récemment des scientifiques britanniques ont annoncé avoir développé une méthode efficace, même si ses secrets sont encore bien gardés. La concurrence pourrait être rude, car des scientifiques espagnols de la société Araclon Biotech écrivent dans le Journal of Alzheimer Disease que leur dosage des bêta-amyloïdes permet de distinguer les sujets sains des personnes malades.

La maladie d'Alzheimer est une démence qui demande un accompagnement de tous les instants dans ses stades les plus avancés. Elle est très difficile à vivre pour les proches. © Geralt, Pixabay, DP

Des bêta-amyloïdes qui en disent plus long qu’avant

Les bêta-amyloïdes sont des protéines de 40 à 42 acides aminés qui s'agglomèrent massivement entre les neurones pour former des plaques séniles. La question demeure sur leur rôle précis dans la démence : sont-elles la cause ou la conséquence de la maladie ? Quoi qu'il en soit, tous les patients présentent ces peptides. Retrouvés également dans la circulation sanguine, on a longtemps pensé à les utiliser en guise de marqueurs biologiques. Encore fallait-il parvenir à faire la différence entre les bêta-amyloïdes normaux et ceux d'origine pathologique.

Manuel Sarasa et ses collègues ont perfectionné leurs dispositifs, appelés ABtest40 et ABtest42, permettant de détecter les bêta-amyloïdes à 40 et 42 acides aminés. Ils mesurent les taux de ces peptides circulant librement dans le sang, fixés aux composants plasmatiques ou associés aux cellules sanguines qu'ils mettent en évidence par un test Elisa.

À partir de 19 sujets contrôle et de 27 patients atteints de trouble cognitif léger, une forme souvent précoce de la maladie d'Alzheimer, ils ont comparé les ratios de ces différents niveaux entre les deux groupes. Il s'avère que leurs travaux semblent démontrer que la maladie altère les taux de bêta-amyloïdes circulant dans le sang, et qu'il est ainsi possible de déceler plus tôt la maladie.

À quel stade pourrait-on détecter la maladie d’Alzheimer ?

A-t-on trouvé là un test de biomarqueurs fiable ? Peut-être, mais il faudra avant cela confirmer ces recherches à plus grande échelle. D'autre part, à partir de quel stade de la maladie d'Alzheimer ce test est-il possible ? Les auteurs l'ont démontré pour les patients atteints de trouble cognitif léger, alors que la démence a déjà commencé. Pourra-t-on remonter plus avant ? Telle est la question.

Grâce à cette découverte, les scientifiques espagnols espèrent désormais proposer des thérapies plus tôt aux malades. Mais elle pourrait aussi permettre d'enrôler des volontaires à des phases plus précoces dans des essais cliniques pour tester de nouveaux traitements.

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