Une récente étude écossaise suggère que les soignants et leurs proches ont deux à trois fois plus de risques d'être hospitalisés à cause de la Covid-19.


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    La pandémie causée par le SARS-CoV-2 touche le monde entier et l'ensemble de la population. Néanmoins, certains sont plus à risque que d'autres. C'est le cas des personnes en situation de précarité, avec un faible niveau socio-économique. Mais c'est aussi le cas de soignants et des membres de leur famille si l'on en croit les résultats d'une récente étude publiée par des chercheurs britanniques et écossais dans le British Medical Journal. 

    Un risque d'hospitalisation 2 à 3 fois supérieur pour les soignants et leurs proches 

    Dans cette étude, les données concernant des centaines de milliers de soignants et de personnes vivant avec des soignants, suggèrent que le risque de contracter la Covid-19 et d'être hospitalisé à cause de la maladie est deux à trois fois supérieur au risque de la population générale. Les soignants et leurs proches représentent 17,2 % (soit un patient sur six) des personnes hospitalisées. Fort heureusement, le risque absolu reste faible (passant de 0,06 % à 0,3 %)), notamment car les facteurs de risques majeurs et prépondérants restent l'âge et les comorbidités, et les données des scientifiques ne concernent que la population active.

    Pour autant, tous les postes de soignants ne se valent pas. Être en contact avec des patients Covid-19 accroît, sans surprise, les risques de contracter la Covid-19 en comparaison avec des soignants qui ne sont pas en contact avec ces patients. Ces derniers ont un risque similaire à celui de la population générale. Enfin, les soignants s'exposant aux risques les plus élevés sont ceux qui accueillent les patients à l'hôpital, suivi par ceux qui posent des dispositifs médicaux qui génèrent des aérosolsaérosols et enfin ceux qui travaillent en soins intensifs

    Compte tenu de ces résultats, les auteurs déclarent « qu'il est nécessaire de protéger les soignants et leur famille en plus de réduire le taux de reproduction du virus afin de maintenir un système de santé fonctionnel. Nos résultats devraient éclairer les décisions concernant l'organisation des services de santé, l'utilisation des équipements de protection individuelle et le redéploiement du personnel soignant ».

    Le risque d'être hospitalisé à cause de la Covid-19, selon le poste occupé par les soignants. © <em>British Medical Journal</em>
    Le risque d'être hospitalisé à cause de la Covid-19, selon le poste occupé par les soignants. © British Medical Journal

    Vivre avec le risque

    Comment les soignants et leur famille vivent-ils depuis le début de cette pandémie ? Comment gèrent-ils ce risque plus élevé qui pèse en permanence sur leurs épaules ? Nous sommes allés poser la question à certains d'entre eux pour en savoir plus. 

    Clémence est infirmière en cardiologie. Actuellement, son oncle est intubé à cause de la Covid-19. Elle décrit une angoisse quotidienne pour ses proches, plus que pour elle, son conjoint et son bébé. « Notre nounou nous a lâchés avec la Covid car elle nous considérait comme trop dangereux, donc ma mère et mon père qui approchent de la soixantaine gardent notre bébé. J'angoisse de leur rapporter le virus », raconte Clémence.

    Depuis le début de la pandémie en mars, Clémence et son conjoint respectent scrupuleusement les gestes barrières et la distanciation sociale. Dans leur cercle amical règne une incompréhension à leur égard. « Les gens ne comprennent pas qu'on ne vienne pas aux fêtes ou que nous n'invitions personne. On passe pour des fous. On exagère. Pendant ce temps, on voit tout notre entourage vivre une vie normale et insouciante. C'est très frustrant et ça nous écœure progressivement de notre métier de soignant. On minimalise nos sorties, notre vie sociale car on sait qu'on est de potentiels vecteurs du virus plus à risque que la population générale, et en plus de ça, on nous le reproche », déplore Clémence, non sans une certaine colère.

    À tout cela, déjà lourd à supposer, vient s'ajouter la fatigue physiquephysique et mentale. Clémence et son conjoint enchaînent les heures supplémentaires, le travail quotidien est devenu plus important qu'auparavant. Les répercussions sur l'amour de leur métier se font ressentir. « Je n'ai plus envie d'aller travailler. L'individualisme et l'égoïsme de certaines personnes me révoltent. Mais je suis soignante, je ne peux pas abandonner les patients. Qui prendra soin d'eux si je ne suis plus là ? », demande Clémence. Devant cette dissonance cognitive, elle trouve des stratégies pour faire face. « Je prends soin d'eux en imaginant que ce sont mes parents. Je me dis que je voudrais qu'on prenne soin de mes parents s'ils tombaient malades. Malgré tout, le cœur n'y est plus, les larmeslarmes coulent facilement, la patience et l'empathieempathie s'éloignent et la qualité des soins décline. Nous sommes fatigués, démotivés, et de moins en moins nombreux », se désespère Clémence.

    Vivre avec un risque permanent, c'est ce que vivent tous les soignants. © Polonio video, Adobe Stock
    Vivre avec un risque permanent, c'est ce que vivent tous les soignants. © Polonio video, Adobe Stock

    Gladys est infirmière en psychiatrie. Elle vit en colocation avec une autre collègue infirmière. Elle est très angoissée par cette deuxième vaguevague qui déferle sur l'Europe. « Au début de l'année 2020, j'étais angoissée pour les autres. Actuellement je le suis toujours pour les autres mais aussi pour moi-même. J'ai l'impression qu'il y a une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes, pouvant tomber à la moindre rencontre, au moindre défaut des gestes barrières. On sait que le risque est toujours présent, on fait attention à l'hôpital mais, au final, on se considère tout le temps comme étant des cas contactcas contact », raconte Gladys.

    Stéphane est le conjoint d'une infectiologue travaillant à l'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HPHP). De même que les autres soignants interrogés, ils limitent strictement leurs relations sociales depuis le début de la pandémie. « Nous sommes anxieux, forcément. On essaie quand même de maintenir une relation familiale avec nos parents et cela impose de réduire drastiquement nos relations amicales. Nous sommes angoissés par l'idée de contaminer nos parents et l'incapacité de gérer les risques de manière effective », relate Stéphane.

    Pour gérer les risques, Stéphane et sa conjointe respectent des mesures drastiques même hors période de restriction. « On suit à la lettre les mesures barrières et, personnellement, je suis en télétravail depuis le début de la crise. Et pour rendre le tout supportable psychologiquement, nous évitons maintenant de trop parler de la situation sanitaire ou de nous lancer dans des débats sur des sujets connexesconnexes (contagiosité des enfants, efficacité des restrictions, etc.) afin de limiter l'impact de stressstress de la situation. Ma compagne étant confrontée à ces sujets en permanence au travail, on se recentre sur des sujets positifs : notre bébé, notre nouvel appartement, nos passions communes. Nous fuyons aussi les émissionsémissions d'actualité sur le sujet », détaille Stéphane.


    Covid-19 : les personnels soignants durement touchés par la pandémie

    Par la rédaction de Futura, le 28/09/2020

    La pandémie de coronaviruscoronavirus de 2019-2020 a mis à rude épreuve la chaîne de distribution des équipements médicaux. La pénurie qui s'est déclarée dès le début de la pandémie a mis en danger les populations, mais aussi et surtout les personnels soignants, en première ligne de la lutte contre le virus.

    La pandémie de coronavirus de 2019-2020 a indéniablement mis à l'épreuve l'étanchéitéétanchéité des plans d'urgence au niveau mondial, révélant de sévères lacunes dans de nombreux pays. Parmi les tensions générées dès le début de la crise, l'attention des médias et du public s'est rapidement tournée vers la pénurie de personnels et de matériel médicaux. Bien que l'indisponibilité des masques chirurgicaux et du gelgel hydroalcoolique ait été un point focal de la crise, il est à noter que les équipements de protection individuelle au sens plus général (écrans faciaux, gants, blouses médicales, etc.), les thermomètresthermomètres, les lingettes désinfectantes, les lits, les respirateurs ou encore les ventilateurs sont également venus à manquer, mettant en danger la vie des patients mais aussi et surtout celle des personnels soignants.

    Les personnels soignants en première ligne 

    Une récente analyse menée par Amnesty International fait le triste constat de la vulnérabilité du personnel médical, en première ligne dans la lutte contre la pandémie de coronavirus. « Au moins 7.000 professionnels de santé dans le monde sont morts de la Covid-19 », lit-on sur leur site. « Le Mexique est en tête, avec 1.320 morts confirmées. » Les États-Unis viennent en seconde place avec 1.077 décès reportés, suivis du Royaume-Uni avec 649 morts. Le 2 septembre, l'organisation de la santé panaméricaine (PAHO) annonçait que le continent américain à lui seul rassemblait près de 570.000 personnels soignants infectés ! De nombreuses données manquent encore, mais les estimations suggèrent que les personnels soignants représenteraient au moins 10 % des personnes infectées au niveau mondial. 

    « <em>Au moins 7.000 professionnels de santé dans le monde sont morts de la Covid-19.</em> » © Adobe Stock, amazing studio
    « Au moins 7.000 professionnels de santé dans le monde sont morts de la Covid-19. » © Adobe Stock, amazing studio

    Se sacrifier pour mieux sauver n'est pas une solution 

    Steve Cockburn, en tête du service Justice sociale et économique chez Amnesty International commente : « Que 7.000 personnes meurent en essayant d'en sauver d'autres est l'indicateur d'une crise aux proportions inégalées. Chaque professionnel de santé a le droit de se sentir en sécurité au travail, et c'est un scandale qu'un tel nombre d'entre eux paient de leur vie. » En dépit des mesures prises pour répondre aux pénuries de matériel, les personnels soignants sont encore sous-équipés et surchargés de travail. 

    Que 7.000 personnes meurent en essayant d'en sauver d'autres est l'indicateur d'une crise aux proportions inégalées

    « Après plusieurs mois de pandémie, [ils] continuent de mourir à des taux terrifiants », poursuit Cockburn. La montée rapide du nombre de contagions en Inde et en Afrique du Sud inquiète et renforce le besoin urgent de prendre des mesures supplémentaires. « Une coopération globale est nécessaire pour s'assurer que les professionnels de santé disposent des équipements de protection adéquats, afin qu'ils puissent poursuivre leur tâche vitale sans y risquer leurs propres vies. » 

    Les personnels soignants sont en première ligne dans la lutte contre le coronavirus, mais font également partie des premières victimes. © Adobe Stock, Mikhaylovskiy
    Les personnels soignants sont en première ligne dans la lutte contre le coronavirus, mais font également partie des premières victimes. © Adobe Stock, Mikhaylovskiy

    Une société prise de court par la pénurie

    L'indisponibilité des équipements de protection et de soin n'affecte pas uniquement le monde médical, mais participe aussi à une diffusiondiffusion accrue du virus parmi la population générale, menaçant en particulier les individus vulnérables, parfois incapables de se protéger adéquatement. Dès le début de la pandémie, la chaîne d'approvisionnement traditionnelle a été saignéesaignée à blanc par la demande, contraignant les gouvernements et les hôpitaux à contracter avec des fournisseurs parfois douteux, sans possibilité de procéder d'abord à un appel d'offres ou de s'assurer de la conformité du matériel proposé.

    Vers de nouvelles marketplaces médicales 

    Plusieurs solutions commerciales et gouvernementales ont depuis été mises en place afin de centraliser les produits, les fabricants et les distributeurs en un seul point. Côté européen, une plateforme dédiée au matériel médical a été créée pour répondre directement aux besoins pressants du monde de la santé, dans la mesure où de nouveaux stocks parviennent à être formés. Malgré tout, plus de mesures seront nécessaires afin de garantir la santé des personnels soignants, et de tous.