L’Afrique, continent sous-diagnostiqué. © Igor Link, Adobe Stock
Santé

Afrique : 6 cas sur 7 de la Covid-19 y seraient indétectés

ActualitéClassé sous :Coronavirus , Epidémie , Afrique

Le nombre de tests menés en Afrique est ridiculement faible, ce qui expliquerait en grande partie la sous-estimation du nombre de cas de Covid-19, selon l'OMS. La mortalité demeure malgré tout modérée, en raison de la jeunesse de la population.

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Officiellement, 8,4 millions de personnes ont été contaminées par le coronavirus SARS-CoV-2 en Afrique, qui a fait 214.000 morts. Le chiffre paraît extrêmement faible au vu d'une population de 1,37 milliard d'habitants. Par comparaison, l'Europe comptabilise 62 millions de cas pour une population de 747 millions. Certains ont avancé des explications plus ou moins convaincantes pour expliquer cette situation : faible densité de population, moindre circulation des personnes, conditions climatiques ou même immunité pré-existante grâce à d'autres vaccins. Mais, pour l'Organisation mondiale de la Santé, la raison de ce chiffre extrêmement faible est toute simple : le manque de tests. D'après l'OMS, six cas sur sept (14,2 %) passeraient ainsi sous les radars, et le nombre de personnes contaminées en Afrique s'élèverait plutôt à 59 millions qu'à 8,4 millions.

Nombre cumulé de cas par région (au 18 octobre 2021). © Our World in Data
Ce que nous voyons est juste la pointe de l’iceberg

Pour effectuer ces estimations, l'OMS a utilisé le calculateur Resolve to Save Lives, qui estime le nombre d'infections en fonction du nombre déclaré de cas et de décès et d'un taux de mortalité fondé sur les paramètres démographiques de la population (âge, sexe...).

« À ce jour, la détection de la Covid-19 en Afrique s'est concentrée sur les personnes se rendant dans les établissements de santé et présentant des symptômes, ainsi que sur les voyageurs internationaux dans les aéroports, ce qui a conduit à une sous-déclaration à grande échelle compte tenu du pourcentage élevé de cas asymptomatiques sur le continent, explique l'OMS. Ce que nous voyons est juste la pointe de l'iceberg ».

Nombre de cas recensés par million d’habitants (au 18 octobre 2021). © Our World in Data

Offrir des tests de diagnostic rapides

Depuis le début de la pandémie, à peine 70 millions de tests ont été effectués dans les pays africains. Par comparaison, l'Angleterre, qui représente à peine 10 % de la population africaine en a mené 280 millions. « Avec des tests limités, nous continuons de naviguer à l'aveugle », regrette l'OMS, qui a lancé une initiative communautaire pour augmenter le taux de détection.

« Plus de tests signifie un isolement rapide, moins de transmission et plus de vies sauvées grâce à une action ciblée », justifie l'organisation. 1,8 million de dollars (1,54 million d'euros) a ainsi été versé à huit pays africains (Burundi, Côte d'Ivoire, RDC, Guinée-Bissau, Mozambique, République du Congo, Sénégal et Zambie) pour déployer des équipes dans des communautés locales et offrir des tests de diagnostics rapides. L'objectif est d'atteindre le seuil recommandé par l'OMS, soit 10 tests pour 10.000 habitants.

Entre 65 et 85 % des infections à la Covid-19 en Afrique génèrent peu ou pas de symptômes

Mais si le sous-signalement est la principale explication au faible nombre de cas, pourquoi ne voit-on pas la mortalité exploser ? La raison serait ici démographique, la population africaine étant plutôt jeune et donc moins à risque de développer des formes graves. « Les estimations montrent qu'entre 65 et 85 % des infections à la Covid-19 en Afrique génèrent peu ou pas de symptômes», pointe l'OMS. Par conséqent, l'Afrique comptabilise à peine 214.000 morts, soit moins que la Russie à elle seule.

Même en prenant en compte le redressement de l'OMS, la circulation du virus en Afrique semble relativement modérée au vu des conditions de vie sur le continent (moindre hygiène, proximité, faible respect des gestes barrière...). Mais le faible taux de vaccination (seul un tiers des 54 pays du continent ont vacciné plus de 10 % de leur population et près de la moitié ne dépasse pas le seuil de 2 %) fait craindre aux spécialistes une reprise de l'épidémie et l’émergence d’un nouveau variant. Scénario prédit depuis des mois et qui ne s'est jusqu'ici jamais réalisé.

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