Les cheveux contiennent la « signature » de notre alimentation. © deagreezn, Adobe Stock
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Donne-moi tes cheveux, je te dirai ce que tu manges

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Le ratio des isotopes de carbone et d'azote détectés dans les cheveux permet de retracer le type de régime alimentaire d'une personne. Cette analyse chimique permet même d'estimer le prix de la coupe de cheveux !

Le travail de scientifique commence parfois par faire les poubelles. C'est en ramassant des cheveux chez les coiffeurs et les barbiers de 65 villes des États-Unis que James Ehleringer et ses collègues ont pu déterminer comment le type d'alimentation diffère en fonction du lieu d'habitation et du statut socio-économique. Les chercheurs se sont notamment intéressés à la consommation de protéines, que l'on peut détecter au travers des isotopes de carbone et d'azote. Ces derniers forment la « signature » du type de plantes ou d'animaux consommés et sont détectables dans les cheveux. Plus le ratio carbone/azote est élevé, plus le régime est riche en végétaux. Plus le ratio est bas, est plus le régime est carné. Les isotopes de carbone permettent aussi de distinguer les végétaux à photosynthèse dits C3 (herbes, légumes, légumineuses, arbres...) et les végétaux de type C4 (graminées, maïs, canne à sucre...).

Les personnes défavorisées consomment davantage de viande. © ercan senkaya, Adobe Stock

Plus on est pauvre, plus on mange de la viande de basse qualité

Les chercheurs ont comparé les échantillons avec des données économiques issues de l'US Census data pour étudier la façon dont le statut social et le niveau de vie influent sur l'alimentation. « Nous avons récolté une ou deux poignées de cheveux chez les coiffeurs que nous avons ensuite triés en groupes identifiables représentant des individus », explique James Ehleringer, principal auteur de l'étude parue dans PNAS. Les chercheurs ont ainsi découvert que le maïs était plus prédominant dans les zones à faible niveau de revenu, les mangeurs de viande dans ces zones consommant davantage d'animaux nourris au maïs, que l'on retrouve beaucoup dans la nourriture de type fast food. De manière générale, alors que les protéines dérivées de l'animal représentent 57 % du régime alimentaire en moyenne, ce ratio peut aller jusqu'à 75 % dans les zones à faible statut socio-économique. En d'autres termes, plus on est pauvre, plus on mange de viande. Ce qui peut sembler contre-intuitif, vu que la viande est censée être plus chère que les légumes ou les céréales.

Estimer le prix d’une coupe à partir d’un cheveu

En poursuivant leurs investigations, les chercheurs ont découvert que les rapports isotopiques sont également corrélés avec le taux d'obésité. Ils sont pour cela allés chercher les données des permis de conduire pour calculer les tendances d'indice de masse corporelle pour des codes postaux particuliers. Comme on pouvait s'y attendre, les personnes les moins favorisées ont un taux d'obésité supérieur et consomment davantage de protéines de basse qualité. Plus surprenant, l'analyse des échantillons a également permis d'évaluer... le prix de la coupe de cheveux. « Nous n'avions pas imaginé qu'il serait possible d'estimer le coût moyen qu'un individu paye pour sa coupe en connaissant les valeurs des isotopes de carbone », s'amuse James Ehleringer.

Des analyses plus fiables que les questionnaires alimentaires

« Cette approche est particulièrement intéressante, car contrairement aux questionnaires alimentaires, elle n'est pas biaisée par des souvenirs erronés », font valoir les auteurs. L'analyse isotopique des cheveux peut ainsi constituer un outil fiable pour évaluer les risques sanitaires d'une communauté ou cerner les choix alimentaires des différents groupes d'âge et des différents groupes socio-économiques, indique l'étude. Quand les cheveux parlent, ils ne mentent pas.

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