Cela pourrait fournir de nouveaux scénarios exaltants aux Experts : une nouvelle méthode d’identification permet désormais de confondre un coupable avec un simple cheveu sans aucun ADN et avec un très haut niveau de fiabilité.

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En matièrematière de police scientifique, l'ADN fait aujourd'hui figure de preuve reine. Cette méthode n'est pourtant pas infaillible, l'ADNADN pouvant être lui-même contaminé par simple contact ou faire l'objet d'une présence fortuite. Surtout, on ne dispose pas toujours de suffisamment d'ADN pour établir une probabilité suffisante de correspondance. Ces dernières années, les experts scientifiques ont donc investigué une autre méthode, basée sur le cheveu.

Tout ce que le cheveu révèle de vous

Le cheveu est dépourvu d'ADN dès lors que le folliculefollicule pileux n'y est pas rattaché. En revanche, il est constitué de kératinekératine, une famille de protéinesprotéines dont les séquences d'acides aminésacides aminés dépendent du type de cheveu et sont spécifiques à chaque personne. En comparant ces séquences d'acides aminés avec des bases de donnéesbases de données existantes, comme les bibliothèques génétiquesgénétiques, on peut en déduire le sexe, l'âge, l'origine, ou la massemasse corporelle d'un suspect. Cette technique d’identification souffre cependant d'un gros problème : pour extraire les acides aminés, il faut chauffer et broyer le cheveu plusieurs fois, ce qui dénature une grande partie des protéines. Du coup, il ne reste pas toujours suffisamment de matière pour détecter un nombre de variations permettant d'établir l'identification.

Le saviez-vous ?

Le cheveu est un indice particulièrement intéressant pour les enquêteurs. D’abord, il est très fréquent d’en trouver sur une scène de crime : chaque humain perd en moyenne 50 à 150 cheveux chaque jour. D’autre part, les protéines se conservent bien plus longtemps que l’ADN, qui se dégrade rapidement en présence de chaleur ou d’humidité. Enfin, l’analyse du cheveu permet de confirmer une preuve ADN lorsqu’on ne dispose pas de suffisamment de matière pour un test fiable.

Un nouveau « code peptidique » du cheveu

Une équipe de chercheurs affirme aujourd'hui avoir résolu ce problème, grâce à une méthode décrite dans le Journal of Forensic Sciences. Cette technique d'extraction consistant à chauffer les cheveux dans une solution détergente ne nécessite qu'une seule étape et supprime le broyage. On peut ainsi isoler une quantité suffisante de protéines à partir d'un morceau de cheveu d'un centimètre à peine, avec une sensibilité huit fois supérieure à celles des techniques utilisées habituellement.

Les séquences d’acides aminés de la kératine des cheveux sont spécifiques à chaque individu. © Kateryna_Kon, Adobe Stock
Les séquences d’acides aminés de la kératine des cheveux sont spécifiques à chaque individu. © Kateryna_Kon, Adobe Stock

Les chercheurs ont également découvert de nouveaux éléments constitutifs des protéines, appelés « peptidespeptides à variantes génétiques » (GVP) et qui diffèrent selon les individus car elles sont construites en fonction du code génétiquecode génétique de chacun. « Plus vous avez de GVP, plus vous pouvez distinguer les gens les uns des autres, explique au site Science Zheng Zhang, principal auteur de l'étude. C'est l'équivalent d'avoir des allèlesallèles supplémentaires dans un profil ADN ». Ces marqueurs pourraient venir s'ajouter à ceux de la base de données peptidique du NISTNIST (National Institute of Standards and Technology) et être utilisés dans les affaires criminelles. « Une recherche dans la base de données actuelle permet d'identifier seulement 11 % des peptides, alors qu'une recherche hybridehybride incluant les GVP en trouve 75 % », assurent les auteurs.

Mais on est encore loin des prétoires : cette nouvelle méthode d'extraction prend du temps (plus d'une journée) et nécessite une technique et une expertise sophistiquées. On ignore aussi dans quelle mesure ces marqueurs capillaires peuvent changer selon l'âge ou être altérés par des modifications chimiques (coloration pour cheveux, par exemple).