Le musée Grévin à Paris est la propriété de la Compagnie des Alpes, qui détient aussi le parc Astérix et qui souhaite implanter des musées en Europe, en Asie et au Canada. Par le passage Jouffroy, l'accès au musée Grévin et le bas-relief d'Alexandre Barbiéri. © Rémy Jouan, Wikimedia Commmons, CC by-sa 3.0

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Quelle est l'origine du musée Grévin à Paris ?

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Le musée Grévin est un lieu touristique incontournable, situé près des grands boulevards, à Paris, dans le 9e arrondissement. Le musée de cire est célèbre pour ses personnages, plus vrais que nature, et ne désemplit pas depuis son ouverture en 1882.

Petits et grands, il n'y a pas d'âge pour s'émerveiller devant ces étonnantes reconstitutions historiques, pour revivre les grands moments de l'actualité, explorer des mondes imaginaires, côtoyer la jet-set, les stars de la musique. Personne ne résiste au plaisir de se prendre en photo avec les grands personnages politiques, faire semblant de se mesurer aux grands sportifs ou encore de prendre la pose avec le Grand blond avec une chaussure noire. Pas moins de 300 personnages sont présentés au musée Grévin. Mais quelle origine de ce musée, propriété de la Compagnie des Alpes, fréquenté par 700.000 visiteurs, chaque année  ?

Prenez la pose au musée Grévin. Ici, avec l'acteur Omar Sy. © Sylvain Cambon, musée Grévin

Naissance du musée Grévin, à Paris

En 1881, Arthur Meyer, patron de presse et directeur du journal Le Gaulois, s'interroge sur la meilleure façon de répondre à la curiosité de ses lecteurs :ils aimeraient mettre un visage sur les noms des personnalités citées dans son quotidien, voir leurs têtes... Il fait alors appel à son caricaturiste et créateur de costumes de théâtre, Alfred Grévin. Souvenons-nous que la caricature, au XIXe siècle, remplace la photo qui n'était pas encore d'usage dans la presse.

Alfred Grévin, un drôle de zig !

À ses débuts, Alfred Grévin, simple employé de la ligne de chemin de fer, ne pense qu'à s’amuser en croquant ironiquement la société du XIXe siècle. Pour arrondir ses fins de mois, il met ses talents de dessinateur au service de la presse de l'époqueLe GauloisLe journal amusantLe Petit journal pour rire et le Charivari et l'Almanach des Parisiennes. Grévin a un style reconnaissable entre tous, une patte burlesque qui fait le succès des personnages de cire dont Meyer lui confie la fabrication. Quand Meyer ouvre le musée, en juin 1882, le succès est immédiat, croissant d'autant avec l'aide du mécène, Gabriel Thomas.

Alfred Grévin vers 1870 © Goupil Company, Paris, Wikimedia Commons, Domaine public

Des spectacles de magie et séances de prestidigitations sont organisés par de grandes vedettes de la magie, dont Carmelli et Meliès qui fut, avant d'être un réalisateur, un génial illusionniste (Garcimore et Majax s'y sont aussi produits au XXe siècle). Le Cabinet fantastique est alors une attraction très courue. Une autre va la supplanter, en 1892.

La première projection de pantomimes lumineuses

C'est ici, au musée Grévin, qu'eut lieu la première projection d'un dessin animé sur grand écran, Pauvre Pierrot. Son créateur, Charles-Emile Reynaud, perfectionnant son praxinoscope, met au point son théâtre optique, aboutissement de 15 années de recherche. Il est l'un des inventeurs du cinéma, avec mais avant les frères Lumière (1895), pionnier en matière de projections lumineuses. De 1892 à 1900, un demi-million de spectateurs ont applaudi ces pantomimes lumineuses.

Première représentation publique du théâtre d'optique de Reynaud © Illustration Louis Poyet, Wikimedia Commons, Domaine public

Le musée Grévin, l'art du faux vrai

Les salles à thèmes sont nombreuses et riches et le musée Grévin a conservé la beauté de ses lieux : le grand escalier de marbre, la coupole, la salle des colonnes. Le palais des mirages, restauré en 2006, est un kaléidoscope géant. Cette attraction a été créée à l'occasion de l’exposition universelle de 1900. Elle se base sur des effets de perspectives et de réflexions sur des miroirs. Créé en 1900 par l'architecte Rives, le théâtre, avec son authentique décor baroque d'époque, est inscrit à l'inventaire supplémentaires des Monuments historiques : le rideau de scène est une toile originale du peintre et affichiste, Jules Chéret ; le haut-relief Les Nuées, au-dessus de scène, est l'œuvre du sculpteur Antoine Bourdelle.

Comment sont choisies les statues de cire ?

L'académie Grévin, créée en 2001, fait d'abord appel aux internautes qui choisissent leurs personnalités préférées puis, élit quatre à six célébrités pouvant faire l'objet d'un clonage en cire. Sa présidence est assurée, à tour de rôle, par des personnalités connues telles que Bernard Pivot, Stephane Bern. Il faut ensuite six mois pour fabriquer une statue de cire. Tout l'art consiste donner vie et de les mettre en scène dans leur cadre de leur activité.

Depuis son ouverture, le musée a fabriqué environ 2.000 personnages, scénarisation comprise, qui sont remplacés ou fabriqués en fonction de l'actualité. Certaines figures sont très anciennes, comme Jeanne d'Arc sur le bucher ; les reconstitutions historiques des « Tableaux de la Révolution française » (la captivité de Louis XVI) et notamment le fameux tableau La mort de Marat, sont exposées depuis 1889.

Les humoristes, Stéphane Rousseau et Franck Dubosc, plus vrais que nature, au musée Grévin à Montréal (Canada). © Eliedion, Wikimedia Commons, by-sa 3.0

La fabrication des personnages du musée Grévin

La première étape consiste à prendre toutes les mesures du visage et du corps, jusqu'à la longueur des cils, la taille de la pupille, avec tous les moyens techniques désormais disponibles : photos, vidéos, images en 3D. Plusieurs séances sont nécessaires pour prendre les empreintes de corps qui sont modelées en terre ; les visages sont modelés en terre glaise ou plastiline.

La réalisation d'un personnage nécessite l'intervention d'une quinzaine de corps de métiers : sculpteur, mouleur, peintre, coiffeuse-implanteuse, costumière, prothésiste dentaire, prothésiste oculaire, accessoiristes, décorateur... Ingénieur : en décembre 2002, Henri Salvador est le premier personnage sonorisé ! Il se met à rire dès quelqu'un passe devant lui. Pour le couturier, Jean-Paul Gauthier, il fallut 250.000 cheveux naturels, implantés uns à un, 22 litres de peintre, 3 kg de cire utilisée !

À savoir

Jusqu'au XVIIe siècle, lorsqu'un membre de la famille royale venait de mourir, il était courant de fabriquer et d'exposer son masque funéraire. Aussi, lorsqu'au siècle suivant, le médecin anatomiste, Philippe Mathé-Curtz (Curtius) qui est aussi et sculpteur de visage sur cire, s'installe à Paris, il rencontre un franc succès et ne tarde pas à se faire connaître grâce au portrait qu'il réalise de Madame du Barry. Sa nièce adoptive le rejoindra plus tard, une certaine Madame Tussaud qui ne tarde pas à exceller aussi dans l'art de la représentation de visage en cire.

La tradition se généralisant, et lors la Révolution française, elle moule les visages morts de Marat, Robespierre et du couple royal. Au XIXe siècle, la tradition est bien installée et plusieurs cabinets d'expositions tenteront d'égaler la qualité d'exécution sans y parvenir... Jusqu'au musée Grévin.

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