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Le cratère de Rochechouart

Dossier - Terre de France : un parcours géologique
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Ce voyage dans le temps débute il y a 500 millions d'années en Bretagne, rend visite aux dinosaures du Jurassique en Bourgogne et du Crétacé en Provence, passe par le soulèvement des Alpes, la construction des volcans d'Auvergne et l'assèchement de la Méditerranée, et se termine par l'arrivée d'Homo sapiens sur le littoral français.

  
DossiersTerre de France : un parcours géologique
 

La fin du Trias est marquée en France par un désastre : l'impact d'un astéroïde sur le versant ouest du Massif Central, qui explose avec la force de 15 millions de bombes de Hiroshima. La déflagration creuse un cratère de 20 kilomètres de diamètre, et ravage la biosphère dans un rayon de 200 à 500 kilomètres autour du point zéro.

Ce cratère de Rochechouart-Chassenon n'est plus reconnaissable aujourd'hui, sa cuvette ayant disparu sous l'action d'une implacable érosion. Les remparts et les terrasses circulaires ont été effacés du paysage, et il ne reste des roches d'impact que quelques rares lambeaux de terrain, dégagés par les rivières ou mis à nu dans les carrières.

Le point zéro de la catastrophe est localisé sur le versant ouest du Massif Central, entre Limoges, Angoulême et Poitiers. Pour nous rendre sur les lieux de l'impact, il nous faut gagner la frontière de la Charente et de la Haute-Vienne. En venant de Poitiers, Limoges ou Angoulême, on atteint la bordure invisible du cratère aux alentours de Saint-Junien, et l'on s'enfonce vers le point zéro par la D29 ou la D675, en direction de Rochechouart.


À Rochechouart, Claude Marchat présente les roches d'impact, sur les façades des maisons.
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Pittoresque village de 4000 âmes, Rochechouart respire aujourd'hui la tranquillité. Peu de voitures circulent dans ses rues étroites, où joue une fontaine et où les choucas voltigent et piaillent autour de son église au curieux clocher torsadé. Linteaux et sculptures du Moyen Âge ornent les plus anciennes maisons, restaurées avec soin, et des pierres multicolores, aux dominantes vertes, rouges et violettes, décorent la plupart des façades. Jouxtant le village, bâti des mêmes pierres, un château du XIIe siècle se dresse sur un éperon rocheux, dominant le ruisseau de la Graine en contrebas.

Les roches de l'éperon rocheux, tout comme les pierres des maisons et du château, ont quelque chose de spécial, si on les regarde de près. Certaines ont l'air volcaniques et montrent la texture fluide d'un tuf de cendres, d'autres sont des « puddings » de fragments de roche de différentes origines, fracassés et soudés ensemble.

Les villageois entretiennent cet héritage avec fierté, et la mairie a fait construire des trottoirs et des fontaines en pierre d'impact. Même la boulangerie propose une pâtisserie originale en forme de patate, appelée « la météorite ».

Sous l'impulsion de Claude Marchat, le site est désormais reconnu Réserve Naturelle Française, et en Europe fait partie du réseau Geoparks. Un nouvel espace muséographique, agrémenté d'un parcours de découverte autour du village, devrait voir le jour à l'horizon 2010.