Planète

L'Hettangien et la réserve naturelle d'Hettange-Grande

Dossier - Tourisme en Lorraine
DossierClassé sous :géographie , cristal , Baccarat

La Lorraine est une région riche : il n'y a pas que les mines, maintenant fermées, il n'y a pas que Verdun, et sa bataille tristement célèbre. Le territoire est surprenant de découvertes et d'activités. La nature mais aussi le cristal, la céramique, les émaux, la géologie, sans oublier la mirabelle sont autant d'atouts pour la Lorraine !

  
DossiersTourisme en Lorraine
 

La réserve naturelle d'Hettange-Grande, au nord de la Lorraine, en Moselle, renferme un patrimoine naturel mondial : le stratotype de l'Hettangien.

La réserve naturelle d'Hettange-Grande est située à deux pas de la Belgique, du Luxembourg, de l'Allemagne. Elle est la seule réserve géologique de Lorraine et l'une des 12 de France.

La réserve naturelle d'Hettange-Grande est le stratotype de l'Hettangien. Ici, Gryphaea arcuata (Lamarck, 1801, France). © Parent Géry, CC by-sa 3.0

Géologie : le stratotype de l'Hettangien

L'Hettangien correspond au premier étage du Jurassique inférieur ; les bivalves et gastéropodes sont assez fréquents à cette époque mais les nautiles y sont nettement moins courants, de même que les dents de requins. Cet étage, à la base du système Jurassique, a été daté de -205 à -201 millions d'années.

Paléogéographie au Lias. © DR

L'histoire du stratotype de l'Hettangien, préservé depuis 1985 par le statut de réserve naturelle (Hanzo, 1994), débute avec l'observation de Victor Simon en 1828. Malgré les travaux du géologue suisse Renevier en 1864, elle n'aboutit pas à un consensus immédiat :

  • d'une part, pas avant la fin du XIXe siècle pour sa reconnaissance en tant qu'étage ;
  • d'autre part, pas avant 1962 pour sa position exacte sur l'échelle stratigraphique internationale, intimement liée à celle du Rhétien, pour lequel seul Olry Terquem plaida en faveur d'un âge triasique.
La réserve géologique d'Hettange-Grande, en Moselle. © Bubudu57, Wikimedia Commons, CC by 3.0

La controverse, dont le noyau dur se situe entre 1842 et 1868, a des arguments géologiques : paléontologique (gryphées), stratigraphique (faille de Boust) et pétrographique (faciès gréseux et sableux et siliceux). Deux écoles de pensée s'affrontent :

  • celle de la géologie appliquée, surtout industrielle et agronomique ;
  • celle, plus fondamentale, de la paléontologie stratigraphique représentée par Olry Terquem, précurseur dans ce domaine en France.

On assiste à l'affrontement de la caste toute puissante du corps des mines avec les universitaires et les amateurs dont la contribution à cette jeune science mérite d'être rappelée.

Plus d'informations à propos de la réserve naturelle sur le site reserves-naturelles.org.

Plan de la réserve. © DR

Que trouve-t-on dans la réserve d'Hettange-Grande ?

À l'Hettangien, la région d'Hettange se trouve sous la mer, à faible distance d'une terre émergée située plus au nord et qui forme aujourd'hui les massifs de l'Eifel, le Hünsrück (Allemagne) et l'Ardenne (France, Belgique, Luxembourg).

Dans cette mer chaude et peu profonde, se déposent en alternance des boues argilo-carbonatées et des sables carbonatés à l'origine des bancs pluridécimétriques de calcaires et de marnes du calcaire à gryphées (mollusques de type bivalves proches des huîtres actuelles).

Calcaire à gryphées. © DR

Dans ce dernier, s'intercalent d'autres sédiments : au large de l'embouchure d'un fleuve important, les dépôts sont essentiellement des sables quartzeux, à l'origine du grès d'Hettange, massif, épais de 25 m à Hettange, et qui s'amincit et disparaît rapidement vers le sud ; seule la partie supérieure, formant l'Hettangien supérieur (à -201 Ma environ), est visible dans la carrière ; le reste est connu par sondage.

Parfois, des tempêtes entraînent et déposent des coquilles d'animaux et des galets, formant des lits de sables coquilliers aujourd'hui cimentés en une roche dure : la lumachelle ; c'est cette roche très fossilifère qui a motivé le choix d'E. Renevier.

Calcaire à gryphées. © DR

La pierre grise ou calcaire à gryphées

Les grès de la carrière Gries furent exploités jusqu'au milieu du XXe pour l'extraction de matériaux de construction (pavés, moellons, sable). Dans cette région à dominante calcaire et marneuse, le site se distingue par la nature gréseuse d'une grande partie des affleurements qui confère à la flore un caractère particulier.

À part la vente de débris aux fours à chaux, la destination prédominante de la pierre grise était la taille. On n'exploitait donc pas les bancs superficiels ou fragiles. La consigne était de traiter les pierres avec précaution, en évitant les chocs qui pouvaient provoquer des microfissures ou des refends.

L'exploitation s'effectuait en escaliers et consistait à poser un gabarit sur la dalle supérieure mise à nu, à opérer une saignée et à creuser des trous dans la saignée pour y ficher les coins de bois. C'était le havage. L'opération terminée, il fallait procéder au levage, au décollement du banc havé : le soir, on arrosait d'eau les coins secs pour qu'ils gonflent. Simultanément, on enfonçait des barres métalliques entre la dalle supérieure et la dalle inférieure pour faire levier et aider au décollement. C'était un exercice très dangereux.

Le lendemain, à l'aide d'un palan, on descendait le bloc de pierre, le plus souvent une grande dalle, de plusieurs centaines de kilos, sur le sol de la carrière.

Exploitation de carrière de pierre de taille. © DR

L'Hettangien ailleurs en France

Il y a d'autres affleurements d'Hettangien en France, par exemple dans le Rhône ou en Vendée. Juste sous l'Hettangien de Vendée, se trouve un des plus grands gisements de traces de dinosaures fossiles, d'ailleurs aussi protégés maintenant.

Faille de Saint-Jean-des-Vignes (69). © DR

Calcaires de l'Hettangien

Dans l'Hettangien, on remarque successivement :

  • des bancs de calcaires marneux ;
  • des calcaires sublithographiques (choin bâtard dans la région lyonnaise) ;
  • des calcaires marneux et marnes bleues à gypse ;
  • des calcaires cristallins.

Dans l'Hettangien, on remarque :

  • le calcaire sublithographique ou « choin bâtard », un calcaire à grains très fins ;
  • le calcaire jaune à Chlamys (lamellibranches).
Choin bâtard à La Barollière (69). © DR
Chlamys. © DR

Il y a, bien sûr, beaucoup d'autres fossiles dans ces étages et encore des ammonites...