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Fourmis et moutons aident à restaurer la réserve de la plaine de la Crau

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Pour aider à la restauration écologique de la réserve naturelle des Cossouls, abîmée en 2009 par une fuite massive d'hydrocarbures, des scientifiques du CNRS et de l'IMBE ont trouvé de bons alliés : des moutons et des fourmis.

Un mouton Mérinos chargé de participer à la restauration de la végétation du cossoul. © Lee Torrens/shutterstock.com

En août 2009, un oléoduc de la SPSE (Société du pipeline sud-européen), d'un réseau installé sur l'Allemagne, la France et la Suisse, se mettait brutalement à fuir au beau milieu de la réserve naturelle Coussouls de Crau, dans les Bouches-du-Rhône. Cette marée noire souterraine menaçait la nappe phréatique sous-jacente mais aussi la végétation de ce « cossoul », une steppe exceptionnelle en Europe occidentale.

Outre l'évacuation de 72.000 tonnes de terre après la pollution, la SPSE continue, trois ans plus tard, de pomper le pétrole au-dessus de la nappe phréatique à raison de 200 litres par semaine. L'entreprise est de longue haleine : elle prendra encore plus d'une dizaine d'années pour éliminer les traces de la catastrophe. En surface, la nature reprend lentement ses droits. Et pour l'aider, les chercheurs de l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale (IMBE) ont décidé de faire appel... aux fourmis.

« Parmi la trentaine d'espèces présentes ici on a cherché celle qui transporte les graines pour se nourrir », explique, au milieu de cette étendue aride balayée par les vents, Marielle Renucci, spécialiste des insectes. Le choix s'est porté sur la Messor barbarus, fourmi monogyne qui, une fois fécondée, peut fonder une colonie à elle toute seule. Après un vol nuptial à la fin de l'été, la femelle fécondée s'arrache les ailes et creuse un trou pour y passer l'hiver. Devenue reine fondatrice, elle y pond ses œufs d'où sortiront des ouvrières des deux sexes qui formeront en trois ans environ une colonie de plusieurs milliers d'individus. Chaque fourmi emporte une graine voire un épi à chacune de ses sorties hors du nid. « Ce transport peut aller jusqu'à 30 mètres », soit l'équivalent d'une marche de 10 km pour un être humain, ajoute l'experte. « Ces pérégrinations sont efficaces pour la dissémination des graines des espèces que nous voulons voir s'installer en grand nombre », précise Thierry Dutoit, professeur et conseiller scientifique du CNRS et de l'IMBE.

Le cossoul est une végétation de type steppe, tout à fait particulière et à peu près unique en Europe occidentale. En août 2009, un oléoduc s'est rompu et a libéré son pétrole dans le sol, au sein de la réserve Cossouls de Crau, affectant environ 5 hectares en surface. © RNCC/CEEP (photo publiée sur le site de la réserve)

L'aide des fourmis : 50 % de succès

Au total, quelque 200 « fourmis ingénieures » seront installées sous des galets numérotés après avoir été sélectionnées dans la nature et surveillées en laboratoire par les chercheurs de cette expérience « unique au monde », selon eux. Sous le galet numéro 35, Erick Provost, autre expert des fourmis à l'IMBE, installe délicatement celle qu'il vient d'extraire de son tube à essai. « Je l'ai prélevée dans un jardin public à Marseille et là je lui creuse un petit tunnel pour lui faciliter le travail », raconte-t-il en humidifiant le sol avec de l'eau. « Jusqu'ici, sur les premières reines installées, on a eu 50 % de succès. » « La pollution aux hydrocarbures a détruit cinq hectares d'un écosystème en quelques heures alors que la restauration se fera sur une échelle de temps correspondant à plusieurs vies humaines », souligne Thierry Dutoit.

À quelques centaines de mètres des sites de fourmis, un berger fait paître son troupeau de près de 800 moutons Mérinos sur les anciens vergers industriels de la Cossure. À la faillite du propriétaire en 2008 après vingt ans de culture intensive de pêchers pulvérisés tous les 15 jours de pesticides détruisant pratiquement tous les insectes, les 357 hectares laissés à l'abandon ont été rachetés par la Caisse des dépôts et consignations biodiversité en partenariat avec la chambre d'agriculture locale. Le projet, sur trente ans, doit permettre de restaurer, autant que faire se peut, le paysage originel de la steppe façonnée par des millénaires d'interaction entre le climat, les sols pauvres et le pastoralisme ovin.

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