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Aqueduc de la Dhuys, une grande coulée verte

Dossier - Le bassin Parisien
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Le Bassin parisien est une des grandes régions naturelles de France. Il occupe le centre de la moitié Nord du pays, la géologie en est particulière, la craie est rare, en effet… la nature y est belle aussi et des « coins » peu connus invitent à la découverte !

  
DossiersLe bassin Parisien
 

L'aqueduc de la Dhuis ou Dhuys est un aqueduc enterré qui alimente Paris (Pré St Gervais) en eau potable.

Un siphon de l'aqueduc

Long de plusieurs dizaines de kilomètres il est aussi la plus longue prairie naturelle de la région. Milieu artificiel, des plantes intéressantes s'y sont implantées ...et des variations de l'altitude des couches géologiques permettent des sols différents ...
Le limon siliceux des plateaux à chênes sessiles
Le calcaire de Brie en dessous
Les marnes vertes humides plus bas
- Parfois des terres agricoles (pauvres en espèces)
Ainsi au fil des kilomètres se suivent des espèces  écologiquement différentes :
- Ornithogale des Pyrénées 
- Aristoloche

Aristoloche

- Tetragonolobe
- Orchis pourpre et autres orchidées
Mais encore la petite pimprenelle, la parisette, le lamier jaune, le petit boucage. Il n'est pas dit que ces plantes résistent aux aménagements conçus par les architectes, - barrières en acier, décorations de parcs urbains - et leurs gros engins... ! On dirait que la région parisienne ne supporte pas un endroit sauvage !

Mais l'aménagement en promenade pour piétons et vélos ( pas de cheval à cause des risques de pollution par le crottin) sera terminé dès 2008 : alors bonne promenade ! Mais revenons un peu sur l'histoire de l'eau à Paris...
(tiré du document : Eau de Paris, actrice de l'éducation)

Les romains apportèrent, à Paris, leur savoir hydraulique. Ils creusèrent des puits et captèrent les eaux de sources pour les acheminer par un aqueduc, tantôt protégé par des dalles, tantôt à ciel ouvert. Il alimentait les thermes et les fontaines, et assurait chaque jour 2 000 m3 d'eau.

Au début du XIIème, on découvrit des sources, à Belleville et au Pré Saint Gervais, captées par les religieux, pour leurs propres besoins. Les noms du coin en gardent la trace : rue des Cascades, rue de la Mare, rue des Rigoles.... C'est à cette époque que Paris se dote des premières fontaines, fontaine Maubuée suivie au XIIIème, des fontaines des Halles et des Innocents. Mais la capitale reste pauvre en eau. La Seine est polluée par les boucheries, poissonneries, tanneries...

Au XVIè siècle, de pouvoir royal, l'eau fut confiée au Prévôt des Marchands qui interdit de balayer les rues en temps de pluies, par exemple. Car la Seine souffre des étés secs, on peut presque la traverser à pied ! ...Mais les édits ne sont pas appliqués.

La Guerre de Cent ans  provoque la dégradation des canalisations, fontaines et puits, et il faut attendre Henri II pour que la fontaine des Innocents soit reconstruite.

Fontaine des Innocents

Mais l'essor est donné par Henri IV qui demande à François Miron, Prévôt des Marchands, d'engager des travaux. C'est ainsi que naît la première Samaritaine, pompe à relevage des eaux, à destination du Louvre. Il rétablit les canalisations, crée de nouveaux conduits, remet en service les fontaines endommagées, et double les quantités d'eau disponibles. Henri IV demande à François Miron de retrouver l'ancien aqueduc romain. Les fouilles sont interrompues à la mort du roi, mais Marie de Médicis les reprend. Elle jette son dévolu sur le Palais du Luxembourg, et l'aqueduc mis à jour servira au palais, mais aussi au quartier. Les sources de Rungis couleront donc jusqu'à Paris. L'aqueduc dessert la montagne Sainte Geneviève et le quartier de l'Université.
 
Au début du XVIIIè, 800 000 Parisiens disposent de 4 600 m3 d'eau par jour. Les frères Perrier obtiennent une concession et créent la Compagnie des Eaux de Paris. Ils mettent en place le premier système d'abonnement. La pompe de Chaillot est construite en 1781. Elle produit 13 000 m3 d'eau. Celle du Gros Caillou, mise en service en 1786, en produit 1300 m3.

Finalement, en 1813, Napoléon fait percer le canal de l'Ourcq, et, en 1808, les eaux jaillissent à la Villette. Puis il y aura le canal Saint Denis en 1813, année où l'Etat rachète les concessions. Le canal Saint Martin sera achevé en 1825. Mais l'eau de qualité manque toujours.

On décide, en 1841, de créer un puits artésien, à plus de 500 mètres, pour pomper l'eau de la nappe albienne, doublé en 1861 par le puits de Passy.
Mais le problème est décidément récurrent !

Haussmann fait établir l'état des ressources en eau. On a chaque jour 80 400 m3 d'eau, il en faudrait 200 000. L'ingénieur Belgrand, responsable du Service des Eaux, propose de capter des eaux à 150 km de Paris. Le projet est voté en 1855. Les égouts sont créés, les eaux usées sont collectées pour être rejetées en Seine. Après la sécheresse de 1858, il fallut prendre des mesures sérieuses. Les premières eaux souterraines sont captées en Champagne, et acheminées jusqu'à Paris par l'aqueduc de la Dhuys en 1863. Elles sont stockées aux portes de Paris dans le Réservoir de Ménilmontant.

Prise de vue ancienne

En 1874 les eaux de Sens sont captées et stockées dans le réservoir de Montsouris. Le système est complété en 1893 par le captage des sources de la région de Dreux, acheminées jusqu'à Paris par l'aqueduc de l'Avre. Puis, les eaux de Montereau, Saint Pierre les Nemours et Provins sont captées et acheminées jusqu' en forêt de Fontainebleau, par trois aqueducs : le Lunain, le Loing et la Voulzie entre 1919 et 1921. De là, elles gagnent Paris dans l'aqueduc du Loing, construit en parallèle de l'aqueduc de la Vanne, jusqu'à Paris. Le système actuel est presque bâti...

Quelques données techniques sur l’aqueduc de la Dhuis :

Cliquez pour agrandir. Situation géographique de l'aqueduc
  • Point de départ à 128 m d'altitude, la source de Corrobert dans la Brie.
  • Son exutoire normal est la Marne par le Surmelin.
  • Point d'arrivée à 108 m
  • Longueur totale131.162 km pour une pente de 0.1m/km
  • Son débit moyen est de 22 000 m3/jour soit 231 l à la seconde.
  • Son acheminement pour Paris est de 3 jours, soit 1800 m à l'heure.
Aqueduc dans la région de la grande couronne

Le 29 juillet 1859, les sources de la Dhuys sont acquises par la Ville de Paris.
Le 18 mai 1860, le Conseil Municipal approuve le projet.
Le 4 mars 1862, le décret déclare la dérivation de ces sources d'utilité publique.
Fin juin 1863, les travaux débutent. L'eau sera introduite dans l'aqueduc le 2 août 1865 et la distribution de Paris commença à fonctionner d'une manière régulière le 1er octobre 1865.
Il franchit 21 vallées (de 20 à 73 m de profondeur) au moyen de siphons ! Les siphons sont en tuyaux de fonte de 1 m de diamètre
Il traverse : l'Aisne, la Seine et Marne, la Seine-Saint-Denis et la Seine.

Aqueduc en forêt

La visite du captage de la source de la Dhuys est aussi une façon de mieux comprendre l'interaction entre l'homme et le milieu aquifère : gestion du potentiel en eau, technique d'approvisionnement, d'épuration, approche des milieux humides, etc ... l'eau est élément vital.