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La taille du buis et l'art topiaire

Dossier - Aquitaine : les jardins suspendus de Marqueyssac
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Site classé pour son parc historique de 22 hectares, Marqueyssac, en Dordogne, offre, autour d'un château du XVIIIe siècle, plus de 6 kilomètres de promenades ombragées, bordées de 150.000 buis centenaires taillés à la main et agrémentées de belvédères, rocailles, cascades et théâtres de verdure.

  
DossiersAquitaine : les jardins suspendus de Marqueyssac
 

Le buis est omniprésent sur le site de Marqueyssac. Implanté avec obstination, il constitue le fil conducteur des promenades. Il s'impose sur tout le domaine comme le facteur d'ordre d'une nature régentée aux allures sauvages.

À Marqueyssac, il y a plus de 150.000 pieds de buis, qui ont tous entre 110 et 140 ans, exceptés 3.000 plantés en 1996 lors de la restauration du site. Ce sont des buis communs, Buxus sempervirens, poussant à l'état spontané dans le reste du parc (où ils croissent en liberté) ou qui sont taillés en haies pour border les allées.

L'art topiaire est roi à Marqueyssac. © Juliacasado1, DP

Plantation du buis et taille des haies

Le buis est un petit arbre à croissance lente qui peut atteindre dix mètres de haut. On le trouve à l'état spontané en Asie occidentale, en Afrique du Nord et en Europe (aussi bien au nord de l'Écosse qu'au sud de l'Italie).

Le buis aime une terre ordinaire et une situation ensoleillée ou mi-ombragée. Adapté au sol calcaire, d'une grande résistance à la sécheresse mais aussi capable de pousser en sous-bois, le buis est sans aucun doute la plante idéale pour des aménagements dans des conditions de milieu difficiles et variées, comme à Marqueyssac.

À Marqueyssac, les buis sont taillés deux fois par an :

  • au printemps, quand les jeunes pousses ont fini de se développer ;
  • puis à la fin de l'été.

Cette taille est effectuée à la cisaille manuelle et non à la cisaille électrique, qui mâche les tiges et provoque leur jaunissement.

Les haies en sous-bois ne sont taillées qu'une fois par an, car les buis se développent moins à l'ombre.

La taille du buis est un art à Marqueyssac. © Laugery, DR

Le feuillage dense et persistant du buis offre un aspect invariable au cours des saisons. Il reste vert, et donc appréciable, à tout moment de l'année. Le feuillage persistant du buis symbolise la continuité de la vie, la fermeté et la persévérance. Dans l'Antiquité, le buis était dédié à Cybèle et à Hadès, et représentait la perpétuelle reviviscence de la nature. Si Hadès était le dieu des enfers, Cybèle était la Grande mère, la terre aux seins gorgés de lait, maîtresse de la végétation et source première de toute nourriture.

D'autre part, le buis supporte très bien la taille et permet la réalisation de formes végétales complexes : c'est l'art topiaire. Ces qualités font que, depuis des siècles et principalement depuis les jardins italiens de la Renaissance, le buis est très largement planté dans les jardins.

L'art topiaire

Chez les Grecs, le métier de jardinier était entouré d'un grand respect. Les jardiniers de la Rome antique avaient aussi cédé à la tentation d'exploiter la remarquable malléabilité de certains arbres et arbustes et peuplaient les villas de ménageries vertes.

Pline l'Ancien attribue la découverte de la technique de la taille à Gnaius Mattius, un ami d'Auguste, ce qui placerait la première manifestation de l'art topiaire entre 38 av. J.-C. et l'an 14. Dans les jardins romains, ce travail de taille et d'entretien était confié à un esclave, responsable du jardin d'agrément (topia), et on l'appelait alors le topiarius (paysagiste ou dessinateur de jardin).

L'art topiaire : le chaos. © Laugery, DR

Les mentions les plus anciennes sur l'art topiaire se trouvent dans les lettres de Pline Le Jeune, aux alentours de 100 de notre ère : « Taillés selon les milliers de formes différentes, certains en lettres de l'alphabet épelant le nom du jardinier ou de son maître ». Le topiarius en personne était autorisé à figurer aux côtés de son maître.

Les conquêtes romaines transmirent cet art à d'autres nations, notamment à l'Angleterre. Au Moyen Âge, les monastères des ordres cloîtrés abritaient des jardins de topiaires et préservèrent ainsi cet art pendant les périodes troublées, peu propices à son épanouissement.

Autre forme d'art topiaire. © Laugery, DR

Alberti s'inspira de Pline en matière de jardins et remit à la mode le répertoire romain des topiaires dans les jardins italiens de la Renaissance. En Toscane, aux XVe et XVIe siècles, la symétrie fut souvent abandonnée, laissant l'imagination se déployer librement pour la création de ses « fantaisies ».

Le XVIIe siècle marque l'âge d'or de la topiaire. Versailles et les jardins à la française portèrent cet art à son plus haut point de perfection et les parterres de broderie sont d'une infinie variété.

Boules de buis. © Laugery, DR

La Hollande manifesta très tôt son goût pour la topiaire ; elle y est toujours très populaire. Aux États-Unis, la topiaire est présente dans tous les jardins de quelque importance : en Virginie et dans le Maryland ont notamment été constituées des collections de topiaires figuratives dans la tradition fantaisiste italienne et, avant elle, romaine.

L'art topiaire est le caractère dominant de Marqueyssac. C'est sur le bastion qu'il trouve son plus parfait épanouissement.

Le bois du buis et le tourneur sur bois de Marqueyssac

Le bois du buis, dur et compact, et sans veine, d'une belle couleur jaune doré, acquiert facilement un beau poli. Ces qualités le faisaient considérer jadis comme le bois par excellence. Les Grecs en fabriquaient des boîtes où ils renfermaient objets précieux, bijoux et remèdes : les pyxides (du grec puksos, le buis).

À l'entrée du site, l'atelier du tourneur est ouvert à la belle saison. Aujourd'hui, l'artisan tourneur de Marqueyssac travaille les buis coupés dans le parc pendant les travaux de restauration. Il réalise sous les yeux des visiteurs toutes sortes d'objets qui sont présentés dans la boutique : toupies, porte-clés, coquetiers, gobelets, fruits et mortiers, cuillères à miel, cochonnets de pétanque...