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Histoire des jardins de Marqueyssac et restauration par Kléber Rossillon

Dossier - Aquitaine : les jardins suspendus de Marqueyssac
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Site classé pour son parc historique de 22 hectares, Marqueyssac, en Dordogne, offre, autour d'un château du XVIIIe siècle, plus de 6 kilomètres de promenades ombragées, bordées de 150.000 buis centenaires taillés à la main et agrémentées de belvédères, rocailles, cascades et théâtres de verdure.

  
DossiersAquitaine : les jardins suspendus de Marqueyssac
 

Bertrand Vernet de Marqueyssac, conseiller du roi au siège de Sarlat, qui acquiert l'endroit en 1692, est sans doute le premier grand bâtisseur de Marqueyssac. En faisant élever les hautes murailles de quatre puissantes terrasses, il fait de ce lieu l'une des plus belles réalisations du Grand Siècle en Périgord, l'actuel département de la Dordogne.

Les jardins de Marqueyssac, dans le département de la Dordogne, sont un lieu chargé d'histoire. Ici, un des jardiniers de Marqueyssac. © Laugery, Marqueyssac, DR

Les terrasses du Grand Siècle en Périgord (actuelle Dordogne)

La tradition voudrait que Bertrand Vernet de Marqueyssac se soit attaché les services d'un certain Porcher, élève de Le Nôtre, pour construire les terrasses de Marqueyssac, alors même qu'il n'y résidait pas encore. Les terrasses du bastion de Marqueyssac, par leur traitement, rappellent celles du château de Saint-Germain-en-Laye, œuvre de Le Nôtre, qui surplombent les méandres de la Seine.

Vue aérienne de Marqueyssac. © Laugery, DR

En 1774, Louise Madeleine Vernet, arrière-petite-fille de Bertrand Vernet de Marqueyssac, épouse François de Lavergne de Cerval, à Marqueyssac. Un descendant, Julien de Lavergne de Cerval (1818-1893), va fortement marquer les lieux de son regard d'esthète.

Julien de Cerval et le style romantique italien

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Julien de Cerval transforme les jardins, leur donne de l'envergure. Marqueyssac devient dès lors le plus beau jardin du Périgord et sans doute l'un des plus extraordinaires de France, tel que nous le connaissons aujourd'hui.

Juge à Sarlat, membre de la Société d'agriculture de la Dordogne, Julien de Cerval est de ces Français qui étaient entrés dans Rome en juillet 1849 pour défendre les États pontificaux. À partir de 1881, il habite le château et se consacre aux travaux du parc. Il meurt en 1893.

L'œuvre la plus chère et la plus durable de Julien de Cerval sera l'embellissement de Marqueyssac, propriété qui lui revient à partir de 1861. Il se passionne pour la culture des arbres fruitiers, l'agencement des perspectives, la plantation de nouvelles espèces.

D'Italie, ce « croisé du XIXe siècle » est revenu avec l'amour des jardins et l'idée de créer à Marqueyssac une folie de buis. Émerveillé par la découverte des jardins qu'il a vus en Italie, c'est avec un regard neuf qu'il souhaite désormais embellir son domaine. Une connaissance approfondie des paysages et de l'esthétique italienne va faire évoluer le dessin classique de Marqueyssac vers un style sans équivalent. Le buis y est planté de façon quasi obsessionnelle, sur le bastion, en bordure des allées, des bosquets et des chambres de verdure. À Marqueyssac pourtant, l'abondance rime avec le refus systématique du superflu.

Marqueyssac. © DR

Marqueyssac. © DR

Transformation du potager et cabanes en pierres sèches

L'ancien potager qui occupe le bastion est transformé en terrasse d'agrément plantée de massifs de buis aux courbes ondoyantes. Comme celles que l'ingénieur Alphand et l'architecte Davioud dessinent pour Napoléon III à Paris aux Buttes-Chaumont, les allées sont souplement organisées. Julien de Cerval multiplie les allées aux tracés sinueux, à la mode sous le Second Empire.

Dans le parc, il dispose des cabanes en pierres sèches comme on en voit en Périgord, s'inspirant des jardins romantiques ornés de temples, de tours et de kiosques, à la mode à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle en Europe. Il ajoute des rocailles, des bosquets de cyprès, des escaliers pour relier les différents paliers, des salles de verdure ; quant aux falaises qui surplombent la vallée, il les aménage en belvédères. Il donne à la chapelle son style gothique et la dédie à saint Julien, patron des passeurs d'eau. La chapelle est toujours le lieu de sépulture des descendants de Julien de Cerval.

Les apports de Maximilien d'Erp

À la mort de Julien de Cerval, Maximilien d'Erp, son gendre, reprend Marqueyssac. Diplomate, ministre de Belgique à Téhéran, puis à Rome auprès du Saint-Siège, il invite à Marqueyssac l'évêque de Mantoue, Giuseppe Sarto, qui aime méditer sur un banc de pierre situé au bout de la grande allée et d'où la vue est magnifique. Le futur saint Pie X, pape de 1903 à 1914, réformateur de la musique liturgique et à l'origine de la communion pour les enfants, restera toujours proche des milieux catholiques traditionnels belges qu'il avait retrouvés à Marqueyssac.

Les apports du baron d'Erp ne modifient pas en profondeur la composition des jardins et du parc. Çà et là, il plante des yuccas, à la mode au début du siècle, et agrémente la cour du château de rocailles.

Pendant trois siècles, l'épanouissement de Marqueyssac a été de pair avec l'exploitation agricole du domaine. Après la seconde guerre mondiale, la propriété est toujours entretenue, mais les plus importants travaux ne sont plus réalisés. La vocation première de Marqueyssac (l'exploitation agricole de ses quatre métairies) ne peut être maintenue. Son avenir est alors incertain. D'années en années, les buis laissés en liberté se développent et atteignent des dimensions insoupçonnées. Le tracé du parc devient difficile à distinguer. Si les descendants de Maximilien d'Erp viennent toujours souvent à Marqueyssac, le parc et le château sont en grand danger de disparaître.

La restauration du jardin par Kléber Rossillon

À partir de 1996, Kléber Rossillon, qui avait déjà assuré le sauvetage du château voisin de Castelnaud, entreprend la réhabilitation de Marqueyssac. Après une étude approfondie de l'histoire du domaine, de la flore du parc et de l'architecture des bâtiments, la restauration s'est attachée à la préservation des lieux tels qu'ils étaient au temps de Julien de Cerval. Elle a été accomplie en moins de deux ans par soixante entreprises et plus de dix jardiniers. La restauration du bastion a été confiée à un spécialiste des buis qui en assure toujours l'entretien.

Les créations contemporaines telles que le chemin d'eau et les cascades, l'allée serpentine de santolines et de romarins s'intègrent au style et à l'esprit de Marqueyssac.