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Protection de la biodiversité

Dossier - Menaces sur la biodiversité
DossierClassé sous :développement durable , biodiversité , Pollution

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La biodiversité ne se résume pas à l'inventaire des espèces, pour la déchiffrer, il faut avoir une approche globale du vivant, des micro-organismes, animaux, végétaux, qui intègre les trois niveaux que sont les gènes, les espèces et les écosystèmes.

  
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Pourquoi, depuis la tenue, en 1992, du célèbre Sommet de Rio organisé par les Nations unies, et la ratification la même année de la Convention sur la diversité biologique (CDB), n'est-on pas parvenu à protéger la biodiversité ?

Réflexions de Marie-Christine Cormier-Salem

D'abord parce que la notion de patrimoine naturel telle qu'elle est envisagée dans les conventions internationales est en décalage avec l'appréhension qu'en ont les populations locales. Dans les instances internationales, tout est considéré comme patrimoine à conserver et à transmettre, ce qui conduit parfois à exclure les hommes d'une nature sanctuarisée ou encore à déplacer leurs villages... Alors même que dans certaines langues, le mot « patrimoine » n'existe pas. Il est donc plus pertinent « d'identifier les éléments de la nature auxquels les peuples sont attachés. Car il existe bien des patrimoines locaux dont la composition est très diverse selon les acteurs : les cultivars, les espèces animales ou encore les paysages, les savoirs, etc. Et ils évoluent au fil du temps », déclare Marie-Christine Cormier-Salem, géographe à l'IRD (Institut de recherche pour le développement), directrice du laboratoire « Patrimoines et territoires ». Objectif de ce labo : mieux cerner la diversité des connaissances, des pratiques et techniques rattachées aux patrimoines locaux afin d'imaginer avec les décideurs, les stratégies de conservation les mieux adaptées aux réalités. Par exemple, on peut responsabiliser certains membres d'une population en les associant aux projets de conservation. Ainsi, la Gelose consiste à confier aux communautés locales la gestion durable et la valorisation de certaines ressources comprises dans les limites de leur territoire. On peut aussi encourager la valorisation de la biodiversité sous de nouvelles formes. La labellisation de productions locales est une piste intéressante : elle peut permettre de sauvegarder la diversité du vivant, tout en relançant l'économie et en luttant contre la déprise rurale, le manque d'entretien de certains espaces, mais aussi la surexploitation de certaines ressources.

Point de vue d'Olivier Godard

Ensuite, il est illusoire de vouloir attribuer une valeur économique universelle à la biodiversité. Pour Olivier Godard, économiste au Laboratoire d'économétrie la représentation économique du monde, qui repose sur la distinction première entre les agents humains et les biens à leur disposition, réduit la biodiversité à son utilité identifiable pour les hommes. Or, pour des raisons éthiques, certains se refusent à dire qu'une espèce animale ou végétale par exemple, a ou n'a pas une utilité, au risque de voir disparaître une espèce « inutile ». La biodiversité ne peut pas être considérée comme une matière première destinée à produire des biens divers, parce qu'elle n'est pas sous contrôle humain et parce ce qu'elle n'est pas un bien au sens économique du terme. En considérant les trois niveaux qui la constituent : les gènes, les espèces, les écosystèmes, seuls certains fragments répondent à la notion de bien. Le marché des biotechnologies par exemple, n'est que l'un des prismes par lesquels elle entre dans un système économique, « de même que les parcs privés qui relèvent des activités récréatives, où l'on clôture spatialement un écosystème et où l'on pose un droit d'entrée en excluant ceux qui ne peuvent pas payer. Ces parcs ne correspondent qu'à des petits marchés marginaux », commente l'économiste.

Les critères patrimoniaux et les critères économiques ne peuvent, à eux seuls, être des instruments politiques efficaces de protection. Alors, quelles sont les solutions ? Pour Olivier Godard, il faut distinguer l'important de l'accessoire. « Pour que les gouvernants prennent des décisions effectives, il faut qu'ils puissent se référer à des échelles de gravité élaborées par les scientifiques et à un diagnostic des points réellement critiques. Et ici, les choses sont considérablement plus complexes que pour le changement climatique. Pour contrôler l'érosion de la biodiversité, il faut analyser au cas par cas, à une échelle locale d'abord, régionale ensuite. » C'est ce manque de hiérarchisation qui conduit à la banalisation des problèmes et à la paralysie de l'action.

Propos de Jacques Weber

Enfin, il ne faut pas oublier que la conservation doit être aussi une lutte contre la précarité dans les pays du Sud, où réside une grande partie de la biodiversité et des ressources, auxquelles ils n'ont plus accès, parce qu'elles sont protégées. Et gare aux préjugés, car « depuis la conférence de Stockholm en 1972, des voix autorisées et respectées se sont élevées pour faire des pauvres les principaux responsables de la dégradation de nos écosystèmes. En fait, la seule différence entre les pauvres et les riches est que les pauvres consomment moins de ressources renouvelables que les riches mais qu'ils en sont directement dépendants, quand les plus riches peuvent se sentir indépendants du milieu parce qu'ils se procurent des produits sur le marché et non pas à leur source », commente Jacques Weber, anthropologue et économiste au Cirad, directeur de l'Institut français de la biodiversité.

Par Stéphanie Bia "Journal du CNRS"