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Des oiseaux choisissent leurs partenaires sexuels... à l’odeur

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Le pétrel bleu se nourrit de krill, de poissons, de crustacés et de céphalopodes. Il peut plonger jusqu'à 6 m de profondeur. Les deux parents couvent les œufs durant la période d'incubation (55 jours). © B. Navez, Wikimedia common, CC by-sa 3.0

Des mammifères et des poissons choisiraient leurs partenaires sexuels à l'odeur mais aussi certains oiseaux à l'odorat aiguisé. C'est maintenant prouvé. L'objectif est connu : donner naissance à des jeunes affichant des systèmes immunitaires efficaces.

Chaque vertébré possède un système de reconnaissance du soi et du non-soi appelé complexe majeur d'histocompatibilité (CMH). Cet élément clé du système immunitaire pose notamment problème lors des greffes puisqu'il provoque les éventuels rejets. Il a aussi une autre fonction pour le moins méconnue. Le CMH intervient en effet dans le choix et la reconnaissance des partenaires sexuels chez plusieurs espèces de poissons et de mammifères.

Cette information pose question. Comment un individu peut-il reconnaître ce marqueur génétique, donc invisible, chez un congénère du sexe opposé ? C'est simple, les gènes codant pour le CMH influencent les odeurs corporelles de leurs propriétaires. Bref, pour bien choisir son partenaire, celui-ci doit avoir du nez.

Les oiseaux n'ont justement pas un bon odorat, à quelques exceptions près. De ce fait, le rôle du CMH dans le choix des conjoints n'a pas beaucoup été étudié. Maria Strandh de la Lund University (Suède) vient de montrer que le pétrel bleu, un volatile au nez affûté, pouvait également choisir son partenaire à l'odeur. Les femelles n'ont d'ailleurs pas droit à l'erreur puisqu'elles sont monogames. Cette étude a été publiée dans les Proceedings of the Royal Society.

Comme le pétrel bleu, le pétrel tempête possède également un bon odorat. Les jeunes reconnaîtraient même leurs parents grâce à ce bon sens olfactif. © Cotinis, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Des odeurs différentes pour un système immunitaire efficace

Le pétrel bleu Halobaena caerulea pèse environ 200 g, vit dans les îles sub-antarctiques (comme les Kerguelen) et se reproduit durant l'été austral. Les femelles ne pondent qu'un seul œuf par saison, qu'elles abritent à l'intérieur de terriers. Leur odorat est tellement développé qu'elles peuvent grâce à lui retrouver leur nid ou leur conjoint dans le noir total. Elles chercheraient par ailleurs à s'accoupler avec des partenaires présentant un génotype fort différent du leur. Cette stratégie augmenterait la probabilité que la progéniture présente des systèmes immunitaires plus efficaces que ceux de leurs parents. Ils résisteraient donc mieux face aux attaques de parasites ou de divers autres agents pathogènes.

Afin de vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont séquencé les allèles du CMH de classe 1, une molécule trouvée sur toutes les cellules du corps, et de classe 2, une molécule uniquement observable sur les cellules présentatrices d'antigènes, de plusieurs spécimens. Des degrés de similitude ont ensuite été observés entre les individus. Résultat, les couples ont présenté des compositions alléliques du CMH de type 2 fort dissemblables ne pouvant pas être dues au hasard. Seule possibilité, ces oiseaux se sont volontairement choisis sur base de leur différence génétique, ce qui implique une reconnaissance des CMH 2 par l’odeur.

Petit détail croustillant, cette relation aurait déjà été mise en évidence au sein de quelques populations humaines, mais cela reste à approfondir...

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