Des oiseaux mexicains vivant en ville mettraient des mégots dans leurs nids pour se protéger des parasites ! L’efficacité du système vient d’être prouvée. Elle reposerait sur la présence de nicotine dans les filtres de cigarette usagés. 

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    Les oiseaux n'ont souvent pas le choix, ils doivent partager leurs nids avec de nombreux acariens parasites. Problème : ces arthropodes peuvent impacter la santé de leurs hôtes, notamment en leur prélevant du sang ou en leur transmettant des endoparasites. Le succès reproductif et la survie de certains volatiles seraient même mis à mal en diverses occasions. Face à cette situation, de nombreux oiseaux ont développé des mécanismes de protection. 

    Certaines espèces mexicaines auraient ainsi pris l'habitude de garnir leurs nids avec des végétaux produisant naturellement des composés chimiques répulsifs. À ce titre, les plantes du genre Nicotiana seraient particulièrement appréciées, car la nicotinenicotine qu'elles synthétisent repousserait de nombreux arthropodes. On pourrait croire que seuls les oiseaux vivant à proximité de ces organismes ont adopté ce type de comportement. Il n'en est rien, car des volatiles urbains ont trouvé une parade leur permettant d'utiliser ce mode de protection. 

    Des mégots de cigarette dans les nids d’oiseau

    Les moineaux domestiques (Passer domesticus) et les roselins du Mexique (Carpodacus mexicanus) vivant sur le campus de l'université nationale autonome du Mexique (UNAM) garnissent en effet leurs nids avec des mégots de cigarette ! Mais est-ce vraiment pour faire fuir les ectoparasites ? La réponse est affirmative, selon une nouvelle étude publiée dans la revue Biology Letters par Monserrat Suárez-Rodríguez. 

    Le genre <em>Nicotiana </em>inclut l'espèce <em>Nicotiana tabacum</em>, c'est-à-dire le tabac. Les feuilles de cette plante produisent des alcaloïdes composés à 93 % de nicotine. © taberandrew, Flickr, cc by 2.0

    Le genre Nicotiana inclut l'espèce Nicotiana tabacum, c'est-à-dire le tabac. Les feuilles de cette plante produisent des alcaloïdes composés à 93 % de nicotine. © taberandrew, Flickr, cc by 2.0

    Les filtres de cigarette se composent entre autres de fibres d'acétate de cellulose. Leur présence a donc été recherchée au sein de respectivement 28 et 29 nids de moineau et de roselin. Elles ont été trouvées en quantités variables dans près de 7 cas sur 8. Les structures construites par les moineaux abritaient entre 0 et 38 mégots. Une présence encore plus importante dans les nids de roselin, puisque 48 filtres usagés ont parfois été trouvés dans un seul nid

    Préalablement, les ectoparasites présents dans chaque édifice avaient été récoltés en utilisant un entonnoir de Berlèse. Son principe est simple. Une lumièrelumière chauffante est appliquée sur le dessus d'un échantillon, ce qui va provoquer sa dessiccationdessiccation progressive. Les arthropodes, qui ne supportent pas le manque d'eau, fuient alors vers le bas, jusqu'à ce qu'ils sortent de l'échantillon et tombent dans un liquideliquide. Ainsi, le nombre de parasites récoltés par nid serait inversement proportionnel à la quantité de mégots trouvés. Ces derniers ont donc bien un effet répulsif. Mais comment agissent-ils ?

    La nicotine peut avoir du bon chez les oiseaux

    Pour le savoir, des pièges à chaleurchaleur (à une température de 37 °C) ont été placés dans respectivement 27 et 28 autres nids de moineau et de roselin afin d'attirer les acariens qu'ils contenaient. Les résistances électriquesrésistances électriques des pièges à chaleur ont en plus été recouvertes soit de fibres provenant de mégots, soit d'acétate de cellulosecellulose vierge. Résultat : les résistances électriques entourées de restes de cigarettes usagées ont attiré jusqu'à 2 fois moins d'arthropodes que les autres. Or, la nicotine se fixe dans les filtres lorsqu'une cigarette est consumée. Par conséquent, cette substance ferait bien fuir les parasites.

    Ces oiseaux urbains auraient donc trouvé une solution pour réutiliser au mieux une forme ancestrale d'automédication. Il s'agit d'un bel exemple d'adaptation aux nouvelles conditions de vie imposées par le développement des villes.