Le Bruant à couronne blanche (sous-espèce nuttalli) en pleine action ! Source Commons

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Les oiseaux aussi se méfient des rumeurs

ActualitéClassé sous :oiseaux , houspillage , chant d'oiseaux

La communication entre les oiseaux est complexe. Pour la première fois, une étude fait état d'un changement de comportement des volatiles en fonction de la source de l'information ! Menace directe ou indirecte, ils savent faire la différence.

Peut-être avez-vous déjà remarqué que les oiseaux chantent à votre passage lors d'une ballade en forêt. Ils ne font que signaler votre présence aux autres animaux. Ce système alerte aussi de la présence d'un prédateur et possède ses subtilités. En effet, les oiseaux ne transmettent pas de la même façon les informations selon leur source ! Comme nous, ils se méfient des rumeurs.

C'est une étude parue dans Nature et menée auprès de deux espèces : l'une concerne la sittelle (Sitta canadensis) et l'autre la mésange (Poecile atricapillus) qui a permis de mettre en lumière un système de communication sophistiqué où la fiabilité de l'information est primordiale.

Les paramètres acoustiques des houspillages d'une sittelle en fonction du niveau de menace du prédateur et de la source d'information. a) Le taux d'appel (en appel/oiseau/minute). b) Le pic de fréquence en KHz. c) La longueur des appels en seconde. Les triangles gris correspondent à l'échantillon témoin, les ronds bleus à une menace directe et les carrés oranges à une menace indirecte. © Carlson et al. Nature Communication, Janvier 2020

La source de l’information est déterminante pour les oiseaux

Dans une communauté de plusieurs espèces d'oiseaux, la mésange tient le rôle de surveillant. Grâce à ses houspillages (ou mobbing calls en anglais), elle prévient les autres oiseaux de la présence d'une menace. Les sons produits informent les autres de la taille ou de la localisation de la menace. Les scientifiques ont étudié les différences entre les sons produits par les sittelles, connues pour être bavarde, à la suite d'une menace directe ou indirecte.

Dans leur expérience, la menace directe est matérialisée par la diffusion d'un enregistrement des cris de deux rapaces, prédateurs des mésanges et des sittelles. La menace indirecte est matérialisée par la diffusion du cri d'alerte de la mésange face à ces mêmes prédateurs. Et surprise, la sittelle sait faire la différence entre ces deux types de signaux.

Quand elle entend le cri de la chevêchette des Rocheuses (Glaudicium gnoma), son prédateur principal, la sittelle émet un cri saccadé et aigu où chaque son ne dure pas plus de 0,10 seconde. L'oiseau peut lancer l'alerte près de 120 fois par minute. Quand c'est le cri du Grand-duc d'Amérique (Bubo virginianus), un prédateur plus rare, l'oiseau émet un cri plus grave où chaque répétition dure environ 0,15 seconde. Quand il s'agit de menace indirecte, la sittelle émet un son intermédiaire entre les deux. Elle transmet tout de même l'information mais avec plus de « précaution » que si la menace était directe.

Les sittelles font donc attention à la source des informations et modulent leur réaction en fonction de celle-ci !

Pour en savoir plus

Les oiseaux adaptent leur fréquence pour mieux communiquer

Article publié le 27 mai 2009 par Jean Etienne, Futura

On savait déjà que les oiseaux d'une même espèce, répartis sur des territoires différents, chantaient différemment. Mais cette variation, que les scientifiques assimilaient à une sorte de dialecte local, serait bien plus que cela : elle est fonctionnelle et s'adapte en fonction de l'environnement.

Le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys) est un passereau de 18 cm de long très répandu en Amérique du Nord et au Canada, ainsi qu'au Mexique et aux Bahamas. Une des cinq sous-espèces, Zonotrichia leucophrys nuttalli, réside en permanence et Californie et à la différence des quatre autres, n'est pas migratrice.

La biologiste américaine Elizabeth Derryberry, chercheuse à l'Université d'état de Louisiane, vient de constater que le chant actuel de ces oiseaux est différent de celui enregistré presque par hasard en 15 endroits différents voici 35 ans par un chercheur de l'Académie des Sciences de Californie. Mieux : les mélodies diffèrent selon l'endroit et les changements accompagnent les modifications apportées par l'Homme à l'environnement local.

Ainsi, la hauteur chromatique et la vitesse d'interprétation des chants ont considérablement baissé dans de nombreux cas. En langage imagé, on pourrait dire que les bruants ont troqué leur accent italien contre un accent suisse...

Phonogramme du chant du Bruant à couronne blanche, enregistré en 1979 et 2003. Source : Louisiana Museum of Natural History

En forêt, chantez grave, en plaine, montez dans la gamme

Elizabeth Derryberry a pu suivre l'évolution dans le temps des zones où les chants des oiseaux ont été enregistrés en se basant sue des photographies aériennes d'archives. Elle a alors constaté que les populations ayant le plus ralenti leur chant correspondent aux parties qui, autrefois exploitées, se sont à nouveau recouvertes d'une végétation épaisse, tandis qu'aucune modification ne s'est produite là où l'environnement n'a pas été modifié.

Selon la scientifique, les bruants auraient tout simplement adapté leur fréquence sonore à l'environnement, un son grave ayant une meilleure portée à travers un feuillage dense et épais, alors qu'a contrario, un son aigu porte mieux en plaine. De la part des oiseaux, ce changement est bien entendu involontaire : dans ces circonstances, les mâles juvéniles perçoivent mieux les mélodies chantées sur un ton plus bas et ce sont celle-là qu'ils reproduiront lorsque sera venu le temps des amours. Notons d'ailleurs que le bruant possède un excellent don d'imitation, et reproduit volontiers le chant de n'importe quel autre oiseau...

La scientifique poursuit actuellement ses travaux sur de plus vastes territoires, tentant de mettre en évidence un phénomène d'adaptation similaire en Amérique du Sud, notamment suite au déboisement ou au réchauffement climatique.

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