Poissons, phoques, dauphins, tortues ou albatros : le requin tigre dévore tout ce qui passe à sa portée. Mais qu’il s’attaque à de mignons petits passereaux des campagnes, cela semble hautement improbable ?! Eh bien si ! les oiseaux terrestres figurent couramment à son menu ont découvert des chercheurs. Le requin ne déploie pourtant pas de petites pattes secrètes pour aller à la chasse le soir.

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Ça ressemble au scénario de la prochaine version des Dents de la mer : un requin géant dévorant les petits oiseaux terrestres s'aventurant malencontreusement au-dessus de la mer. C'est pourtant ce qui se passe fréquemment dans le monde réel.

Tout commence en 2010 lorsque Marcus Drymon, biologiste marin à l'Université du Mississippi, capture un bébé requin-tigre dans le golfe du Mexique. Le spécimen, remonté sur le bateau afin d'être mesuré, pesé et tagué, se met soudain à vomir une énorme massemasse de plumes. Piqué par la curiosité, Marcus Drymon ramène cette boule de plumes dans son laboratoire.

Et là, surprise : ces plumes n'appartiennent pas à l'un des nombreux oiseaux marins (mouette, pélicans ou cormorans) régulièrement inscrits au menu du requin-tigre, mais à un Moqueur roux (Toxostoma rufum), un petit passereaupassereau familier des jardins tranquilles des banlieues de la côte est des États-Unis. Un accidentaccident, pense-t-il, comme d'autres cas d'oiseaux terrestres similaires déjà reportés ça et là de manière anecdotique.

Les petits oiseaux chanteurs, casse-croûte habituel du requin

Marcus Drymon décide cependant de poursuivre ses investigations et va patiemment surveiller le contenu des estomacsestomacs de petits requins-tigres le long de la côte longeant l'Alabama et le Mississippi entre 2010 et 2018. Durant 8 ans, 105 spécimens vont ainsi subir un lavage gastriquegastrique non invasifinvasif afin de déterminer les espècesespèces avalées.

Il s'aperçoit que loin d'être un mets d'exception, le passereau des jardins fait partie du casse-croûte commun du requin et constitue même un de ses repas favoris. « Nous avons été extrêmement surpris de ne trouver aucun reste d'oiseauoiseau marin », s'étonne Marcus Drymon. À l'inverse, 8 des 11 espèces identifiées sont des passereaux purement terrestres comme l'Hirondelle rustique (Hirundo rustica), le Tyran tritri (Tyrannus tyrannus) ou la Paruline masquée (Geothlypis trichas).

Une Paruline masquée, un passereau commun figurant au menu du requin tigre. © paulreevesphotography, iNaturalist
Une Paruline masquée, un passereau commun figurant au menu du requin tigre. © paulreevesphotography, iNaturalist

Des oiseaux épuisés et perdus dans les courants aériens

Le requin effectuerait-il des sorties secrètes hors de l'eau pour dévorer les petits oiseaux la nuit ? Heureusement non : il profite tout simplement de la migration des passereaux. L'étude, publiée dans la revue Ecology, montre en effet une corrélation exacte entre la date à laquelle les plumes ont été retrouvées et les périodes de migration des espèces en question.

« Au printemps, la côte du Mississippi est la première étape sur la route vers le Nord et, à l'automneautomne, c'est la dernière pause avant l'arrivée », rapporte Marcus Drymon. Et c'est justement à l'automne, lorsque les oiseaux sont déjà épuisés, qu'ils se font le plus souvent dévorer. C'est aussi à cette saisonsaison que se produisent des oragesorages sous les latitudeslatitudes sud, entraînant des courants aériens au-dessus des océans dans lesquels les oiseaux se trouvent piégés. Rasant l'eau, ils constituent alors des proies idéales pour les requins toujours à l'affût d'un petit dîner appétissant.

Le passereau, une nourriture pour bébé ?

Autre curiosité : la grande majorité des passereaux ont été retrouvés dans les estomacs de très jeunes requins. « Cela signifie-t-il que les oiseaux terrestres sont plus nourrissants que les oiseaux marins ? s'interroge Samantha Munroe, biologiste à l'université d'Adélaïde, auprès du National Geographic. Il serait intéressant d'étudier la valeur nutritionnelle des différentes espèces », suggère-t-elle.

En attendant, c'est une mauvaise nouvelle de plus pour les pauvres oiseaux, déjà en déclin rapide partout dans le monde : en France, les populations d'oiseaux ont par exemple perdu en moyenne un tiers de leur effectif en 15 ans dans les zones agricoles.