Le changement climatique bouleverse le paysage viticole. © ah_fotobox, Adobe Stock
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Hervé Quénol : « Nous aidons les viticulteurs à s’adapter pas à pas »

ActualitéClassé sous :Réchauffement climatique , Agriculture , COP26

Dans le cadre de la COP26 qui se tient à Glasgow jusqu'au 12 novembre, Futura vous propose une série d'entretiens avec des experts du climat pour décrypter le réchauffement climatique en cours, ses causes et ses conséquences, les risques auxquels nous devrons faire face si nous ne parvenons pas à maîtriser la hausse des températures et à ne pas dépasser les 1,5 °C, les solutions qui existent et celles à mettre en place. L'urgence climatique n'est pas un vain mot ! Aujourd'hui, nous donnons la parole à Hervé Quénol, chercheur du CNRS au Laboratoire Littoral, environnement, géomatique, télédétection.

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[EN VIDÉO] L'histoire du réchauffement climatique en 35 secondes  En intégrant graphiquement les mesures de températures dans presque tous les pays du Globe entre 1900 et 2016, cette animation montre de façon saisissante l’augmentation du nombre d'« anomalies de température », donc des écarts par rapport à une moyenne. On constate qu'en un peu plus d'un siècle, la proportion vire au rouge. 

Hervé Quénol, chercheur du CNRS au Laboratoire Littoral, environnement, géomatique, télédétection, modélise l'impact du changement climatique sur la vigne à l'échelle locale.

Futura : Pourquoi travailler sur la vigne ?

Hervé Quénol : La vigne est un excellent marqueur du changement climatique car la qualité du vin dépend directement de l'ensoleillement et de la température. L’alcool provient de la fermentation des sucres que la vigne produit par photosynthèse. Elle en produit d'autant plus que l'ensoleillement est important. Et, même si les goûts évoluent, on ne peut pas imaginer dépasser un taux d'alcool de 15°.

Futura : À quelle échelle travaillez-vous et comment ?

Hervé Quénol : Un viticulteur, comme tout agriculteur, a besoin d'informations à l'échelle de ses parcelles. Leur climat est influencé par la topographie, le type de sol, la présence d'un cours d'eau, etc.  Par exemple, sur une vigne en coteau, l'écart de température peut être en moyenne de 2 °C entre le bas et le haut du coteau. Or les modèles climatiques globaux ont, au mieux, des résolutions de quelques kilomètres : l'appellation Saint-Émilion dans le Bordelais est ainsi représentée par six mailles. C'est bien trop imprécis. Nous modélisons le climat du futur à l'échelle de mailles d'une centaine de mètres. Pour cela, nous prenons des mesures sur le terrain, avec des capteurs de stations météorologiques. Nous établissons des liens statistiques avec certains facteurs locaux comme l'évolution de la température selon la pente, le type de sol, les expositions ou l'altitude. Nos collègues agronomes de l'Inrae caractérisent aussi la croissance de la vigne et ses taux de sucre pour faire le lien avec cette variabilité locale du climat. Je travaille ainsi dans une vingtaine de pays pour avoir des données sur les différents climats viticoles de la planète : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Roumanie, Espagne, Argentine, Uruguay... Je suis actuellement en Nouvelle-Zélande où l'augmentation de la température dans des régions fraîches est actuellement plutôt profitable aux vignes.

L'impact local du réchauffement climatique sur le vignoble Pomerol/Saint-Émilion est bien différent et bien plus précis à l'échelle de la parcelle (mailles de 25 m de côté, carte de gauche) qu'avec les données issues d'un modèle climatique global (mailles de 8 km de côté, carte de droite). Les coteaux les plus chauds apparaissent clairement. L'échelle de couleur indique le nombre de jours à plus ou moins haute température pendant la saison végétative de la vigne pour la période 2081-2100. © Renan Le Roux ; LIFE-ADVICLIM

Futura : Quelles informations apportez-vous aux viticulteurs ?

Hervé Quénol : Chaque viticulteur connaît son climat, son sol, la topographie de son terrain et la façon dont tout cela influence sa vigne. Cette expérience est irremplaçable. Nous travaillons main dans la main avec eux pour les aider à optimiser l'emplacement de leurs vignes et à faire évoluer leurs pratiques en les informant sur les différentes évolutions climatiques possibles sur leurs exploitations. Car une vigne se plante au minimum pour 30 ans. En couplant les données climatiques à échelles locales avec les informations agronomiques, nous leur apportons une quantification des changements probables à telle ou telle échéance selon les différents scénarios climatiques. En d'autres termes, nous sommes capables de leur dire comment le climat va évoluer sur leurs parcelles. De quoi répondre à des questions comme : Faut-il planter un nouveau cépage dans les parties les plus chaudes de l'exploitation ? Nos informations leur donnent le temps d'envisager ces évolutions pas à pas plutôt que de subir un changement brutal et radical et à plus long terme, si besoin, un changement d'activité. Il peut aussi s'agir de monter les vignes un peu plus en altitude pour rechercher des secteurs plus frais, d'utiliser des porte-greffes moins sensibles à la sécheresse, etc. À court terme, le viticulteur doit s'adapter en faisant varier ses pratiques culturales comme le travail du sol ou sur la vigne.

Futura : Comment voyez-vous l’évolution de la viticulture ?

Hervé Quénol : Cela dépend des régions. Les viticulteurs de certaines régions d'Argentine ou d'Afrique du Nord, par exemple, subissent déjà des effets très importants du changement climatique. Dans d'autres régions comme le sud de la France, c'est aussi l'eau qui risque de faire défaut ou les gels tardifs qui sont problématiques. À terme, de nouvelles régions viticoles apparaîtront. C'est déjà le cas en Belgique, dans les Hauts-de-France ou encore en Bretagne où l'on compte aujourd'hui 210 hectares de vignes. Un premier exploitant professionnel vendangera dans un ou deux ans dans la région de Saint-Malo.

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