Les OGM peuvent-ils aider à lutter contre le réchauffement climatique ? © Viachaslau, Adobe Stock
Planète

OGM : comment l'Europe a manqué une bonne occasion de réduire ses émissions de gaz à effet de serre

ActualitéClassé sous :plante , OGM , culture OGM

-

[EN VIDÉO] 5 avantages des OGM  87 % des Français ont une vision négative des OGM. Les plantes génétiquement modifiées apportent pourtant de nombreux bénéfices. 

La quasi-interdiction des plantes génétiquement modifiées en Europe a empêché l'augmentation de rendements et entraîné une augmentation de l'utilisation de pesticides. Une opportunité gâchée selon deux études.

Deux pays européens (Espagne et Portugal) cultivent des OGM, et encore en très petite quantité. Pourtant, l'adoption de cultures génétiquement modifiées dans l'UE pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 33 millions de tonnes d'équivalents CO2 par an, soit 7,5 % du total des émissions de GES agricoles de l'UE en 2017, estiment les auteurs d'une étude parue sur le serveur de pré-publication bioRxiv.

Moins de terres utilisées = moins d’émissions de gaz à effet de serre

Emma Kovak, du Breakthrough Institute à l'université de Californie, et ses coauteurs ont passé en revue la littérature scientifique pour analyser l'impact des cinq principaux OGM utilisés dans le monde (soja, maïs, coton, betterave et colza) sur l'utilisation des sols. Selon leurs calculs, l'augmentation moyenne du rendement due à l'adoption d'OGM dans les pays industrialisés est de respectivement 9,7 % et 6,5 % pour les plantes tolérantes aux insectes et les plantes tolérantes aux herbicides. Or, moins de terres utilisées, cela signifie moins d'émissions de gaz à effet de serre, car les sols non utilisés pour l'agriculture peuvent stocker plus de carbone. « Le changement d'affectation des terres représente près de la moitié de toutes les émissions de GES provenant de l'agriculture », alerte Emma Kovak.

De plus, « la quasi-interdiction des cultures génétiquement modifiées dans l'UE au cours des 20 dernières années a découragé leur utilisation ailleurs », déplorent les auteurs, ce qui par effet ricochet a augmenté les émissions aussi en Afrique et en Asie.

Ce genre d'étude a le don d'exaspérer les opposants aux OGM, pour qui la technologie a surtout profité aux multinationales et aurait augmenté la résistance aux herbicides, notamment en raison de l'utilisation de plantes résistantes au glyphosate.

Les OGM offrent un meilleur rendement à l’hectare, ce qui libère des sols pour d’autres utilisations et le stockage de carbone. © breakermaximus, Adobe Stock

OGM : l’équivalent de 15,27 millions de voitures en moins sur les routes

Pourtant, d'après une étude parallèle de deux chercheurs britanniques, l'adoption de plantes génétiquement modifiées, tolérantes aux herbicides et résistantes aux insectes, a bel et bien entraîné une diminution de 775,4 millions de kilogrammes de pesticides depuis 1996. De plus, les produits utilisés, même en quantité supérieure, présentent un meilleur profil environnemental et une moindre toxicité.

La question de la résistance est réelle, reconnaissent les auteurs, mais « de nombreux herbicides utilisés dans les systèmes de production conventionnels présentaient déjà d'importants problèmes de résistance au milieu des années 1990, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la technologie du soja tolérante au glyphosate a été rapidement adoptée », font-ils remarquer. Outre le bénéfice des plantes lui-même, « la technologie a également facilité d'importantes réductions de la consommation de carburant et des changements de travail du sol, ce qui a entraîné une diminution significative des rejets de gaz à effet de serre ». En 2018, cela équivalait à retirer 15,27 millions de voitures sur les routes.

Ne pas décourager les biotechs

Dernier argument des écologistes battu en brèche par Emma Kovak : celui de la domination des multinationales. Selon la chercheuse, l’arrivée de technologies, comme CRISPR, qui permettent de modifier le génome des plantes pour un coût modique, devrait favoriser l'émergence de petites start-up de biotechnologie. À condition qu'elles puissent mener leurs essais librement et qu'elles aient un accès au marché. Ce qui n'est hélas pas le cas en Europe.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour. Toutes nos lettres d’information

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !