La quasi-interdiction des plantes génétiquement modifiées en Europe a empêché l’augmentation de rendements et entraîné une augmentation de l’utilisation de pesticides. Une opportunité gâchée selon deux études.

Deux pays européens (Espagne et Portugal) cultivent des OGMOGM, et encore en très petite quantité. Pourtant, l'adoption de cultures génétiquement modifiées dans l'UE pourrait réduire les émissionsémissions de gaz à effet de serregaz à effet de serre (GES) de 33 millions de tonnes d'équivalents CO2 par an, soit 7,5 % du total des émissions de GES agricoles de l'UE en 2017, estiment les auteurs d'une étude parue sur le serveur de pré-publication bioRxiv.

Moins de terres utilisées = moins d’émissions de gaz à effet de serre

Emma Kovak, du Breakthrough Institute à l'université de Californie, et ses coauteurs ont passé en revue la littérature scientifique pour analyser l'impact des cinq principaux OGM utilisés dans le monde (sojasoja, maïsmaïs, coton, betterave et colza) sur l'utilisation des sols. Selon leurs calculs, l'augmentation moyenne du rendement due à l'adoption d'OGM dans les pays industrialisés est de respectivement 9,7 % et 6,5 % pour les plantes tolérantes aux insectesinsectes et les plantes tolérantes aux herbicidesherbicides. Or, moins de terres utilisées, cela signifie moins d'émissions de gaz à effet de serre, car les sols non utilisés pour l'agricultureagriculture peuvent stocker plus de carbonecarbone. « Le changement d'affectation des terresterres représente près de la moitié de toutes les émissions de GES provenant de l'agriculture », alerte Emma Kovak.

De plus, « la quasi-interdiction des cultures génétiquement modifiées dans l'UE au cours des 20 dernières années a découragé leur utilisation ailleurs », déplorent les auteurs, ce qui par effet ricochet a augmenté les émissions aussi en Afrique et en Asie.

Ce genre d'étude a le don d'exaspérer les opposants aux OGM, pour qui la technologie a surtout profité aux multinationales et aurait augmenté la résistancerésistance aux herbicides, notamment en raison de l'utilisation de plantes résistantes au glyphosateglyphosate.

Les OGM offrent un meilleur rendement à l’hectare, ce qui libère des sols pour d’autres utilisations et le stockage de carbone. © breakermaximus, Adobe Stock
Les OGM offrent un meilleur rendement à l’hectare, ce qui libère des sols pour d’autres utilisations et le stockage de carbone. © breakermaximus, Adobe Stock

OGM : l’équivalent de 15,27 millions de voitures en moins sur les routes

Pourtant, d'après une étude parallèle de deux chercheurs britanniques, l'adoption de plantes génétiquement modifiées, tolérantes aux herbicides et résistantes aux insectes, a bel et bien entraîné une diminution de 775,4 millions de kilogrammeskilogrammes de pesticides depuis 1996. De plus, les produits utilisés, même en quantité supérieure, présentent un meilleur profil environnemental et une moindre toxicitétoxicité.

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La question de la résistance est réelle, reconnaissent les auteurs, mais « de nombreux herbicides utilisés dans les systèmes de production conventionnels présentaient déjà d'importants problèmes de résistance au milieu des années 1990, et c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles la technologie du soja tolérante au glyphosate a été rapidement adoptée », font-ils remarquer. Outre le bénéfice des plantes lui-même, « la technologie a également facilité d'importantes réductions de la consommation de carburant et des changements de travail du sol, ce qui a entraîné une diminution significative des rejets de gaz à effet de serre ». En 2018, cela équivalait à retirer 15,27 millions de voituresvoitures sur les routes.

Ne pas décourager les biotechs

Dernier argument des écologistes battu en brèche par Emma Kovak : celui de la domination des multinationales. Selon la chercheuse, l’arrivée de technologies, comme CRISPR, qui permettent de modifier le génomegénome des plantes pour un coût modique, devrait favoriser l'émergenceémergence de petites start-up de biotechnologie. À condition qu'elles puissent mener leurs essais librement et qu'elles aient un accès au marché. Ce qui n'est hélas pas le cas en Europe.