Neuf espèces de mammifères sur dix auraient disparu en même temps que les dinosaures et bien d’autres habitants de la Terre du Crétacé, animaux ou végétaux. Cependant, ils se seraient ensuite très rapidement diversifiés. Voilà pourquoi les mammifères semblent avoir mieux survécu à cette catastrophe. C’est ce qu’affirme une équipe de paléontologues, qui ajoutent un dossier au long débat sur l’histoire de nos ancêtres à sang chaud.
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[EN VIDÉO] Interview : le mystère de l’extinction des dinosaures est-il enfin élucidé ? Les scientifiques ont bien du mal, depuis toujours, à trouver un consensus expliquant l’extinction des dinosaures. Même si la théorie la plus grandement acceptée est celle d’une météorite, il persiste encore aujourd’hui des zones d’ombres. Futura-Sciences a interviewé Éric Buffetaut, paléontologue, pour qu’il nous éclaire sur la question.

En dénombrant soigneusement les fossilesfossiles de mammifèresmammifères trouvés en Amérique du Nord et correspondant à la période de la « crise K-Tcrise K-T », à la fin du CrétacéCrétacé, des paléontologuespaléontologues britanniques de l'université de Bath aboutissent à une double conclusion. Les mammifères ont beaucoup souffert de cette catastrophe planétaire, probablement due à la chute de l'astéroïdeastéroïde qui a creusé le cratère de Chicxulubcratère de Chicxulub, ou à l'épanchement volcanique du Deccan, perdant les neuf dixièmes des espècesespèces. Pourtant, ensuite, ces petits animaux se sont rapidement adaptés aux nouvelles conditions et un grand nombre de nouvelles espèces sont apparues en l'espace de 300.000 ans, une duréedurée bien faible à l'échelle des temps géologiques.

Sur 59 espèces étudiées, expliquent ces chercheurs dans l'article publié dans la revue The Journal of evolutionary biology, quatre seulement ont survécu à cette crise, soit 93 % de disparition. Dans le communiqué de l’université de Bath, Nick Longrich, le principal auteur de l'étude, avance que ce taux d'extermination a été jusqu'ici sous-estimé. Il explique que les espèces les plus vulnérables au moment de la catastrophe étaient celles dont les populations étaient peu nombreuses. Leurs fossiles sont donc rares et nombre de ces espèces disparues nous restent inconnues. Les mammifères ont-ils frôlé l'extinctionextinction ? En 2014, Thomas Williamson parvenait à un conclusion similaire pour les métathériens, ce groupe de mammifères auquel appartiennent les marsupiaux.

Après cette crise K-T, les paléontologues britanniques observent, en Amérique du Nord, donc, une forte augmentation du nombre d'espèces de mammifères, mais elle diffère selon les régions. Nick Longrich souligne que les espèces qui apparaissent dans le Montana sont différentes de celles qui voient le jour du côté du Wyoming. Il y voit une augmentation rapide de la diversité des mammifères provoquée par des adaptations à de nouveaux environnements. Là serait l'explication de l'apparente résistancerésistance des mammifères à cette crise K-T. « Elle n'est pas due à un faible taux d'extinction mais à une capacité à récupérer et à s'adapter », commente Nick Longrich.

Différenciés depuis déjà une centaine de millions d'années, les euthériens et les métathériens n'ont pas vécu de la même manière la crise K-T (le trait vertical rouge de droite). Sur ce schéma, le temps s'écoule de gauche à droite et la largeur des zones colorées indique le nombre d'espèces connues. Les euthériens (groupe auquel appartiennent les mammifères placentaires actuels) ont bien résisté et se sont diversifiés tandis que les seconds (les marsupiaux d'aujourd'hui) ont vu le nombre d'espèces chuter pour repartir ensuite, mais sans jamais rattraper les euthériens. © D'après Thomas E. Williamson <em>et al.</em>, <em>ZooKeys</em>, 2014

Différenciés depuis déjà une centaine de millions d'années, les euthériens et les métathériens n'ont pas vécu de la même manière la crise K-T (le trait vertical rouge de droite). Sur ce schéma, le temps s'écoule de gauche à droite et la largeur des zones colorées indique le nombre d'espèces connues. Les euthériens (groupe auquel appartiennent les mammifères placentaires actuels) ont bien résisté et se sont diversifiés tandis que les seconds (les marsupiaux d'aujourd'hui) ont vu le nombre d'espèces chuter pour repartir ensuite, mais sans jamais rattraper les euthériens. © D'après Thomas E. Williamson et al., ZooKeys, 2014

L'histoire mouvementée des mammifères

La thèse ne fait qu'alimenter le débat sur l'histoire des mammifères (apparus il y a plus de 200 millions d'années), en particulier au moment de ce passage critique, vers -65 millions d'années. Avant, dans le monde des dinosauresdinosaures, les mammifères étaient de petites tailles et semblaient peu diversifiés. Après, une fois ces encombrants concurrents disparus, les mammifères ont pris le relais de la domination des terres émergées. Même dans les océans, les cétacés et autres pinnipèdes sont venus en quelque sorte remplacer les icthyosaures, les mosasauresmosasaures ou les plésiosaures. D'une manière générale, chez les animaux, la taille modeste semble avoir été un facteur favorisant la survie de l'espèce, peut-être du fait de la raréfaction des ressources alimentaires dans des écosystèmesécosystèmes ébranlés. Les petits mammifères avaient déjà cet avantage.

Cependant, les généticiensgénéticiens lisent une histoire différente dans la phylogéniephylogénie et voient une apparition des grands groupes de mammifères bien avant la crise K-T. C'est le cas des placentaires (équipés d'un placentaplacenta, donc), qui seraient apparus il y a 125 millions d'années (voir le dossier de Jean-Louis HartenbergerJean-Louis Hartenberger, Nous, les mammifères). Paléontologues et généticiens continueront sans doute encore quelque temps à discuter de l'histoire des mammifères, ce grand groupe dont nous faisons partie.