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La Niña inonde l’Australie

ActualitéClassé sous :météorologie , océanographie , La Nina

Les météorologistes l'affirment : la situation actuelle, qui a conduit aux terribles inondations en Australie et aux Philippines, correspondant à un phénomène appelé La Niña, va perdurer encore plusieurs mois.

La pluviométrie en Australie en 2010, entre le premier janvier et le 31 décembre. La couleur bleue indique les valeurs supérieures à la moyenne. Le Queensland est à l'est, donc ici à droite. © Australian Bureau of Meteorology
  • Pour mieux comprendre ces phénomènes météorologiques, rendez-vous sur notre dossier El Niño 

Les inondations que connaît actuellement l'Australie dans l'état du Queensland sont dantesques. La surface couverte par les eaux atteint celle de l'Allemagne et de la France réunies, 200.000 personnes sont sinistrées, trois quarts des mines de charbon sont noyées (le Queensland en est le premier producteur mondial) et la moitié de la prochaine récolte de blé est perdue. Les eaux envahissantes charrient des serpents et des crocodiles. Une ville de 75.000 habitants, Rockhampton, est actuellement coupée du monde.

Il faut remonter loin dans le temps pour retrouver des déluges semblables. On parle de l'été le plus pluvieux depuis 111 ans. Les zones les plus touchées ont reçu 1,20 mètre d'eau entre septembre et novembre, soit la moyenne annuelle de la région. L'Australie n'est d'ailleurs pas la seule à être touchée. Les Philippines connaissent également leurs pluies exceptionnelles et les inondations y ont causé 12 victimes.

La responsable de cet épisode diluvien dans le Pacifique est une petite fille : La Niñafillette en espagnol. Présenté comme un anti-El Niño, ce phénomène affecte une vaste zone du Pacifique et se caractérise par des eaux de surface plus chaudes qu'à l'ordinaire à l'ouest et plus froides à l'est, ce qui favorise l'évaporation. Les alizés, soufflant de l'est, transportent cette humidité et poussent les eaux de surface vers l'ouest, jusqu'à l'Indonésie et l'Australie, où le temps se fait humide.

La Niña observée par le satellite Topex/Poseidon en février 1999. Les couleurs indiquent le niveau de la mer par rapport à la moyenne, donc également la température. Les zones froides sont associées à un niveau plus bas. On les voit ici représentées en bleu et en mauve, à l'ouest du Pacifique, tandis que des eaux chaudes (en jaune et rouge) circulent à l'est, du côté de l'Australie. C'est la situation actuelle. © Nasa/JPL/CalTech

D’El Niño à La Niña

En provoquant un puissant courant océanique vers l'ouest, les alizés génèrent un manque d'eau sur la côte est du Pacifique. On note alors, en effet, une variation entre le niveau de la mer des deux côtés du plus grand océan de la planète. Le long des côtes de l'Amérique du Sud, cette fuite d'eau de surface induit une remontée d'eau de fond, que l'on appelle un upwelling. Froide et riche en sels minéraux, elle fait le bonheur du plancton, qui prospère, des poissons, qui pullulent, et des pêcheurs, qui en profitent.

Mais parfois, en général en décembre, ce grand cycle s'interrompt. Les alizés faiblissent, le courant océanique ouest s'atténue, l'upwelling perd de sa vigueur et s'arrête. Le plancton végète, le poisson se raréfie et les pêcheurs péruviens font grise mine. Comme cet épisode survient aux alentours de Noël, il a été baptisé El Niñole petit en espagnol, qui signifie également (notez la majuscule sur le N) enfant Jésus. Il peut être plus ou moins long et plus moins intense, avant de s'atténuer. Le système peut alors, mais pas toujours, partir dans l'évolution inverse, avec des eaux de surface anormalement froides à l'est du Pacifique et plus chaudes à l'ouest. On parle alors d'un phénomène La Niña. L'apparition d'El Niño n'est pas vraiment régulière et intervient tous les deux à sept ans, la moyenne s'établissant entre trois et quatre ans.

Observé par le même satellite Topex/Poseidon, l'épisode El Niño de septembre 1998. L'eau de surface n'est froide qu'au centre du Pacifique. À l'est, le long des côtes de l'Amérique du Sud, les eaux sont chaudes, empêchant l'upwelling (remontée d'eau froide profonde). © Nasa/JPL/CalTech

Machinerie climatique complexe

Ces phénomènes à grande échelle s'inscrivent dans une mécanique complexe qui met en jeu l'atmosphère et l'océan. Il a fallu longtemps pour que les météorologues et les océanographes, unissant leurs efforts et apprenant à travailler ensemble, établissent un modèle capable d'expliquer au moins partiellement cette gigantesque machinerie.

On remarque que ces alternances d'El Niño à La Niña sont corrélées à des variations de pression cycliques, appelées oscillation australe, ou South Oscillation (SO) en anglais. El Niño est d'ailleurs désigné par le sigle ENSO (El Niño South Oscillation).

Variations de l'index SO (SOI), égal à la différence de pression atmosphérique (au niveau de la mer) entre Tahiti (au centre du Pacifique) et Darwin, en Australie (à l'ouest). Une forte valeur négative correspond à un événement El Niño et une forte valeur positive à La Niña. © Australian Bureau of Meteorology

Un bon paramètre est la différence de pression entre le centre et l'ouest du Pacifique. Elles sont suivies respectivement à Tahiti, en Polynésie française et à Darwin, en Australie. Devenu SOI, pour Southern Oscillation Index, ce paramètre paraît déterminant pour suivre ces grands rythmes climatiques : un SOI élevé (donc une grande différence de pression) est caractéristique de La Niña tandis qu'El Niño se remarque à un SOI faible.

Les météorologistes tentent donc aujourd'hui de jauger La Niña actuelle. Le service météo australien annonce un SOI de +27, le plus élevé depuis 1973, alors qu'une valeur de +8 (qui se maintient) indique déjà un phénomène La Niña. Les conditions observées conduisent malheureusement les météorologistes à prédire que cette situation va se maintenir durant plusieurs mois.

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